Qui fait de l’enquête sur le web ?


Florent Bouchardeau
Vendredi 26 Février 2010

Comme la presse, l’enquête s’est exportée sur le web. L’information y est clairement divisée en deux. D’un côté le battonage de dépêches et la réécriture d’articles de l’AFP. De l’autre, la recherche d’information et l’investigation. La plupart des sites jonglent avec les deux, d’autres ont choisi leur camp.


Qui fait de l’enquête sur le web ?
Peut-on dire que l’enquête journalistique est différente sur Internet ? En France, enquête rime avec presse écrite et télévision. Sur Internet, la principale différence c’est le manque de moyens, l’économie rudimentaire (souvenez-vous de Bakchich ).
Le peu de productions web est simple à comprendre. Pour Vincent Nouzille, rédacteur en chef de Lesinfos.com : « Certains sites, comme Médiapart ou Rue89, progressent mais sur la plupart des sites, il s’agit souvent de jeunes journalistes peu expérimentés et mal payés ».

Lauriane Gaud, journaliste au Canard Enchainé, ajoute que le problème du web, c’est la rapidité, « c’est pareil qu’entre un hebdomadaire et un quotidien qui font de l’enquête », l’un a plus de temps que l’autre pour creuser ses sujets.
Les deux journalistes s’accordent à dire qu’il n’y a « pas de différence fondamentale entre l’enquête en ligne et l’enquête traditionnelle » en ce qui concerne les sujets traités. Le web a pour l’instant des moyens limités mais de grandes ambitions.

Les médias traditionnels se mettent eux aussi au web-reportage avec une facilité de moyens. France Info par exemple publie en exclusivité des enquêtes sur son site web. Sur lemonde.fr, on commence aussi à lancer de belles productions comme ce reportage sur le catch français.

D’autres ont une tactique différente. La rédaction de StreetReporters a lancé justement le pure-player SteetPress.com. Un site d’info participatif au budget de 100.000 euros/an - pas le même que celui du monde.fr-  mais en partie spécialisé sur le reportage.

De l'enquête toute jeune chez StreetPress

Ici, le camp a été choisi. Le site crée sa propre information et laisse une grande place à l'enquête et au reportage. Cette rédaction de jeunes professionnels qui encadrent des collaborateurs bénévoles tient à publier au moins cinq reportages par semaines. La centaine de journalistes occasionnels peut « passer trois semaines sur un reportage » explique Johan Weisz dans un entretien à Journalismes.info.

Chez StreetPress, le système participatif permet d'apporter une grande quantité d'info. Sans  pour autant faire une croix sur la qualité grâce au suivi des journalistes professionnels et ce à coût réduit. La recette a fonctionné deux ans avec StreetReporters.net.

Internet est un média finalement encore très récent qui possède des atouts que l’on n’a pas encore imaginé. Comme la radio ou la télévision en leurs temps, la bonne exploitation prendra du temps. L’enquête et le reportage commencent à prendre des formes propres à ce média. La vigie du web est un site qui propose une sélection de ce qui se fait de mieux en termes de reportages multimédias. Tous les outils sont réunis, le son, l’image, le texte. Il ne reste plus qu’a inventer le type d’écriture qui va avec. Et certains le font déjà très bien.

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