Médias en Iran : le système DRétrospective 2009Nina Godart
Mercredi 3 Février 2010
Internet ? Surveillé. Les journaux ? Censurés. La radio et la télé ? Parasités. Les médias, en particulier ceux qui diffusent en Iran depuis l’étranger, sont constamment bridés, muselés, empêchés de travailler. Radio France Internationale est l’un d’entre eux.
Foad Roostaee est journaliste à la Rédaction de RFI en Persan : « La rédaction monde de Radio France Internationale, qui diffuse en français a un correspondant à Téhéran. Mais il ne peut pas travailler pour notre rédaction ». Pourquoi ? « parce que pour collaborer avec une fréquence qui diffuse en persan, il a besoin d'une autorisation du ministère iranien de la Culture. Et on lui a refusé cette autorisation ».
Comment font-ils alors pour travailler ? Ils appellent leurs contacts, des sources dignes de confiance mais dont les témoignages seront diffusés de manière anonyme. Toutes ces précautions ne suffisent pourtant pas à garantir la sécurité des informateurs : « Une jeune téhéranaise, Farida Rajour, collaborait avec nous de manière officieuse. Elle a été dénoncée puis arrêtée ». Et quelques temps après la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad, le gouvernement a déclaré qu'il était illégal de répondre à une interview pour un média étranger. « Ça devient de plus en plus difficile pour nous ».
Pour les médias étrangers qui ne diffusent pas en persan, le problème vient plutôt d'une forme d'autocensure : « Nous avons un correspondant, Siavosh Ghazi, qui vit à Téhéran » explique Sylvie, journaliste à la rédaction Monde. « Il travaille de manière officielle, signe ses articles. Pour ne pas être inquiété par les censeurs, il est amené à refuser de traiter certains sujets trop sensibles ». Qu'est-ce qu'un sujet trop sensible ? « Par exemple en fin d'année, 70 mères iraniennes ont manifesté dans la rue. Elles ont été arrêtées. Siavosh n'a pas voulu faire un article là dessus. Nous le comprenons. Et comme nous ne voulons pas compromettre sa sécurité, nous faisons nous-même attention à ne pas lui demander des articles qui l'exposerait à la colère du régime ».
Dès lors, faut-il occulter ces événements, ne pas en parler ? Non, mais il faut trouver d’autres moyens d’obtenir des témoignages. D'après Sylvie : « Nos journalistes spécialistes de l'Iran ont des contacts sur place, ils les appellent parfois. Sinon des anonymes nous envoient des messages sur l'actualité iranienne. Et bien sûr nous utilisons internet. En fait nous nous servons de tous les canaux disponibles, au moins pour recouper les infos dont nous ne sommes pas sûrs. »
Finalement, avec un peu de prudence et de débrouille, savoir ce qui se passe entre les frontières persanes ne pose pas de problème. Le faire savoir, c’est ce qui bloque. Foad Roostaee l'admet : « Nous pouvons obtenir toutes les informations dont nous avons besoin. Mais si nous n'avons jamais arrêté de diffuser notre fréquence, elle n'est pas toujours reçue ». Parce qu'en dernier recours, le gouvernement parasite la transmission des radios et autres télévisions dissidentes.
Depuis 2000, l’Iran est le pays où internet a le plus progressé. Pas besoin de chercher bien loin la raison : il reste la seule solution depuis Téhéran pour connaître les versions non officielles des évènements. Lu 1172 fois
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