Rue89 : se diversifier pour prospérer


Jean-Michel De Marchi
Jeudi 25 Décembre 2008

2008, année de la confirmation ou de la déception pour Rue89 ? Lancé en mai 2007, le premier site d'information participatif gratuit a assis sa notoriété et sorti quelques scoops. Mais il doit toujours fournir des prestations annexes pour assurer son équilibre financier.


Rue89 : se diversifier pour prospérer
  • Nom : "
  • Création : 5 mai 2007
  • Responsables : Pierre Haski (directeur de publication) et Pascal Riché (rédacteur en chef)
  • Thème : Informations participatives
  • Particularités : Rue89 est le premier site internet d'informations qui soit à la fois participatif et gratuit.

De nouveaux investisseurs

La une lors du lancement le 5 mai 2007
La une lors du lancement le 5 mai 2007
« On est au-delà de nos prévisions dans presque tous les secteurs. En octobre, les chiffres de l’Institut Nielsen NetRatings nous situent à 800.000 visiteurs uniques par mois. Aujourd’hui, on doit être entre 800.000 et 1 million ». Pascal Riché, le rédacteur en chef de Rue89, ancien de Libé, se dit satisfait du développement du site. « Notre notoriété dépasse largement ce qu’on espérait et pour les recettes publicitaires on est dans ce qu’on avait prévu, de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers d’euros par mois »

Laurent Mauriac, le directeur général du site, précise : « Cela varie entre 50.000 et 60.000 euros par mois. La tendance est bonne, assure-t-il, Nous sommes dans les temps de passage qu’ont s’étaient fixés et ont devraient atteindre l’équilibre à la fin de l’année 2009 ». En conséquence, les quatre fondateurs du site, qui jusque là ne se versaient pas de salaire, se rémunèrent depuis juillet 2008. De même, cette année l’effectif a été porté à 19 salariés dont 15 journalistes.

Si l’information continue d’être la principale activité du site, les recettes publicitaires ne suffisent pas à couvrir toutes les dépenses : « Être à l’équilibre uniquement avec de l’information gratuite est très difficile, reconnait Laurent Mauriac. C’est sans doute faisable mais c’est beaucoup plus difficile. Notre idée est donc de multiplier les activités annexes, comme la construction de sites pour des sociétés, collectivités ou associations. »

Au printemps 2008, Rue89 a livré celui du " . La patte de Rue89 se distingue aisément : le site de la collectivité locale ressemble à un vrai site d’information généraliste. Rue89 ne souhaite pas communiquer sur les recettes générées mais selon nos informations la création d’un tel site serait facturée entre 50.000 et 90.000 euros. Plus récemment, " , le site d’une association contre le SIDA, a également été conçu par Rue89 et ses deux informaticiens. Au total, les recettes perçues par Rue89 pour ces prestations de services compteraient pour environ un tiers des recettes totales. La manne est donc indispensable.

Des problèmes liés au développement

Une partie de l'équipe de Rue89
Une partie de l'équipe de Rue89
Le fait pour Rue89 de multiplier ses sources de revenus ne doit pas occulter son succès auprès des internautes (40.500 inscrits en décembre 2008, certes pas tous actifs), ni son audience auprès des autres médias. Parti avec un capital de départ d’un peu moins de 100.000 euros, soit les indemnités de départ de Libération des quatre fondateurs, Rue89 a même attiré de nouveaux investissements cet été.

En juillet dernier, lors de l’ouverture du capital à de nouveaux investisseurs « indépendants », la société a été valorisée à trois millions d’euros par ses propriétaires. Selon les informations communiquées par Rue89, ont fait leur entrée Hi-Media (régie publicitaire et éditeur de contenus), dirigée par Cyril Zimmermann (300 000 €), Verdoso Média, le fonds personnel de Franck Ullmann (300 000 €), la société de production audiovisuelle Midi-Minuit, dirigée par Georges Bermann (200 000 €); le fonds familial Halmahera (100 000 €), et Khedaoudj Zemmouri, journaliste (100 000 €). La Société des « Amis de Rue89 », (une trentaine de personnes qui ont aidé les fondateurs lors du lancement du site, a apporté près de 100 000 € provenant de nouveaux entrants.

Aujourd’hui, le capital de Rue89 est toujours détenu majoritairement par les quatre fondateurs (Arnaud Aubron, Pierre Haski, Laurent Mauriac et Pascal Riché) avec 51,3 %. Les nouveaux investisseurs détiennent 24,9 %, les « Amis de Rue89 » détiennent 17,6 % et les « Habitants de Rue89 » (c’est-à-dire l’équipe initiale du site), détiennent 6,1 %. Après cette ouverture du capital, Rue89 est valorisé autour de 4 millions d’euros. « Mais on n’est pas coté en bourse donc ces chiffres restent assez abstraits », veut relativiser son rédacteur en chef, Pascal Riché.

Prouver que l'information gratuite est rentable

Effectivement, si le site est sur la bonne voie, en creusant un peu quelques difficultés apparaissent. En interne d’abord : un deuxième salarié s’occupe de la gestion informatique, un nombre encore insuffisant pour la quantité de travail à réaliser. « Les bons développeurs informatiques sont très difficiles à trouver, admet Pascal Riché. Il y a tellement de travail à faire sur le plan informatique, sur Rue89 mais aussi pour concernant les sites qu’on fabrique, que parfois on a du mal ».

Enfin à plus long terme, Rue89 n’est pas assuré de son succès. « On a plein de projets de déclinaison, sourit Pascal Riché, mais on va d’abord se focaliser sur la pérennité des déclinaisons actuelles [Marseille89 et Eco89] et sur les blogs pour lesquels on aimerait trouver des sponsors. » Le projet immédiat, c’est donc d’abord de consolider les acquis actuels. Passant une à deux heures par jours à répondre aux mails et suivre les commentaires des internautes sur les articles mis en ligne, Julien Martin, journaliste à Rue89, explique : « Lancer ce genre de sites n’est pas difficile ; ce qui l’est c’est de les faire vivre au quotidien ».

Son rédacteur chef en est conscient : « L’enjeu pour nous est toujours de prouver la viabilité de notre modèle économique, ça reste un pari. D’autant qu’avec la crise financière, on ignore comment vont réagir dans les mois à venir les entreprises qui placent des publicités chez nous ». Rue89 a donc réussi son lancement. A l’aide de scoops, sa notoriété s’est installée en un temps record, une communauté d’internautes fidèles s’est constituée. Malgré tout, si la pertinence du site est établie, la viabilité de son modèle, l’information gratuite exclusivement financée par la publicité, et non par des services annexes, reste à démontrer sur le long terme.
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Rue89 existe aussi au Japon

« Vous êtes le premier à l’avoir trouvé » s’exclame Pascal Riché quand on lui demande ce qu’est cette « anomalie » : un " , avec l’interface originale, quelques éléments de titraille en français, mais l’essentiel en langue japonaise… Le site reprend les articles concernant l’actualité internationale mais aussi certains sur la politique française. Le rédacteur en chef de Rue89 explique l’origine de cette « copie » : « C’est assez drôle. Il y a quelques mois des Japonais sont venus nous voir : ils voulaient faire un Rue89 au Japon. A peine deux mois plus tard ils sont revenus en nous disant "voilà, c’est fait". Ce sont des gens sérieux ; ils ont déjà adapté Courrier international dans leur pays. » Plus terre à terre, Laurent Mauriac, le directeur général, précise : « Ils ne nous ont pas demandé notre accord à l’origine, on est un peu devant le fait accompli. » Et maintenant, quel est l’intérêt pour Rue89 ? « On est entrain de négocier depuis septembre », répond son directeur général. « Au départ l’accord devrait être très avantageux pour eux, poursuit Pascal Riché, mais si cela fonctionne bien on s’y retrouvera nous aussi.
 


« Je gagne 1500 euros par mois »

A 26 ans, Julien Martin est l’un des plus jeunes journalistes de Rue89. Il a participé à la création du site et est maintenant chargé de la rubrique politique.

Comment êtes-vous arrivé à Rue89 ?

En janvier 2007, j’étais encore au CFJ, en deuxième année. Je devais faire un stage au Monde puis j’ai vu que Laurent, Pierre et Pascal avaient écrit sur leur " qu’ils quittaient Libé pour fonder un nouveau site. Après plusieurs rendez-vous j’ai décidé de faire mon stage de février avec eux. Finalement je suis resté.

Les salariés de Rue89 ont dû faire des efforts concernant leur rémunération. Quel est votre salaire actuellement ?
Au début on a tous commencé bénévolement lors du lancement du site. Personnellement tout avait été convenu avec les fondateurs : j’étais sous le statut de stagiaire jusqu’à la fin de mon école, donc de février à juin, et après je devenais salarié avec un salaire de 1 300 euros net. Je devais être augmenté un an plus tard. L’accord a été respecté et depuis juillet 2008, je gagne 1.500 euros net.

Certains estiment que malgré les bonnes intentions le côté participatif n’est pas assez présent sur le site, notamment " , l’un des fondateurs qui est rapidement parti…
Le participatif ne marche pas à la signature des articles. Ce serait réducteur. A Rue89, il est présent dans les commentaires, dans l’interactivité avec le journaliste, et quand les internautes nous font remonter des infos et que nous on fait le travail derrière. On écoute aussi les questions et les suggestions d’articles qu’ils émettent. Il y a beaucoup d’interactions avec les internautes, par exemple lors des conférences de rédaction [elle a lieu tous les vendredis et un chat est organisé]. Chaque jour on passe tous une heure ou deux à répondre aux mails qui nous sont adressés et aux commentaires postés sur le site. Le participatif peut toujours être approfondi mais il est déjà présent.

Imaginez-vous rejoindre une rédaction traditionnelle ?
[soupirs]... J’ai des retours de confrères qu’on voit sur le terrain… Certains ont l’air de faire un travail très sympathique, d’autres beaucoup moins… Pour l’instant je ne me vois pas travailler ailleurs et je n’ai pas du tout en vie de quitter Rue89… [hésitations] Mais en même temps, si je dis non, j’insulte le travail des journalistes qui bossent ailleurs. En fait je ne sais pas, je ne me pose pas la question, je suis très bien ici.


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1.Posté par xav_ le 11/01/2010 19:30
Qu'en est-il aujourd'hui ?

Rue89.com est-il toujours un média indépendant ?

Je suis un lecteur assidu, et la question de l'autonomie économique de la presse, et donc de son indépendance est centrale à mes yeux.

Nous allons lancer un journal web concernant l'actualité des sports sur Grenoble prochainement, et la rentabilité reste un défi majeur !

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