Une bloggeuse "embedded" à Columbia


Lucie Pézavant
Mardi 20 Octobre 2009

A 22 ans, Cécile semble déjà jouer dans la cour des grands. Elle anime un blog le medialab de Cécile hébergé par slate.fr, à partir de son expérience à Columbia, la fameuse école de journalisme de New York. Expatriée durant une année, elle s'empreigne de la culture web des journalistes américains, avant de regagner les bancs de Sciences Po Paris.


Une bloggeuse "embedded" à Columbia
Pourquoi avoir ouvert Le medialab de Cécile, votre blog hébergé par Slate.fr ? Que peut-on y trouver ?
J'ai commencé mon stage à Slate.fr au moment de sa création en février 2009. J'y ai passé plus de six mois, d'abord à mi-temps puis à plein temps quand l'année scolaire à l'école de journalisme de Sciences Po s'est terminée. Quelques mois avant que je parte pour Columbia, à New York, on a discuté de ce que je pouvais faire avec Johan Hufnagel et Eric Leser, les rédacteurs en chef de Slate. Un blog, oui, mais sur quoi, et pourquoi ? C'est de là qu'est née l'idée du Medialab, un blog sur les médias vus par une Française expatriée à Columbia pour étudier les "digital media". Je parle de mes cours, des invités qui viennent nous voir (le rédacteur en chef du site TMZ, qui a révélé la mort de Michael Jackson, l'un des rédacteurs en chef du blog techno Mashable, les fondateurs du Huffington Post...), de ce qui s'invente ici au niveau journalisme, et quand ça s'y prête, des polémiques qui agitent les médias américains ou français.

Pensez-vous que l'école de Columbia soit précurseur en matière d'enseignements ? Vous évoquez sur votre blog les cours de "Personal branding", d'utilisation des réseaux sociaux...
Je ne peux parler que de mon expérience et de ce que mes amis dans d'autres écoles de journalisme m'ont raconté. De ce que je sais en France on n'apprend pas encore aux jeunes journalistes à se créer une marque, et on ne dédie pas 12h30 de cours sur un semestre à l'enseignement de Twitter, Facebook et Linkedin ! Mais c'est nouveau à Columbia aussi : l'an dernier, ces sujets étaient abordés en une heure lors de "tech jam sessions", des ateliers optionnels sur l'usage journalistique d'outils technologiques.
Ce que je trouve vraiment intéressant, c'est que ces cours vont plus loin que juste expliquer comment se servir de Twitter pour trouver des sources, ou suivre le déroulement d'un évènement. Ils cherchent à nous expliquer comment intégrer les réseaux sociaux constamment dans notre vie professionnelle, et du coup abordent les problèmes que ça peut poser dans notre vie personnelle ! J'ai pris ce cours sur les réseaux sociaux en me demandant un peu si j'allais vraiment y apprendre quelque chose, prête à en changer après la première classe, et au final maintenant je regrette que ça soit déjà fini.
Une bloggeuse "embedded" à Columbia

N'y a-t-il pas un paradoxe entre la spécialisation très poussée des enseignements de "digital media", et le concentré de formation des autres médias plus traditionnels (son, vidéo, photo ) ? Alors même que le web journalisme requiert une maîtrise de l'ensemble des supports médiatiques ?
La spécialisation "digital media" de Columbia, c'est l'équivalent du multimédia dans nos écoles en France. C'est à dire que j'ai un cours obligatoire de "Digital media newsroom" où j'apprends à faire des vidéos pour internet, des portfolios sonores (donc de la photo et du son), un peu de Flash et de graphiques intéractifs. Mon blog peut peut-être donner l'impression que je n'ai que des cours très branchés réseaux sociaux, mais c'est juste parce que n'ai pas (encore ! ) écrit sur cette "Digital media newsroom". Sans oublier le cours principal et obligatoire pour tous les élèves quelque soit leur concentration: "Reporting and Writing", un cours de reportage écrit, où chaque classe poste ensuite ses articles sur son site (le nôtre est ici).

Si vous deviez relever une différence frappante entre les cultures journalistiques américaine et française, quelle serait-elle ?
Pour l'instant, je dirais le rapport au business du journalisme: à Columbia on suit tous des cours de business pour lesquels on doit faire des études de cas, et à la fin du semestre monter un business plan qui tient à peu près la route, soit pour un média qui existe, soit pour un projet qu'on voudrait créer. En plus de ça Ken Lerer du Huffington Post donne une série de six sessions sur "Comment monter son site web de news", et en cours de médias sociaux on a passé notre temps à discuter de Twitter comme manière de se créer une marque journalistique, et donc de trouver un boulot. Le semestre prochain un cours avancé de business du journalisme est offert: le but est qu'à la fin de l'année, les étudiants soient tout aussi capables d'être efficaces dans une rédaction que de monter leur propre boîte. Je ne dis pas que les écoles de journalisme ne parlent pas business en France (d'ailleurs à l'école de journalisme de Sciences po un des cours est dédié à créer un journal), juste qu'ici on nous martèle l'importance du business.

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