Quand Twitter colle au PalaisFatima Rougi
Mercredi 3 Février 2010
Cette année le site de microblogging a fait de nombreux adeptes, chez les internautes, dans les rédactions et même jusque dans les couloirs des salles d'audience. En 2009 il s'est ainsi incrusté dans le procès phare de la rentrée: Clearstream.
Septembre 2009 : début du procès Clearstream. Quinze jours plus tard : un journaliste du Nouvel Obs, et ce ne sera pas le seul, crée un compte Twitter spécialement dédié à la narration minute par minute et en 140 caractères du procès de la rentrée. Une question va alors très vite se poser : les journalistes sont-ils autorisés à transmettre depuis la salle d'audience, leurs messages via leur téléphone portable vers Twitter ou doivent-ils attendre d'être à l'extérieur ?
Twitter est-il légal?
Dans le doute, deux méthodes vont s'affronter. Olivier Toscer, le journaliste du Nouvel Observateur reste à l'intérieur pour tweeter, alors que Amaury Guibert le journaliste de France 2 préfère sortir, partant de l'idée que les téléphones portables doivent être éteints dans la salle d'audience.
Maître Eolas, avocat et blogueur averti, va très vite trancher en consacrant un billet quelques jours plus tard à cette nouveauté journalistique, histoire de mettre tout le monde d'accord. « Aucune loi n’autorise expressément de tweetter depuis un prétoire, mais aucune loi ne l’interdit, donc c’est autorisé. Ce que la loi interdit, c’est de fixer une image ou un son. L’écrit - et le tweet est un écrit - n’est pas concerné, il est même couvert par la liberté d’informer. Certes il est écrit, sur une feuille format A4 scotchée aux portes, que les téléphones doivent être éteints. En fait, ce qu’on vise à prévenir, ce sont les sonneries intempestives et la tentation de retransmettre le son d’une audience, ce qui serait une captation prohibée par la loi. » En effet, depuis les dispositions de la loi du 6 décembre 1954, adossées à la loi de 1881 sur la liberté de la presse, l'emploi de tout appareil d'enregistrement dans une salle d'audience est interdit. Voilà donc pour le cadre juridique. Que les journalistes puissent relater un procès en direct pose au final davantage de questions sur la pratique du journalisme que du droit. Peut-on être complet en couvrant un procès à coup de 140 caractères?
Là n'est pas la question. Dans une interview accordée à LCI, le journaliste « twitterer », Olivier Toscer, a insisté sur la complémentarité entre Twitter et les autres médias. « On ne peut évidemment pas suivre tout le procès si on s'y intéresse, juste sur Twitter. C'est beaucoup trop lapidaire. Ce ne sont pas des compte-rendus d'audience. » Le site de microblogging est alors une manière « d'imager » le procès, de donner l'ambiance, l'atmosphère dans la salle d'audience. Une manière simple de contourner la loi sans la bafouer. Les journalistes décrivent dans leurs tweets les faits, gestes et autres mimiques des personnages phares du procès. « Suspension. DDV préfère rester dans la salle plutôt que d’affronter la meute télévisuelle tout de suite. Lahoud aussi » (obs_clearstream). Ou encore: « Marie de Villepin se recoiffe. L’avocat de son père plaide » (obs_clearstream). Bref vous l'aurez compris Twitter est à consommer dans le cadre d'une pratique médiatique équilibrée!
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