"Yagg, c'est gay à l'envers..."


Déborah Gay
Mercredi 7 Décembre 2011

"...et on a mis deux « g » parce qu’on est deux fois plus gay", dixit Yannick Barbe, un des fondateurs de ce site Internet participatif. Il est né en 2008 de quatre parents qui se sont tous connus dans les couloirs de la rédaction de Têtu. Quelques questions à Yannick Barbe.


Qu’est Yagg ?
C’est avant tout un site d’information participatif. On l’a créé en 2008, au moment de l’explosion des sites d’informations participatifs, avec Rue89, mais aussi à la croisée des chemins, type FaceBook.
Pour les lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels (LGBT), la notion de communauté existe déjà : il y a des tissus associatifs, des lieux identitaires, des boutiques dédiées, des librairies… Il y a une réalité de la communauté que nous avons souhaité retranscrire sur le web. A la création de ce site, nous avions aussi voulu absolument mélanger toutes les communautés.
Yagg, c’est aussi trouver de l’information qui intéresse cette communauté. Nous sommes une rédaction donc nous proposons de l’information. Mais ce n’est pas tout. Les membres de Yagg ont des profils, des blogs. En tout, nous avons 8 000 membres et 700 blogs. Ces blogs sont référencés, parfois nous mettons certains de leurs articles en première page… C’est un lieu de rencontre, où ne nous séparons pas les publics selon leurs sexes.

C’est quoi un « regard gay » sur l’actu ?
On essaye d’avoir un regard décalé par rapport à l’actualité. L’actualité dans tous les autres médias est traitée de façon généraliste. Nous avons un angle différent. On va voir ce que les autres médias ne traitent pas habituellement, voire jamais, et qui parle pourtant à nos lecteurs et nos lectrices. Par exemple, un des yaggeurs a écrit un article sur le sous-texte homosexuel des films de Judd Apatow.

Un tel site d’information sur Internet, c’est important ? Il existe déjà minorites.org
Minorites.org, par exemple, n’est pas ouvert aux commentaires. C’est plus proche d’une revue, avec des articles longs, des opinions et des analyses. Nous traitons plus souvent de l’actu chaude. Et c’est important d’avoir une pluralité de regards, ce que le web peut offrir, et cela d’autant plus que les gays et lesbiennes sont des grands bloggeurs. Le but de Yagg, c’était aussi que les gens se rencontrent de Paris à la province, les jeunes et les vieux, ce qui est possible sur le net. On est aussi complémentaire à la presse papier, mais dans ce type de presse il existe une lourdeur par rapport à la fabrication d’un magazine, sa promotion. Le site Internet permet d’être réactif.
Têtu a une approche vraiment différente, car même sur le net, les filles et les garçons sont séparés. Nous sommes partis du postulat qu’il existe des sujets qui intéressent les deux, un centre d’intérêt commun. Et nous avons parmi nos inscrits 50% de filles et 50% de garçons. Cela a pris immédiatement, c’était assez naturel. De même, on a souhaité casser les stéréotypes d’images et on ne mets pas un mec torse nu en illustration de tous nos articles. Je crois que la communauté a apprécier cela.  On a offert des images et des représentations différentes. Bon après, on ne fait pas non plus de croix sur les jolis garçons et les jolies filles  comme illustration *rires*. Mais ce n’est pas tout.

Y a-t-il beaucoup d’hétérosexuels sur votre site ?
Les hétérosexuels sont plus des lecteurs que des participants actifs. Ils ne font pas de blogs, laissent peu de commentaires. Après, on a eu cette jolie histoire d’une mère hétérosexuelle qui était venue sur le site parce qu’elle se doutait que sa fille, adolescente, était lesbienne. Elle était venue demander des conseils sur comment l’aider, si elle devait lui en parler… Et les yaggeurs et yaggeuses ont raconté leur histoire, lui ont donné des conseils…
La communauté de Yagg en général, ça a parfois aussi aidé à casser le sentiment d’isolement de certains homosexuels. Certes, l’homosexualité s’est banalisée dans la société française, mais il existe encore des personnes isolées, qui ont eu du mal à faire leur coming-out… Yagg permet un partage d’expériences. On est quand même différent de FaceBook, car on est dans un contexte plus resserré, dans un environnement plus sécurisé, les gens peuvent s’afficher… Mais on est quand même un site d’informations, pas un site de rencontre, il y a d’autres sites qui font ça très bien.

Etre un pure-player, n’est-ce pas un peu dur économiquement ?
Si, bien sûr. On est encore à la recherche du modèle économique idéal sur Internet. Peut-être à moyen, long terme, on envisage des services et des articles payants. On se finance par la publicité et des actions de communication avec des partenaires commerciaux. Mais c’est une levée de fonds permanente. Et on essaye de sensibiliser les annonceurs, qui sont souvent frileux par rapport à une cible LGBT. Il y a encore beaucoup de stéréotypes et de clichés qu’il faut casser. On a ainsi lancé un Yagg pro, type LinkedIn ou Viadeo LGBT pour montrer la diversité de la communauté dans le monde professionnel. Mais quant à la question de financement, les réponses sont encore balbutiantes...
Les 4 fondateurs de Yagg. De gauche à droite: Xavier Héraud, Judith Silberfeld, Yannick Barbe et Christophe Martet
Les 4 fondateurs de Yagg. De gauche à droite: Xavier Héraud, Judith Silberfeld, Yannick Barbe et Christophe Martet

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