Comment expliquez-vous le succès de votre site quand il fonctionnait encore avec la publicité ? En quoi se démarque-t-il du Bien Public ?
La première chose, c’est qu’on a une ligne éditoriale très forte. On utilise la charte de Munich pour les journalistes. J'ai donc interdit d’entrée de jeu les publi-reportages et déjeuners de presse - sauf si c’est le seul moyen pour qu’on obtienne une information, et les cadeaux de presse et voyages de presse, à moins que ce soit moi qui les paye. On ne déjeune pas avec les politiques, on ne fait pas de cocktails, on n’appartient à aucun réseau. Le mot clé c’est l’indépendance et je tiens à le préserver.
La charte de Munich
Par rapport à la PQR (presse quotidienne régionale) traditionnelle on ne fait pas de faits divers, pas de comptes rendus sportifs, etc. On publie surtout des informations de fond. On alimente notre fil d’info de dépêches avec tous les communiqués de presse qu’on peut recevoir en direct, notamment des collectivités, des municipalités, des ministères. On met en ligne 3 articles par jour qui font entre 10000 et 15000 signes et on publie entre 3 et 7 brèves par jour qui correspondent à des articles de taille standard sur d’autres sites. On fait de l’information 7 jours sur 7. On a aussi une newsletter quotidienne, la « 9h pile » qui arrive tous les jours à 9h dans la boîte mail des 7000 inscrits. Elle nous a permis de bien nous faire connaître. On a aussi un partenariat de contenu avec Mediapart. Une fois par semaine je publie sur Dijonscope un article qui m’intéresse de Mediapart et en parallèle je mets un article payant de Dijonscope sur Mediapart. On a ce partenariat avec un autre quotiden économique de Bourgogne France Comté qui s’appelle Traces écrites et depuis peu on anime des débats sur Newsring.
Quel genre de pressions aviez-vous de la part des annonceurs pour finalement décider de passer au tout payant ?
Nous avons travaillé quelques fois avec des collectivités locales et dès qu’on faisait un article qui ne leur plaisait pas, comme par hasard, ils n’avaient plus de budget poublicité... On a aussi eu des annonceurs qui nous ont dit directement que si on voulait qu’ils continuent à mettre de la publicité sur notre site, il fallait qu’on change notre façon de faire des articles... J’avais 137 annonceurs à l'époque, ce qui est énorme en deux ans et demi. Donc ça veut dire qu’on avait du succès mais un très fort taux de renouvellement. Pour moi ce n'était pas la façon dont j’envisageais le journalisme. Un jour on m’a demandé quelle était la tragédie de ce métier. J’ai répondu que ce qui est triste, c’est que finalement la qualité de notre travail ne suffit plus à nous faire vivre. On est obligé de vendre des petites annonces, de faire du consulting etc. J’ai décidé à ce moment là de n'avoir plus qu'un seul client : le lecteur.
La première chose, c’est qu’on a une ligne éditoriale très forte. On utilise la charte de Munich pour les journalistes. J'ai donc interdit d’entrée de jeu les publi-reportages et déjeuners de presse - sauf si c’est le seul moyen pour qu’on obtienne une information, et les cadeaux de presse et voyages de presse, à moins que ce soit moi qui les paye. On ne déjeune pas avec les politiques, on ne fait pas de cocktails, on n’appartient à aucun réseau. Le mot clé c’est l’indépendance et je tiens à le préserver.
La charte de Munich
Par rapport à la PQR (presse quotidienne régionale) traditionnelle on ne fait pas de faits divers, pas de comptes rendus sportifs, etc. On publie surtout des informations de fond. On alimente notre fil d’info de dépêches avec tous les communiqués de presse qu’on peut recevoir en direct, notamment des collectivités, des municipalités, des ministères. On met en ligne 3 articles par jour qui font entre 10000 et 15000 signes et on publie entre 3 et 7 brèves par jour qui correspondent à des articles de taille standard sur d’autres sites. On fait de l’information 7 jours sur 7. On a aussi une newsletter quotidienne, la « 9h pile » qui arrive tous les jours à 9h dans la boîte mail des 7000 inscrits. Elle nous a permis de bien nous faire connaître. On a aussi un partenariat de contenu avec Mediapart. Une fois par semaine je publie sur Dijonscope un article qui m’intéresse de Mediapart et en parallèle je mets un article payant de Dijonscope sur Mediapart. On a ce partenariat avec un autre quotiden économique de Bourgogne France Comté qui s’appelle Traces écrites et depuis peu on anime des débats sur Newsring.
Quel genre de pressions aviez-vous de la part des annonceurs pour finalement décider de passer au tout payant ?
Nous avons travaillé quelques fois avec des collectivités locales et dès qu’on faisait un article qui ne leur plaisait pas, comme par hasard, ils n’avaient plus de budget poublicité... On a aussi eu des annonceurs qui nous ont dit directement que si on voulait qu’ils continuent à mettre de la publicité sur notre site, il fallait qu’on change notre façon de faire des articles... J’avais 137 annonceurs à l'époque, ce qui est énorme en deux ans et demi. Donc ça veut dire qu’on avait du succès mais un très fort taux de renouvellement. Pour moi ce n'était pas la façon dont j’envisageais le journalisme. Un jour on m’a demandé quelle était la tragédie de ce métier. J’ai répondu que ce qui est triste, c’est que finalement la qualité de notre travail ne suffit plus à nous faire vivre. On est obligé de vendre des petites annonces, de faire du consulting etc. J’ai décidé à ce moment là de n'avoir plus qu'un seul client : le lecteur.
"Ce qui est triste, c'est que finalement la qualité de notre travail ne suffit plus à nous faire vivre"
Et c’est d’ailleurs plus qu’un choix éthique, un choix économique. Les journaux qui s’en sortent le mieux et qui font des bénéfices ce sont des sites et des journaux (Mediapart, arrêt sur images, XXI, le canard enchainé) qui ont décidé que la publicité n’était pas une façon de travailler et que leur matière première c’est celle qui doit être vendue. C’est comme le Macdo : quand on va manger là bas on n’achète pas que les verres. Nous c’est pareil sauf qu’on essaye plutôt de travailler comme un étoilé Michelin.
Depuis que Dijonscope est passé au tout payant vous vous étiez fixés l’objectif de 3500 à 5000 abonnements en 1 an. Où en êtes-vous aujourd’hui ?
On en est à peu près à 1200 abonnés. Donc en 4 mois c'est plutôt pas mal. Mais il reste encore du chemin à parcourir pour atteindre notre équilibre.
Et vous avez droit à des subventions ?
La presse traditionnelle a près d’un milliard d’euros de subventions par an. Au niveau de la presse en ligne, on a obtenu 20 millions d’euros mais Dijonscope n’en a pas encore vu la couleur. Notre site coûte environ 200 000 euros par an. J’ai fait une demande de 90 000 euros pour 3 ans. C’est quelque chose mais cela ne représente qu’une petite partie de notre exploitation.
Depuis que Dijonscope est passé au tout payant vous vous étiez fixés l’objectif de 3500 à 5000 abonnements en 1 an. Où en êtes-vous aujourd’hui ?
On en est à peu près à 1200 abonnés. Donc en 4 mois c'est plutôt pas mal. Mais il reste encore du chemin à parcourir pour atteindre notre équilibre.
Et vous avez droit à des subventions ?
La presse traditionnelle a près d’un milliard d’euros de subventions par an. Au niveau de la presse en ligne, on a obtenu 20 millions d’euros mais Dijonscope n’en a pas encore vu la couleur. Notre site coûte environ 200 000 euros par an. J’ai fait une demande de 90 000 euros pour 3 ans. C’est quelque chose mais cela ne représente qu’une petite partie de notre exploitation.
"On ne veut pas vivre sous perfusion"
Qu’envisagez-vous de faire pour multiplier ces abonnements ?
L’idée c’est de sortir des sujets avec une forte valeur ajoutée, qui font que ce que les gens vont lire chez nous, ils ne pourront pas le lire ailleurs. Ca veut aussi dire aller sur des créneaux et oser remuer des affaires qui ne sont pas traitées par les autres. Quelqu’un qui est à temps plein à Dijonscope fait 3 articles par semaine. On n’est pas sur le rythme d’un quotidien traditionnel. Mes journalistes ne font pas de desk. Ils vont sur le terrain. Cette façon de travailler dans l’intégrité et dans l’indépendance fait qu’aujourd’hui on a de plus en plus de gens qui nous contactent pour nous signaler des informations intéressantes. Comme je le dis souvent, il faut travailler dans l’ombre, dans l’humilité et dans la discrétion.
Et vous sortez souvent des informations croustillantes ? Vous avez des exemples ?
On ne se contente jamais de la facilité. Nous notre créneau c’est vraiment la politique alors on travaille beaucoup sur les collectivités. Dernièrement on a dénoncé le fait que le conseil général de Côte d'Or avait tari volontairement la source d’information vis-à-vis des médias pour sélectionner ce qui l’intéresse en terme de communication. Ils ont simplement arrêté d’envoyer les informations à ceux qui ne les utilisaient pas comme ils le souhaitent.
L’idée c’est de sortir des sujets avec une forte valeur ajoutée, qui font que ce que les gens vont lire chez nous, ils ne pourront pas le lire ailleurs. Ca veut aussi dire aller sur des créneaux et oser remuer des affaires qui ne sont pas traitées par les autres. Quelqu’un qui est à temps plein à Dijonscope fait 3 articles par semaine. On n’est pas sur le rythme d’un quotidien traditionnel. Mes journalistes ne font pas de desk. Ils vont sur le terrain. Cette façon de travailler dans l’intégrité et dans l’indépendance fait qu’aujourd’hui on a de plus en plus de gens qui nous contactent pour nous signaler des informations intéressantes. Comme je le dis souvent, il faut travailler dans l’ombre, dans l’humilité et dans la discrétion.
Et vous sortez souvent des informations croustillantes ? Vous avez des exemples ?
On ne se contente jamais de la facilité. Nous notre créneau c’est vraiment la politique alors on travaille beaucoup sur les collectivités. Dernièrement on a dénoncé le fait que le conseil général de Côte d'Or avait tari volontairement la source d’information vis-à-vis des médias pour sélectionner ce qui l’intéresse en terme de communication. Ils ont simplement arrêté d’envoyer les informations à ceux qui ne les utilisaient pas comme ils le souhaitent.
"Il faut travailler dans l’ombre, dans l’humilité et dans la discrétion"
Quels sont les projets de Dijonscope ?
Notre objectif est d’abord d’augmenter notre visibilité. C’est pour ça qu’on vient de sortir une nouvelle version mobile très fonctionnelle et adaptée aux abonnés. Je n’ai aucune intention de faire un journal papier. Nous, c’est le numérique qui nous intéresse.
Pensez-vous que votre initiative peut donner des idées dans d’autres régions de France ?
Ce qu’il ne faut pas négliger, c’est l’investissement de départ que l’on doit mettre dans un journal. Si on commence un journal pure player tout seul ou à 2 personnes on ne peut pas proposer une offre qui va donner envie aux gens de s’abonner. Quand j’ai créé Dijonscope j’ai été chercher près de 200 000 euros. Donc aujourd’hui si des initiatives équivalentes veulent se monter en France il faut aller chercher de l’argent. Quand on crée un journal c’est une entreprise comme une autre donc il faut un chef d’entreprise, un pilote, un gestionnaire à la tête de tout ça et pas simplement un journaliste qui aime bien écrire. Si on n’a pas les moyens de se développer on ne peut pas avancer. Par rapport au nombre de blogs et de sites qui apparaissent, il y en a très peu qui ont le statut d’éditeur de presse en ligne. En région, on doit être une dizaine maximum. Ensuite pour avoir l’agrément presse politique et générale comme Dijonscope, il faut embaucher des journalistes qui ont une carte de presse et ça veut dire qu’il faut pouvoir les payer.
Comment voyez-vous l'avenir de la presse en ligne ?
Ce qui est sûr c’est que jamais je n’aurais pu avoir de liberté de ton si j’avais été tenue par la publicité. La publicité est trop versatile. A un moment il faut choisir. Je crois qu’aujourd’hui on peut trouver un public même si on ne peut pas plaire à tout le monde. Et puis il faut peut-être que la presse quotidienne régionale arrête de croire qu’elle peut tout faire, des comptes rendus de décès aux comptes rendus sportifs en passant par les faits divers et en même temps de l’information de fond. Après c’est comme pour n’importe quelle entreprise : ce qui va confirmer si j’ai raison ou pas, c’est si on est toujours là et si économiquement on tient la route. Rendez-vous dans 6 mois ou 1 an. En tout cas, quand Dijonscope est né, certaines personnes ne lui donnaient pas 6 mois... On a bientôt 3 ans, c'est déjà un grand défi d'accompli.
Notre objectif est d’abord d’augmenter notre visibilité. C’est pour ça qu’on vient de sortir une nouvelle version mobile très fonctionnelle et adaptée aux abonnés. Je n’ai aucune intention de faire un journal papier. Nous, c’est le numérique qui nous intéresse.
Pensez-vous que votre initiative peut donner des idées dans d’autres régions de France ?
Ce qu’il ne faut pas négliger, c’est l’investissement de départ que l’on doit mettre dans un journal. Si on commence un journal pure player tout seul ou à 2 personnes on ne peut pas proposer une offre qui va donner envie aux gens de s’abonner. Quand j’ai créé Dijonscope j’ai été chercher près de 200 000 euros. Donc aujourd’hui si des initiatives équivalentes veulent se monter en France il faut aller chercher de l’argent. Quand on crée un journal c’est une entreprise comme une autre donc il faut un chef d’entreprise, un pilote, un gestionnaire à la tête de tout ça et pas simplement un journaliste qui aime bien écrire. Si on n’a pas les moyens de se développer on ne peut pas avancer. Par rapport au nombre de blogs et de sites qui apparaissent, il y en a très peu qui ont le statut d’éditeur de presse en ligne. En région, on doit être une dizaine maximum. Ensuite pour avoir l’agrément presse politique et générale comme Dijonscope, il faut embaucher des journalistes qui ont une carte de presse et ça veut dire qu’il faut pouvoir les payer.
Comment voyez-vous l'avenir de la presse en ligne ?
Ce qui est sûr c’est que jamais je n’aurais pu avoir de liberté de ton si j’avais été tenue par la publicité. La publicité est trop versatile. A un moment il faut choisir. Je crois qu’aujourd’hui on peut trouver un public même si on ne peut pas plaire à tout le monde. Et puis il faut peut-être que la presse quotidienne régionale arrête de croire qu’elle peut tout faire, des comptes rendus de décès aux comptes rendus sportifs en passant par les faits divers et en même temps de l’information de fond. Après c’est comme pour n’importe quelle entreprise : ce qui va confirmer si j’ai raison ou pas, c’est si on est toujours là et si économiquement on tient la route. Rendez-vous dans 6 mois ou 1 an. En tout cas, quand Dijonscope est né, certaines personnes ne lui donnaient pas 6 mois... On a bientôt 3 ans, c'est déjà un grand défi d'accompli.


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