Photojournalistes à l'épreuve du web


Leïla Piazza
Jeudi 16 Juin 2011

Les pratiques des photojournalistes ne cessent de se renouveler au gré des développements technologiques. Changement de formats et de rapport à la narration, "personal branding", concurrence et batailles juridiques : telles sont les mutations majeures provoquées par la principale innovation des deux dernières décennies, le web.


Webdocumentaires, diaporamas sonores, POMs, photographies amateures, ou citoyennes… Les images inondent la toile, au gré des innovations. Les conséquences semblent évidentes du côté de l'internaute, pour qui ces bouleversements sont sources d'enrichissement. Mais du côté des photojournalistes, les choses sont beaucoup plus obscures. Et pourtant ces nouveaux formats et modes de diffusions sont bien synonymes de renouvellement des pratiques chez les photographes.
Photojournalistes à l'épreuve du web

Un format nouveau : le webdocumentaire

Le phénomène le plus connu est certainement celui du webdocumentaire. Derrière lui, se cachent ses nombreux frères : diaporama sonore, vidéographie, Petite Oeuvre Multimédia (POM) … Autant de formats qui affluent sur le net. Pour les photojournalistes, ce sont autant de modes d'expression naissants. Il s'agit en effet d'un nouveau débouché pour cette profession que beaucoup disent en crise. Nous assistons aussi à un renouvellement des formes de narration. Les photojournalistes ont, avec ces outils, la possibilité de raconter des histoires, de travailler dans le temps long et de sortir de l'instantané. En ce sens, beaucoup de photographes frustrés par la pratique de la photo isolée, courante sur le papier (moins dans la presse magazine) ont le sentiment de retrouver du sens. Avec pour conséquence le déplacement des frontières entre journalisme et création audiovisuelle, information et documentaire. Changement de narration et de façon de travailler donc. Mais aussi transformation de la relation avec le lecteur. Le webdocumentaire, et le web en général, ouvrent en effet la voie à la participation et à l'interactivité. Un lien plus direct se crée entre lecteur et producteur de l'information.

L'affirmation d'une marque

Le personal branding, vous en avez certainement déjà entendu parlé. Cette pratique correspond à l'affirmation d'une marque personnelle, en jouant notamment de sa réputation sur le net. Il s'agit alors d'adapter les techniques de marketing des marques à la gestion de sa carrière professionnelle. Les photojournalistes semblent particulièrement sensibles à cette pratique. Dans un contexte concurrentiel, proche du fonctionnement des milieux artistiques, où la majorité des photojournalistes sont pigistes, la capacité à vivre de son travail dépend en grande partie de sa signature. Blogs, sites personnels, Facebook, Twitter, et autres réseaux sociaux : tout les moyens sont bons pour se faire connaître et reconnaître.
Photojournalistes à l'épreuve du web

Flou juridique et concurrence

Si le web représente un véritable bouleversement pour les photojournalistes, les effets de ce dernier ne sont pas que positifs. C'est une révolution certes. Mais une révolution qui détruit pour construire quelque chose de nouveau. Ainsi, le développement d'Internet a ouvert la voie à une abondance d'images. Parmi elles, de plus en plus de photos sont produites par des amateurs. Cela permet à quelques uns d'entre eux, passionnés de photos de rentrer dans la sphère des photojournalistes professionnels et de sortir de l'anonymat. Mais c'est aussi vécu comme une concurrence déloyale, de plus en plus de médias allant se fournir sur des plateformes d'images amateures ou auprès de « journalistes citoyens » pour illustrer leurs articles à moindre coût. Les photographies non créditées (signées) et non-rémunérées sont légions sur la toile. L'émergence de cette photographie citoyenne sur le web génère un flou juridique. Les spécialistes s'interrogent par ailleurs sur l'adaptation du Code de la Propriété Intellectuelle (qui régit le droit en matière d'utilisation de photographies) à cet espace sans limites temporelles et spatiales. Pour l'instant, le web crée dans le milieu des médias un espace de flottement juridique qui pour les photojournalistes est source de bataille pour faire valoir leurs droits. Et aussi une zone d'incertitude législative et de questionnements concernant les nouvelles pratiques. Des nouvelles pratiques qui pour de nombreux spécialistes ne seront bénéfiques qu'assorties de recul et de réflexion.

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