RueFrontenac, ce « Nirvana journalistique »

Rétrospective 2009


Cécile Dubois
Mercredi 3 Février 2010

En lock-out depuis près d’un an, les 253 journalistes du Syndicat des travailleurs du Journal de Montréal n’ont pas chômé pour autant. Ils ont fondé leur propre site, RueFrontenac.com, pour promouvoir une information de qualité. Mais le Journal de Montréal continue de sortir chaque jour, sans baisse sensible de lectorat. Une belle illustration de la crise des médias dans tous ses états.


Le logo du site, clin d'oeil à Rue89
Le logo du site, clin d'oeil à Rue89
L’enquête sur les Hell’s Angels, c’était lui. Les reportages-choc sur la secte Raël, suite à l’infiltration d’une journaliste (Brigitte McCann) en 2003, c’était encore lui. Lui : le Journal de Montréal, le plus grand quotidien francophone en Amérique, avec 268 177 exemplaires vendus chaque jour (2006) rien qu’au Québec. Propriété du groupe Quebecor, qui se partage avec Gesca l’essentiel du marché des communications de masse au Québec, le Journal de Montréal se caractérise aussi par son ton populaire et l’importance qu’il accorde aux faits divers et aux sports. Or depuis des années, les journalistes dénoncent des dérives dans la ligne éditoriale et le fonctionnement du journal.

Ils reprochent notamment à Quebecor d’opérer une convergence croissante des contenus entre les différents médias détenus par le groupe. Fin 2008, le conflit prend de l’ampleur. La direction annonce des mesures très critiquées par la rédaction : suppressions de postes et allongement de la semaine de travail. Le 24 janvier 2009, Pierre Karl Péladeau et Quebecor Media décrètent un lock-out. Malgré la reprise sporadique des négociations, le conflit reste dans l’impasse. L’hypothèse d’une résolution du conflit semble même de moins en moins probable. Et pour cause : d’un côté, le Journal de Montréal continue à sortir chaque jour. De l’autre, les 253 journalistes en grève ont fondé leur propre site, RueFrontenac.com, qui commence à se faire sa petite notoriété.

L'info sans journalistes

L’absurdité que représente la publication d’un quotidien sans aucun article de journalistes (à l’exception de quelques pigistes et cadres non syndiqués), à grands coups de communiqués d’agences de presse ou de chroniqueurs de renom, peut choquer. Pourtant, le Journal de Montréal n’accuse aucune baisse sensible de son lectorat. Et réalise même au passage des profits substantiels, en partie grâce aux économies réalisées sur les salaires. Dès lors faut-il en conclure que l’information dans le futur se passera de journalistes ? Ce n’est certes pas l’avis des employés en lock-out. Majoritairement issus de la presse écrite (et peu au fait des nouvelles technologies), ils ont déjà obtenu avec RueFrontenac une belle réussite.

Fabrice de Pierrebourg, une des journalistes vedette du site
Fabrice de Pierrebourg, une des journalistes vedette du site
En un an, le site s’est taillé une place de choix dans le paysage médiatique québécois : 250 000 visiteurs uniques par mois, selon un article diffusé par Cyberpresse. Sur le fond, les journalistes peuvent aussi se féliciter : ils se sont illustrés par une série d’enquêtes et d'exclusivités pendant la campagne municipale à Montréal. Sur les thèmes choisis (le site a peu parlé de la grippe A H1N1), comme sur le ton plus impertinent, RueFrontenac se distingue nettement de ses concurrents, comme Canoë, où sont diffusés les articles du Journal de Montréal.

Le compte à rebours pour la survie

Mais le temps de RueFrontenac est compté. Sa situation financière est précaire : pour l’instant, les journalistes continuent de recevoir un salaire décent grâce au fonds de grève (alimenté par un pourcentage des cotisations syndicales). En y ajoutant quelques revenus publicitaires et des petits arrangements entre amis pour les déplacements, RueFrontenac s’assure un fragile équilibre budgétaire. Mais à l’heure actuelle, il n’existe aucun modèle économique viable pour les médias pur players, a fortiori s’il fallait maintenir les 253 postes de journalistes !

La survie du site, au-delà des deux ans maximum que peut durer le lock-out, est donc posée. Un compte-à-rebours de plus en plus présent à mesure que les journalistes s’attachent à leur site et à la liberté qu’il leur offre. Comment assurer la pérennité de RueFrontenac ? Ce « Nirvana journalistique » selon Fabrice de Pierrebourg, un journaliste star du site, se cherche encore et veut innover. « On prend la chance d’essayer des affaires. Et même si on se casse la gueule, c’est pas grave » assure Jean-François Coderre, le responsable du développement web, dans un article paru sur Cyberpresse. Ce serait tout de même dommage d'en arriver là...
RueFrontenac, ce « Nirvana journalistique »

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1.Posté par Pascal le 06/02/2010 14:49
ce n'est pas une greve mais un lock out .... grosse difference ...

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