Mediapart fait le pari osé de l’information payanteFabrice Pouliquen
Mardi 27 Janvier 2009
Sur le web, les journalistes expérimentent de nouveaux styles d’écriture, de nouvelles relations avec le public mais tâtonnent quant au modèle économique à adopter. A contre-courant de la pensée dominante, Mediapart mise lui sur le modèle payant.
Haro sur Mediapart ! Avant même son lancement, le 16 mars dernier, le nouveau site d’information généraliste est sujet aux railleries.
" " " " " ... Sur le web, les billets fusent, chacun allant de son pronostic sur la durée de vie du site. C’est que le projet d’Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du Monde, et de son équipe (une trentaine de salariés dont 24 journalistes) repose sur un pari de taille : croire que les internautes sont prêts à payer pour des informations généralistes. Accéder aux articles ou poster un commentaire sur le « club », l’espace participatif de Mediapart, nécessitent ainsi d’être abonné. Le prix mensuel varie de 5 euros (pour les étudiants, les chômeurs), à 9 euros ou 15 euros pour un abonnement de soutien. Les écueils d’un tel projet sont multiples. Remettre l’éditorial aux commandes
La première question qui se pose est celle de la plus-value. Le web est déjà un secteur saturé de toute part par des sites d’information généralistes, la plupart gratuits ou semi-gratuits. Dans un tel contexte, comment Mediapart peut-il proposer une offre d’information et de participation qui vaille le coup de s’abonner ?
A en croire Edwy Plenel, cette plus value est considérable. Le projet part du constat d’un déficit de l’offre d’informations de qualités, indépendantes des pouvoirs économiques et politiques. Une crise des médias que ne fait qu’accroître la gratuité de l’information sur Internet. Mediapart entend donc rétablir le prix de l’information comme gage d’indépendance et de qualité éditoriale. « La rédaction mettra en avant, chaque jour, de quatre à huit informations importantes avec une hiérarchie forte », expliquait François Bonnet, directeur éditorial, quelques mois avant le lancement officiel du site. Ces informations mises en avant, « ces nœuds qui font l’actualité », Mediapart s’efforcera de les dénouer par l’enquête, les angles, un journalisme de recherche et d’approfondissement ».
Promesse tenue à certains égards. Plusieurs abonnés reconnaissent la qualité des contenus de Mediapart, exemples à l’appui. " , blogueur et journaliste dans un quotidien régional, prend l’exemple d’un article sur la libération d’Ingrid Bétancourt, le 2 juillet dernier. " cite, lui, un " traitant du conflit qui oppose Jean Arthuis, sénateur de la Mayenne, au Modem pour savoir qui restera propriétaire des locaux de la rue de l’Université, soit 2000 m² en plein Paris. A chaque fois, le même constat : dans ces deux articles, les journalistes ont su, par un travail d’enquête et d’investigation, produire une analyse qui bousculait les versions officielles, celles que reprenaient tous les médias.
Prisonnier derrière un mur payant
Si des lacunes persistent (Serge Brière souligne que « ce nouveau média n’offre pas encore à lui tout seul une véritable information quotidienne » et que le club laisse encore à désirer), Mediapart semble néanmoins avoir réussi à fédérer une communauté de lecteurs. Mais au final, les internautes sont encore trop peu nombreux à souscrire un abonnement. Lors de son lancement, Mediapart comptait 3 300 abonnés, le 15 septembre, 11 211 abonnés et le 31 décembre, plus de 14 000 abonnés. Une évolution guère rassurante, qui ne permet pas de répondre aux objectifs posés. Dans un article daté du 1er avril dernier, Edwy Plenel déclarait : « Notre objectif immédiat, c’est d’avoir entre 10.000 et 15.000 abonnés d'ici fin juin, puis entre 20.000 et 25.000 d'ici la fin de l'année ».
Or, comment attirer de nouveaux abonnés quand le modèle payant exclut du réseau, rend le site quasiment invisible en ligne ? On touche là le deuxième écueil de Mediapart. « L’essentiel sur le net, est de s’inclure dans le réseau, d’intégrer les moteurs de recherche, d’être référencé […]. L’internet, ce sont les liens. Le payant les supprime, il exclut », souligne le blogueur " . Edwy Plenel se défend de cette fatalité et se rassure en avançant le nombre de visiteurs uniques par mois : 180 000 en juin, 350 000 en novembre, et une progression, en moyenne, de 50 000 par mois pendant tout le dernier trimestre de l’année. Mais sur ces visiteurs uniques, beaucoup font part de leur frustration de ne pouvoir lire que le titre et un bref résumé des articles. « Imaginez les gens discuter autour des quotidiens poser autour des comptoirs avec au milieu d’eux un Mediapart sous plastique que personne n’ose ouvrir », illustre le blogueur Easywriter dans un billet titré : " .
Un seuil de rentabilité fixé à 50 000 abonnés, dans le meilleur des cas
Mediapart ne se démonte pas et maintient ses convictions de départ. Après une première étape dite de lancement, Edwy Plenel annonce, le 15 septembre dernier, le passage à une stratégie commerciale offensive. Celle-ci comprend la valorisation des abonnements longue durée (sur un an ou plus), l’amélioration du référencement du site sur les moteurs de recherches (via des partenariats avec " , Yahoo ou le " ), ou encore la recherche de revenus complémentaires. Sur ce dernier point, Mediapart a lancé, le 19 septembre dernier, MédiaVU, en partenariat avec l’agence Vu. L’objectif est de proposer la vente en ligne de clichés à tirage limité, de photoreporters (à partir de 350 euros tout de même).
Mediapart espère ainsi atteindre le seuil de rentabilité entre 2011 ou 213, selon l’hypothèse retenue. Ce seuil de rentabilité est fixé 50 000 abonnés, si le taux de TVA de la presse en ligne est établi à 2,1% (chose pas encore acquise), entre 60 000 et 70 000 abonnés sinon. Soit un nombre d’abonnés nettement supérieur à celui du monde.fr. Lu 1820 fois
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