Sara Hussein (AFP) : "Tweeter fait partie de mon travail"


Sara Saidi
Jeudi 24 Janvier 2013

Sara Hussein est une journaliste anglo-égyptienne. Correspondante à Gaza pour l’AFP, elle a couvert le conflit contre l’armée israélienne et l’a tweeté en direct. Elle revient sur son expérience et sur son usage de Twitter.


Comment vous est venue l’idée de tweeter la guerre ?
J’utilise Twitter depuis 3, peut-être 4 ans. J’ai commencé en suivant d’autres personnes ensuite j’ai retweeté, puis, j’ai moi-même tweeté - principalement des liens vers mes articles - contacter des personnes pour des articles etc. Il se trouve qu’à Gaza c’était facile de tweeter parce que j’avais un smartphone. Donc finalement  ce n’est qu’une prolongation de ce que je fais en tant que journaliste tous les jours. C’est juste qu’il y avait plein d’informations et que j’avais accès au réseau.
 
Pensez-vous que tweeter est un travail de journaliste ?
Tweeter fait partie de mon travail. C’est quelque chose que l’AFP encourage. Dans les médias maintenant on incite à être multitâche et à délivrer de l’information à travers autant de plateformes possibles, de voir les différentes manières de se connecter avec nos clients, avec nos lecteurs et aussi avec d’autres journalistes et de potentiels sujets. L’AFP nous a donc demandé d’utiliser en priorité Twitter et d’y être connecté. Et je pense que ça m’est sans aucun doute utile en tant que journaliste, pour trouver des sources mais aussi pour promouvoir l’AFP et mon travail.

En tweetant ne risquez-vous pas d’interférer dans la couverture de l’AFP ? Ne devez-vous pas la priorité de l’information à l’AFP ?
Certainement. Il faut être prudent. Par exemple, si je sais qu’on va faire une alerte sur une information donnée, je ne vais pas la tweeter. il faut certainement y penser. Mais il y a tellement de choses qu’on ne dit pas, soit parce qu’on n’a pas assez d’espace, soit parce que cela requiert plus d’explications ou parce que ce n’est qu’un détail qui n’est pas nécessaire à l’histoire. Il y a donc beaucoup d’informations qu’on n’utilise pas, qui pourraient intéresser certains lecteurs et qu’on est donc libre de tweeter.

Sara Hussein (AFP) : "Tweeter fait partie de mon travail"

C’est donc partie intégrante de votre travail ?
Oui, je pense que c’est une partie de mon travail parce que j’informe les gens et je leur donne le plus d’informations possible. A Gaza parfois je tweetais des images, des sons qui n’avaient pas une qualité assez élevée pour être envoyé à l’AFP. Cela permettait aux gens d’expérimenter ce que je voyais, ce que j’entendais. Mais c’est aussi utile pour la société parce que c’est une manière de promouvoir notre marque, nos reporters, nos histoires. Les gens ne vont pas voir tous les articles écrits par l’AFP puisqu’on ne sait pas nécessairement quel journal va utiliser ou pas un article mais si tu me suis sur Twitter tu sais que tu vas recevoir tous les articles parce que j’ai fournis tous les liens des articles que nous écrivions depuis le bureau à Gaza.

Pensez-vous que lorsqu’on est journaliste, on l’est 24h sur 24 ?
Je crois que c’est de plus en plus le cas. Mais je ne crois pas que cela ait juste avoir avec Twitter. L’actualité ne s’arrête jamais. Beaucoup de nos bureaux restent ouvert 24h sur 24. On met constamment à jour les nouvelles.

Vous n’écrivez jamais rien de personnel ?
Mon compte Twitter m’identifie comme une journaliste de l’AFP. Tout ce que j’y écris c’est moi en tant que journaliste, je dois donc faire attention à ce que j’écris. Il ne doit rien y avoir sur Twitter qui pourrait me présenter sous un faux jour, ou me mettre, moi en tant que journaliste, mon habilité à faire mon travail ou ma société en danger. C’est une des difficultés d’utilisation de Twitter, c’est tellement dans l’immédiateté qu’il faut être prudent. Pas exemple, j’ai écrit que je me suis réveillée au milieu de la nuit, c’est personnel mais cela fait aussi partie de ma vie en tant que journaliste.

Vous avez dit que vous avez été menacée sur Twitter suite à ce que vous écriviez sur le conflit… Pourquoi ?
C’est un peu la nature des réseaux sociaux : les gens peuvent commenter sur Twitter, vous envoyer des messages et vous ne savez pas qui ils sont, s’ils donnent ou non leur véritable nom. Il m’est arrivé plusieurs fois que des gens m’envoient des messages en me disant des choses désagréables, en me critiquant… On peut recevoir ces choses-là par mail; simplement, sur Twitter c’est plus facile.

Pensez-vous, comme certains, que Twitter pourrait remplacer l’AFP ?
Je ne vois pas comment cela serait possible. En raison de la limitation du support : on ne peut pas écrire beaucoup avec 140 caractères. Je pense que c’est un supplément, que cela peut être utile surtout pour les dernières nouvelles ou quelque chose de très urgent.

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