'On s'est ouvert les portes du monde sans dépenser un euro'Vincent Bissonnet
Mercredi 16 Avril 2008
Tristan Mendès-France voyage aux quatre coins de la planète depuis août 2006 avec Alban Fischer pour ramener des reportages exclusifs. Originalité du projet : ils diffusent leurs vidéos, des images spontanées avec un minimum de montage, sur leur site blogttroters.
Vous avez notamment été documentariste pour France Télévisions. Pourquoi avoir décidé de se lancer dans cette aventure et de monter ce blog ?
Nous voulions expérimenter et promouvoir un nouvel outil, Internet avec des logiciels libres pour monter notre blog . C'est aussi le moyen d'éviter la lourdeur des médias traditionnels où il faut six mois à un an de tournage et de montage avant la diffusion. Dès qu'on a une idée en tête, on peut la traiter directement. Votre démarche s'oppose donc à la méthode traditionnelle ? On se veut plutôt complémentaire, ce n'est pas une critique. Nous avons une démarche parallèle. Cela nous permet de nous exprimer de manière informelle et avec plus de souplesse. Mais vous montrez des images que les autres ne veulent pas montrer ? Non, nous montrons simplement ce que les autres ne montrent pas. Sur le Cambodge et la Turquie, il y a eu de magnifiques reportages à la télévision. Ce que les autres ne peuvent pas faire, c'est ce qu'on partage en direct avec les gens. Le lien affectif est très fort avec les personnes que l'on rencontre sur place et ceux qui nous suivent sur le site. On n'a rien à cacher, ce sont des images spontanées. Les réfugiés climatiques, la grande question du siècle
Combien de visiteurs comptez-vous par jour ?
C'est très variable. Lors de nos reportages, nous sommes à 1000 voire 1500 par jour. En dehors, ça tombe entre 100 et 300. Nous avons eu une pointe à 10000 grâce à un partenariat avec Yahoo. Comment peuvent-ils interagir ? Dans une première phase, on leur explique le sujet et ils nous aident à trouver des contacts, nous donnent des conseils... Une fois en voyage, ils nous posent des questions et laissent des commentaires, jusqu'à 100 par jour lors de notre séjour en Turquie. Mais nous avons dû modérer car cela tournait à la guerre entre Turcs et Arméniens. Comment sélectionnez-vous vos reportages ? La plupart du temps, c'est selon nos fenêtres de tir. Par exemple, nous avions rencontré à Tuvalu, une personne qui nous a dis qu'une conférence de l'OSCE se déroulait du 9 au 11 mars au Kirghizstan. De manière générale, nous sommes attachés aux droits de l'homme, à la mémoire et à l'environnement. On se sent notamment très concerné par la question des réfugiés du climat. Lorsque nous sommes allés au Darfour, on a pu constater les violences politiques mais aussi les problèmes de sécheresse qui déplacent les populations. D'après tout ce qu'on a pu entendre, on pense que ce problème des réfugiés climatiques sera la grande question du siècle. Tout ce qui peut être expérimental nous intéresse : si quelqu'un nous propose une semaine dans un sous-marin ou dans une jungle, on le fera. D'où viennent les financements ? On a des partenaires dans les médias (Nouvel Observateur, France Info...) et aussi l'INA. Nous avons eu des papiers dans Libération et Le Monde entre autres. Sans une couverture médiatique, ce serait difficile de trouver des financements. Mais il nous faut juste de quoi payer un billet d'avion et de quoi manger. En immersion totale
Etes-vous parfois confrontés à la censure des autorités locales ?
Nous sommes rarement confrontés à de la censure directe. Le plus dur a été au Darfour mais nous avons eu de la chance d'avoir été accueillis par le Haut Commissariat aux Réfugiés. Sans eux, nous n'aurions pas pu filmer dans la rue. Nous sommes difficilement identifiables car nous ne sommes ni une association ni vraiment des journalistes. Vous devez ressentir du raz-le-bol lors de certains reportages ? Une fois sur deux au bout de quelques jours, nous tirons la langue et nous avons envie de rentrer. Nous stressons beaucoup car nous nous sentons obligés de mettre une vidéo par jour. Mais nous nous offrons des aventures humaines avant tout. On s'est ouvert les portes du monde sans dépenser un euro. On va rencontrer les familles chez eux, les victimes : c'est une immersion totale. On ne voit rien de touristique. Considérez-vous cette pratique comme un idéal journalistique ? Ce n'est pas un idéal du journalisme d'investigation. On serait ravi si des grands reporters utilisaient le principe du reportage en direct. On veut faire partager ce processus. Ce n'est pas seulement une enquête mais aussi une aventure numérique et une quête de sens. Un format peu adapté à la télévision
Avez-vous contacté des chaînes pour diffuser vos reportages ?
Nous avons fait pas mal de démarches pour proposer des vidéos. Mais pour eux, cela n'a pas beaucoup de sens. L'intérêt, c'est de les voir en direct. Ce n'est pas trop adapté au format télé. Canal+ a diffusé quelques pastilles. Pouvez-vous envisager à l'heure actuelle de retourner à une pratique plus traditionnelle ? Oui, ce n'est pas exclusif. Si je peux piger pour une télé ou écrire une rubrique pour un journal, je le ferai. Je veux décliner cette manière de faire de l'info, la pousser en partant un mois et pas seulement quelques jours. Pour nous, elle est pleine de perspectives. Quelles sont vos prochaines destinations ? On aimerait bien aller en Amérique du Sud pour évoquer la question de la mémoire post-dictatoriale. On pense toujours à aller au Groenland. Ce que l'on aimerait obtenir, c'est une balise satellite pour être vraiment autonome. Lu 1063 fois
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