Le gratuit Grenews.com : « C'est l'hebdo papier qui soutient l'édifice »Florent Bouchardeau
Vendredi 30 Avril 2010
En février 2008, Grenews.com est lancé par le Dauphiné Libéré (DL), le quotidien tout puissant de la région de Grenoble. La mission est simple : toucher une cible laissée pour compte, les 15-35 ans. À quelques jours du numéro 100, quelle place ce « cross-média » web/hebdo papier a pris dans le paysage de l’information locale ? Son rédacteur en chef Stéphane Échinard répond à journalismes.info.Grenews.com en quelques chiffres - 2 pigistes pour le site et 2 correspondants pour l'hebdo - Une dizaine de stagiaires répartis sur l'année - Cible 15-35 ans.
- 40 000 hebdos gratuits distribués tous les mercredis dans l'agglomération grenobloise - 3000 à 5000 connexions par jour sur le portail web - 25% à 30% de surface de publicité par page - Financé à 100% par la publicité Les concurrents potentiels de Grenews.com - Grenoble&Moi : Bi-média d'information généraliste. Arrêt de la version papier en décembre 2009 et recentrage sur le net. - Télé Grenoble : Télévision locale lancée en 2007. Publie toutes ses émissions sur internet. Racheté à Hersant Médias par l'équipe interne début avril. - Le Dauphiné Libéré : A lancé Grenews.com comme « laboratoire » du nouveau journalisme. Appartient au groupe EBRA qui détient une bonne partie de la PQR française. - Le Petit Bulletin : Magazine culturel hebdomadaire bien installé dans le paysage de l'information. Financé par les annonceurs. Diffusé à 50 000 exemplaires. - GreBlog : Blog d'information local non-professionnel. Comment les médias grenoblois ont accueilli l'arrivée de Grenews ? Stéphane Échinard : Il n'y avait pas trop d'inquiétude car nous n'étions pas à 100% spécialisés, le fait que nous ciblions une cible 15-35 ans était rassurant pour tout le monde. Il y avait surtout de la curiosité car c'est le DL qui allait sortir le produit. Non franchement, personne n'était mort de trouille. La seule chose c'est qu'il n'y a pas de place infinie dans le marché de la pub à Grenoble, mais des confrères m'ont dit que notre arrivée avait fait du bien. Même au DL, la pilule est bien passée ? Assez bien, puisqu'il y a eu une intégration de journalistes du Dauphiné au sein de Grenews. Ils ont fait attention à ne pas mettre que des jeunes, une journaliste de l'équipe était proche de la cinquantaine. Tout ça, ça a rassuré. Est ce que, au fil du temps, vous avez influencé les pratiques du DL ? Je ne pense pas, en tout cas, c'est pas nous qui impulsons le mouvement. On peut juste servir de laboratoire dans la manière de traiter l'information. Ils ne sont pas un peu en retard à ce niveau là ? Il faut prendre en compte que le DL c'est Grenoble mais aussi toutes les communes alentour. Au début, Grenews, c'était juste une page blanche alors qu'une institution comme le DL, c'est beaucoup plus dur à changer. La question aujourd'hui, c'est qu'est ce qu'on balance sur le site, qu'est ce qu'on garde pour le papier. Moi ma réflexion c'est que je bosse sur un gratuit donc je n'ai pas de trésor à protéger, je peux balancer plus facilement sur le web. Lancer un produit novateur n'a pas étouffé l'évolution du DL côté web ? Non, on ne freine pas le développement. C'est comme si Grenews.com était la Catalogne et le Dauphiné Libéré l'Espagne. De toute façon, le site du DL évoluera.
Le Dauphiné Libéré C'est la référence de PQR détenu par le groupe de presse EBRA. Il vend environ 230 000 journaux quotidiennement. Stratégie web : le site internet regroupe toutes les éditions. C'est un portail gratuit où sont référencés les articles publiés dans les différentes versions papier. Il n'y a que très peu de production exclusive. On sent que le site n'est pas une priorité pour cette institution du journal papier. Pourtant, c'est le DL qui, en 2007, lance trois multimédias sur le web et sur papier, Grenews et Avignews et Arvinews (stoppé aujourd'hui). Ces rédactions indépendantes sont les « laboratoires du DL sur le web ».
À force de faire de la vidéo, de l'écrit, de la culture, de la politique, vous n'avez pas peur de tout faire comme les autres médias mais... en moins bien ? Le combat n'existe pas, il faut juste qu'on soit les meilleurs sur notre secteur. C'est-à-dire notre cible, les 15-35 ans. Sur la durée, on peut voir qu'on tient la route, on amène un truc qui n'existait pas. Ce qui est clair c'est qu'on ne sera jamais aussi bon que le Petit Bulletin sur la culture par exemple. Votre web-JT était comparable à ce que fait Télé Grenoble, c'est pour ça que vous l'avez arrêté, les deux produits entraient en concurrence ? On a tenté des choses au début, on a cherché, mais le JT était le pilier qui marchait le moins, ça représentait trop de frais. Nous avons été obligés de le suspendre pour ne pas mettre en danger le reste de l'édifice. Donc la raison était purement économique. Aujourd'hui, c'est l'hebdo qui soutient l'édifice. Nous n'étions pas en concurrence directe avec Télé Grenoble dont on n'a ni le matériel vidéo ni les compétences techniques pour la vidéo.
Télé Grenoble Lancé en octobre 2007 par Hersant après l'ouverture de nouveaux canaux et un appel d'offre du RSA. Aujourd'hui, Télé Grenoble, en grande difficulté financière a été reprise par une équipe interne et compte 100 000 téléspectateurs par semaine. Stratégie web : Elle diffuse tous ses programmes sur le site. La publicité vendue sur leur fenêtre web ne représente presque aucune entrée d'argent. La diffusion internet n'est pas leur priorité.
Depuis votre arrivée, un autre hebdo gratuit est mort : Grenoble&Moi.
Ils ne m'ont jamais appelé pour me dire « Stéphane m'a tuer ». Mais on avait le DL derrière nous, on était plus fort sur le web. Et ils distribuaient leur hebdo le lendemain de la sortie de Grenews, ça n'a pas dû les aider. Vous avez précipité leur fin ? Je ne sais pas... mais dans cette conjoncture, les annonceurs publicitaires mettent moins d'argent et le gâteau n'est sûrement pas assez gros à Grenoble. On ne peut jamais se réjouir de la mort ou des difficultés de médias comme Grenoble&Moi ou Télé Grenoble mais la situation n'est pas simple. Nous on a eu du temps et un paquebot derrière nous. On a eu le temps de se planter car nous avions cette sécurité financière. Il y a encore de la place pour un média à Grenoble ? Il faudrait que les gens qui se lancent pensent à un marché libre. Est-ce qu'on est trop? Je ne sais pas. Il y a des villes où il y a plus d'offres. La situation est compliquée partout. Nous, si on est encore là c'est parce que financièrement on ne met pas de balle dans le pied de la maison mère (Le Dauphiné Libéré ndrl.) et parce qu'on a trouvé notre cible. Notre objectif aujourd'hui c'est d'être encore là l'année prochaine. On n'est pas inquiet mais on ne peut jamais savoir car on dépend trop de la publicité.
La spécificité de Grenews.com
L'installation de Grenews.com a été rendue possible par le ciblage de cette niche inexploitée des 15-35 ans. De fait, en se voulant générationnel et généraliste, le bi-média n'est pas rentré en conflit direct avec les autres titres de presse locaux. Cependant sa forme à deux têtes papier et web et ses 40 000 exemplaires draine une forte partie du marché publicitaire ce qui peut entraîner des difficultés pour les autres supports d'information. Au-delà de son originalité, ce qui fait vraiment exception chez Grenews.com, c'est que le média ne perd pas d'argent et ça devient rare. Ndlr: Dans un souci de transparence, il nous paraît important de préciser que l'auteur de cette interview est un ancien stagiaire de Grenews.com.
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