Pourquoi lancer un hebdo papier alors que vous vous êtes établis sur le web depuis peu ?
La demande des lecteurs de notre site était très forte et Internet ne rejoint pas tout le monde. Quand nous avons annoncé la sortie de l’hebdo sur RueFrontenac.com, il y a eu très vite plus de 10 000 clics sur l’article et des centaines de commentaires. Cet hebdo est aussi un moyen de pression, ça rappelle aux gens que nous sommes toujours en conflit, qu’on existe toujours.
On sort l’hebdo aussi à cause des revenus publicitaires. Aucun site ne peut vivre de la publicité aujourd’hui. À terme, on voudrait atteindre 25% d’espaces de pub dans l’hebdo. Nous devons passer par le papier si nous voulons que RueFrontenac soit indépendant.
Le souci aujourd’hui c’est que l’information est gratuite et le journalisme coûte cher. Mais nous, nous voulons être le plus visible possible, l’objectif c’est d’avoir un maximum de lecteurs, toujours dans ce cadre de conflit. En plus, faire un journal payant, ça représente une gestion des abonnements.
Votre pratique du journalisme a-t-elle évolué au contact du web ?
Notre passage au web a surtout été influencé par la liberté que nous avons retrouvée et que nous n’avions pas au Journal de Montréal. C’est cette liberté qui nous a permis de pousser le journalisme dans le bon sens. On a aussi dû s’approprier ce médium, gérer l’interactivité avec les photographes et les infographes. Avant, au Journal de Montréal, on faisait notre article et on demandait au photographe « prends une photo là, prends en une ici » . Aujourd’hui, on conçoit le reportage avant de se lancer, en équipe. On a mis du temps à apprivoiser cette méthode.
On continue dans cette mentalité de liberté même si le papier nous limite dans la forme. Nous allons nous centrer sur de gros articles, des analyses, des chroniques, des dossiers de fond… ça représentera un tiers de nouvelles générales, un tiers de sport et un dernier tiers répartis entre culture et économie. Les articles seront d’abord publiés sur le papier puis sur Internet.
Vous êtes sûrement le seul site d’info au monde issu du papier à revenir sur ce support. Pour vous, la presse écrite a encore un avenir ?
Je ne pense pas qu’Internet va tuer le papier. C’est le e-paper qui risque de le tuer. ça fait 20 ans que des gens travaillent pour développer ces technologies. Quand les e-papers seront devenus assez minces et assez abordables, ils deviendront une menace pour le papier. L’iPad n’est qu’une étape vers ce genre de supports.
En 21 mois, vous avez créé un site web d’information et un hebdomadaire. Ce lock-out ne serait-il pas un mal pour un bien ?
On ne peut pas voir les choses comme ça après un an et demi de lock-out. On essaye de tirer le meilleur de quelque chose qui n’a aucun sens. Ces conditions ont permis l’éclosion d’une expérience. En général, toutes les publications qui se créent profitent d’un terreau fertile, nous ça a été le lock-out.
La presse a-t-elle besoin d’être en crise pour se réinventer ?
La presse n’est pas en crise économique à Montréal. Tous les quotidiens gagnent de l’argent, au début du lock-out, Le Journal de Montréal faisait 25% de profit. Donc il n’y a pas de crise du lectorat, comme en France par exemple. Avant, pour trouver de la publicité, il fallait juste décrocher son téléphone. Maintenant ce n’est plus l’âge d’or, mais la publicité se vend encore bien. Cependant, c’est vrai qu’il y a une mutation qui crée des remous.
Riche de votre expérience, comment voyez-vous l’avenir du journalisme ?
Ce sera justement cette interaction entre tous les moyens de communication. Dans le futur, il faudra faire un choix entre le journalisme et la simple information. Faire un choix entre la rigueur, l’éthique, l’exercice de la déontologie et l’information sur n’importe quoi.
C’est-à-dire entre ce que vous faites et ce que fait Le Journal de Montréal…
Je te laisse tirer les conclusions. Mais quand un journal devient seulement un journal que tu feuillettes, au contenu aligné idéologiquement, c’est plus de la presse à scandale que de la presse d’intérêt public.
Jour de diffusion : le jeudi, première le 28 octobre
Nombre d’exemplaires : 75 000
Distribution : 1400 présentoirs disposés dans la grande région de Montréal
Publicité : objectif à terme : 25% de la surface du journal


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