News Transparency, vers un flicage des journalistes ?


Maxime Bourdier
Jeudi 2 Février 2012

Le lancement, lundi 31 octobre 2011, de News Transparency, inquiète. Ce site web américain invite en effet les internautes à communiquer les informations en leur possession sur des journalistes issus de tous les médias, dans le monde entier. Age, coordonnées, parcours universitaire et professionnel, affiliation politique ou encore réseaux professionnel et amical sont ainsi renseignés.


Ira Stoll, fondateur de News Transparency et lui-même journaliste, se défend de toute volonté de fichage. Le blogueur conservateur voit plutôt dans sa plateforme participative un moyen de responsabiliser les journalistes, tout en leur demandant des comptes. Il s’agit aussi d’éclairer le public sur ceux qui font l’information, et de dénoncer les éventuels conflits d’intérêt et compromissions.

Comment vous est venue l’idée de créer News Transparency ?
Je m’intéresse à la critique de la presse depuis 2000-2001, période durant laquelle je m’occupais de  Smartertimes.com, un site consacré à une analyse critique quotidienne du New York Times. Mais j’ai fini par comprendre qu’un critique de presse, même prolifique, ne pouvait faire face seul à un tel volume d’informations. J’avais besoin de faire appel à des contributions extérieures et j’ai donc décidé de travailler avec un développeur pour créer News Transparency.
Capture d'écran du site
Capture d'écran du site

Quelles sont les premiers retours sur votre site, notamment de la part des journalistes ?
J’ai été submergé d’avis positifs. Nous avons eu des centaines de nouveaux profils créés par et pour des journalistes dans le monde entier, à tel point que mon plus gros problème jusqu’ici a été de modérer les contributions. Quelqu’un veut faire une version lituanienne du site et récemment, j’ai eu une interview téléphonique avec une radio australienne ainsi qu’avec un hebdomadaire uruguayen, aujourd’hui avec un magazine indien… s’il y a une question qui transcende les frontières nationales, on dirait que c’est bien celle de la responsabilité et de l’objectivité des médias !

Ira Stoll, fondateur de News Transparency
Ira Stoll, fondateur de News Transparency
News Transparency ne risque-t-il pas de conduire à un fichage des journalistes, qui attenterait à leur vie privée et menacerait leur liberté d’expression ?
Les journalistes n’ont souvent aucune gêne à interférer avec la vie privée des autres. Donc s’ils n’aiment pas qu’on s’immisce dans la leur, peut-être que cela les fera réfléchir sur la façon dont ils traitent les gens. Cependant, la plupart des informations disponibles sur le site se focalise davantage sur le travail journalistique que sur la personnalité ou l’apparence des journalistes. Quant à la liberté d’expression, du moins aux États-Unis, nous avons le Premier Amendement de la Constitution qui la protège. Cet amendement protège aussi News Transparency, d’ailleurs. Je pense qu’en ce moment, ce sont les lois limitant la publicité politique qui menacent le plus la liberté d’expression aux États-Unis, bien que les journalistes y semblent majoritairement favorables.

Votre site fonctionne sur une base participative, un peu comme Wikipédia. Jusqu’ici avez-vous constaté des canulars ou des attaques infondées dirigées contre des journalistes ?
Pas de mauvaises plaisanteries ou d’insultes pour le moment. Contrairement à Wikipédia, nous avons un éditeur humain qui modère les contributions avant qu’elles ne soient postées. Si jamais il y a des erreurs, le site dispose aussi de mécanismes permettant aux utilisateurs de noter, évaluer et éventuellement corriger les contributions.

Pour justifier la création de News Transparency, vous vous basez sur une étude montrant une défiance croissante de l’opinion publique américaine envers les médias, souvent vus comme trop à gauche. Pensez-vous que les journalistes ne sont pas assez indépendants ?
Certains journalistes sont sans doute trop subjectifs et partiaux. Certains ne sont peut-être pas assez indépendants, d’autres sont trop marqués à gauche. De manière générale je pense qu’une meilleure presse serait une bonne chose pour le pays et pour la démocratie, mais aussi pour l’économie et les marchés financiers. Mais je ne sais pas si "meilleure" signifie "objective" ou simplement plus rigoureuse, ouverte d’esprit et transparente.
Capture d'écran du site
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