Réseaux sociaux : l’info coule à flots…Rétrospective 2009Lucie Roth
Mercredi 3 Février 2010
Le flot d’informations qui circule quotidiennement via les réseaux sociaux est désormais devenu une source quasi-intarissable pour les journalistes, qui y ont plongé tête la première. Cependant, une prudence redoublée est de mise pour éviter de se laisser couler par les canulars et autres pièges en vogue sur la Toile…
Environ 23 millions d’internautes français soit près de 7 sur 10, ont visité un site communautaire et/ou un blog en janvier 2009. Dans le monde, Facebook pèse la bagatelle de 250 millions d’utilisateurs. 55 millions de statuts sont mis en ligne chaque jour. Les autres réseaux sociaux ne sont pas en reste : sur Twitter, 15 millions de statuts sont blogués quotidiennement.
L’info à la vitesse grand V
Crash d'un avion sur l'Hudson début 2009 : photos et vidéos du crash circulent sur les réseaux sociaux avant même que l'info soit reprise par les grands médias. / DR
Dans cet océan de contacts potentiels, les journalistes apprivoisent de nouvelles pratiques et se découvrent de nouvelles sources. Désormais, l’information débute son circuit de diffusion par les réseaux sociaux, qui prennent de vitesse les canaux d’information classiques. Lorsqu’un avion se pose en catastrophe sur l’Hudson en janvier 2009, photos et vidéos circulent sur Twitter plusieurs heures avant que l’événement ne soit relayé par les grands médias. La vitesse est l’un des principaux avantages que l’on reconnaît aux réseaux sociaux. Mais un avantage qui revêt parfois un double tranchant. Pour François Heinderyckx, professeur de communication à l’université de Bruxelles, « il est préférable de se montrer prudent et de ne pas se laisser séduire aveuglément par les réseaux sociaux. La course à la vitesse peut engendrer des dérives journalistiques graves. »
Les utilisateurs de ces réseaux ont en effet le chic pour diffuser à peu près tout et n’importe quoi à la vitesse de la lumière... L’AFP s’est déjà laissée piéger et a été obligée d’annuler certaines de ses dépêches après avoir découvert que l’information glanée par l’intermédiaire de Facebook était en fait un canular (à propos du fils de Benazir Bhutto en 2008). Ces outils au potentiel énorme s’avèrent donc parfois plutôt contre-productifs pour un journalisme de qualité. Journalistes, tous addicts !
François Heinderyckx, professeur en communication, appelle à la prudence dans l'utilisation des réseaux sociaux. / DR
Malgré ces réserves, les journalistes se sont engouffrés dans la brèche et commencent à exploiter massivement les nouvelles possibilités d’investigation ou de contacts qui leur sont offertes. L’exploitation des réseaux sociaux par les journalistes durant leurs enquêtes devient monnaie courante : selon une étude menée par la Society for New Communication Research *, 70% des journalistes outre-Atlantique auraient utilisé les réseaux sociaux comme sources d’information en 2009 alors qu’ils n’étaient que 41% en 2008. Après différents massacres dans des lycées ou des universités, ils ont été nombreux à se précipiter sur les profils Facebook des victimes pour pouvoir les décrire ou contacter leurs amis et les faire parler des disparus. Twitter monte en puissance, avec 47% de journalistes américains qui, selon la même étude, ne peuvent plus se passer du média le plus en vogue actuellement mais dont le potentiel est encore insoupçonné.
Devant les doutes exprimés par certains concernant la fiabilité de ces nouvelles « sources », Loïc Le Meur, organisateur du Web’09, conférence qui a réuni plus de 2000 acteurs du web en décembre 2009, parle de « reflet du bouche-à-oreille », avec le même degré de sérieux et de fiabilité. Aux journalistes de savoir faire le tri dans la masse d’informations à sa disposition. Même si l’utilité des réseaux sociaux n’est plus mise en doute, la vérification des sources reste l’un des fers de lance du métier de journaliste, tout comme son travail intellectuel. Comme conclut François Heinderyckx, « C’est la valeur ajoutée par le journaliste qui fait comprendre l’actualité. Twitter n’explique pas. » *Résultats de l'étude cités dans un article du blog de Ludovic Baumgartner Lu 890 fois
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