Rue89, le pure-player qui ne craint pas la criseRétrospective 2009Nicolas Lemonnier
Mardi 8 Décembre 2009
Le site d’information lancé le 6 mai 2007 fait mieux que résister à la crise qui touche la presse. Pierre Haski, le co-fondateur et directeur de la publication, a annoncé espérer « passer à l’équilibre financier à la fin de l’année 2009 et d’avoir un exercice 2010 à l’équilibre. » Rue89 aurait-il trouvé la solution miracle ?
S’il fallait trouver un mot pour caractériser Rue89, ce serait le dynamisme. Depuis sa création en 2006, il ne se passe pas un mois sans qu’on entende parler d’une nouveauté estampillée Rue89. En octobre 2008, le site lançait Eco89, suivi d’un blog, Rue69, consacré aux questions sexuelles en tout genre. Cette année, Rue89 a lancé Québec89, un cousin canadien. Ce dynamisme, on le retrouve dans le modèle économique du site. Un modèle innovant et attractif, car si l’accès à Rue89 est gratuit, il y a une multitude de manière pour l’équipe de récupérer des sous.
Un maître mot : la diversité des sources de revenus
Vous aimiez les articles de Rue89 ? Vous allez adorer les tee-shirt Rue89 ! Le site ne se contente d’ailleurs pas de mettre en vente une garde robe. De nombreux goodies sont à disposition des internautes, moyennant 8 euros pour le badge, jusqu’à 30 euros pour le sac bandoulière. Surtout, même dans la vente d’objet, Rue89 n’oublie pas qu’il est un site d’actu. L’internaute pourra donc choisir un tee-shirt avec des slogans très actuels agrémentés d’une pointe de mauvais esprit. Un exemple ? Dans la dernière collection « Coupe du Monde 2010 : France », on peut observer un footballeur préparant un smash à la manière d’un volleyeur. La collection devrait faire fureur auprès des Irlandais…
Rue89 a aussi des manières plus sérieuses de collecter des fonds. Le site a ainsi créé une « web agency » chargée de créer des sites Internet mais aussi de vendre les contenus Rue89 et de les valoriser. C’est elle qui est à l’origine du portail littéraire du Nouvel Observateur, BibliObs. Une activité en plein boom puisqu'un troisième informaticien a été embauché début 2009. Rue89 a également développé la formation professionnelle « pour répondre à une forte demande de formation au journalisme web », affirme Pierre Haski. 17 modules sont proposés de l’initiation au web à la construction et gestion de site. A chaque fois la formation est dispensée par un rédacteur ou un webmaster de Rue89, parfois accompagné d’intervenants extérieur. Reste qu’il faudra mettre la main à la poche pour être formé à « la Rue89 ». Les tarifs s’étalent de 450 à 1000 euros la journée. Mais après tout c’est aussi un moyen de donner des fonds au site. La diversité des sources de revenus chez Rue89 n’est donc pas un vain mot… Malgré tout, ce qui permet vraiment de remplir les caisses, c’est encore et toujours la publicité. D’ailleurs Pierre Haski explique qu’« aujourd’hui, la publicité représente 40 à 50 % de nos revenus, nos activités de service 40 % et le reste environ 10 % ». Le mur Rue89, une idée de génie ?
L’idée la plus originale proposée par Rue89 pour récupérer des fonds est sans doute « le mur ». Le principe a été inspiré par la célèbre « million dollar homepage » d’Alex Tew. Barack Obama a eu également recours à ce système pour récolter des fonds pendant sa campagne pour les présidentielles américaines. Les mur de pixels sont composés de briques qui peuvent être achetés par n’importe qui. La brique se compose d'une image, en forme de lien hypertexte vers le site que souhaite promouvoir le donateur, et d'un texte affiché au survol de la souris. Pour Rue89, leur coût varie de 15 à 349 euros selon la taille, pour un an de présence. « Avec ce mur, nous avons trouvé un moyen ludique et innovant de soutenir l'activité de ce site d'information indépendant, tout en se faisant plaisir », présente Pierre Haski. Lancé le 18 février 2009, le mur a tout de suite connu un joli succès. Moins d’un an après son lancement, il est quasiment plein. Et si on retrouve beaucoup d’annonceurs, il y a également de très nombreux particuliers venus soutenir l’indépendance du pure-player. Plus étonnant, la présence d’autres sites d’informations comme « @rrêt-sur-images » ou « Médiapart ».
Le mur de pixels est l’exemple même du dynamisme innovant de Rue89 pour trouver son propre modèle économique. Certes, il n’est pas suffisant pour faire tourner le site et ses 20 salariés, loin s’en faut, mais en créant le buzz sur la toile, il contribue à faire parler de Rue89. Et le site ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Laurent Muriac, un des co-fondateur du site, a annoncé fin octobre réfléchir a une plate-forme de mécénat pour l’info en ligne. Il s’agirait d’un système d’abonnement permettant de verser une contribution à plusieurs sites à la fois. La plateforme prendrait la forme d'un réseau social. Une nouvelle preuve de la capacité d’innovation de Rue89 lorsqu’il s’agit de trouver de nouvelles sources de revenu. Et puisque l’intérêt rédactionnel ne se dément pas, on comprend mieux la bonne forme affichée actuellement. Lu 1227 fois
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