Malgré Wikiscanner, Wikipedia ne convainc pas les journalistes


Pierre Laurent
Lundi 20 Avril 2009

Le site web Wikiscanner permet d’identifier les faussaires de contenu sur Wikipedia. De Total à Danone, en passant par le ministère de l’Intérieur ou partis politiques. Cette avancée peine à convaincre les journalistes.


Malgré Wikiscanner, Wikipedia ne convainc pas les journalistes
"Wikiscanner va augmenter le niveau de transparence". C'était l'espoir de Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia. En effet, ce scanner liste les organisations manipulant en leur faveur les contenus de l’encyclopédie participative. Guidés par l’outil, les internautes peuvent alors corriger les articles truqués et contrer certaines opérations de communication. Et jusque là, les journalistes n’ont jamais eu une grande confiance envers Wikipédia. Wikiscanner va t-il inverser la tendance ?
Pour Nicolas Crozel, journaliste à Radio-France, cela ne va rien changer. « Je m’en sers pour les biographies d’un artiste, ce genre de choses. L’autre fois, en plein journal à la radio, j’apprends le décès d’un artiste. Le temps de la publicité, je tombe sur sa biographie. Et je suis crédible à l’antenne. Pour le reste, j’utilise le Quid ou des encyclopédies dont les sources sont béton. Je ne peux pas diffuser de fausses infos ». Un média ne peut pas prendre le risque de diffuser des informations inexactes. Certes, Wikiscanner piste efficacement les tricheurs. Mais sa mission s’arrête là. La crédibilité de l’encyclopédie en ligne passera à l’avenir par le sérieux des internautes. Et pour le moment, ses contenus ne sont pas assez sourcés.

Pratique mais à risques

Sindy Trudo, ex-Europe 1 et créatrice du site Internet de la chaîne Vivolta, apprécie Wikipédia. Pour sa simplicité d’utilisation, son côté pratique aussi. « Je m’en sers souvent. Mais je vérifie les sources des articles en ligne, sans confiance aveugle. Ce site, s’il est bien cadré est très pratique, accessible à tous. Je le pensais déjà avant Wikiscanner. » « Wiki », c’est avant tout un site Internet intuitif, rapide. Bien plus que le Quid ou qu’une encyclopédie en 15 volumes. Avec le risque de tomber sur des contenus erronés. Aussi, en l’absence de certitudes, de sources solides, certains formateurs mettent de côté Wikipédia. Et optent pour des solutions plus classiques. Malgré l’apport de Wikiscanner. Pour Gérard Marcout, ancien de l’AFP, il ne faut pas prendre de risques "En tant que formateur au CFJ, je ne peux pas cautionner Wikipédia. Son contenu n'est pas assez sourcé. Le propre d'un journaliste, c'est de sourcer ses infos. Si possible plusieurs fois. J'oblige mes étudiants en journalisme à bétonner leurs sources ». Un point de vue qui fait écho aux devoirs du journaliste. Respecter l'information, la traiter, la produire. Et un certain sens de l’honnêteté. Pour contextualiser une information, se baser sur un contenu erroné revient à mentir au lecteur. Impossible de cerner correctement l’actualité si sa mise en contexte n’est pas fiable.

La source, un rôle primordial

Pour M. Marcout, sur Wikipédia, « il est beaucoup trop facile de truquer l'information ». Tout le monde peut y participer, avec les risques que cela implique. Les contenus sont vérifiés, mais irrégulièrement. Les articles ébauchés restent nombreux. Sans compter les erreurs.
Certaines, involontaires. De la coquille à l’erreur d’appréciation dans une biographie. D’autres, bien conscientes. Comme cette modification sur la page de Brice Hortefeux. Selon le journal l’Expansion, cet article ne "mentionnait plus l'appartenance du ministre au Groupe union défense (GUD), un mouvement étudiant d'extrême droite ». La mise à jour venait du Ministère de l’Intérieur. De la com’ sur « Wiki », ce n’est pas nouveau. TF1, la CIA et d’autres s’y livrent selon Wikiscanner.
C’était déjà le cas lors de la campagne présidentielle 2007 avec la parution d’informations farfelues sur les candidats Royal et Sarkozy. Avec Wikipédia comme enjeu. A tour de rôle, le siège du PS et de l’UMP modifiaient les contenus selon leurs opinions politiques…Alors Wikipédia, un danger ? « Potentiellement » selon Gérard Marcout. « Imaginez ce que cela donnerait sous un régime nazi en termes de désinformation. L’instrument est puissant. C’est une encyclopédie mais aussi un biais de communication…».
Jusque là, Wikipédia indique que sa version anglophone est plus sourcée que son homologue en français. A tel point que selon Florence Devouard, l’ex-présidente du conseil d'administration de Wikimédia (NDLR : la fondation à but non lucratif gérant l’encyclopédie et ses dérivés), il faudrait un "mini-scandale " pour accélérer la prise de conscience. Sans sources sûres, il sera difficile de convaincre les journalistes de la qualité de l’encyclopédie participative.

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1.Posté par Ronchon le 20/04/2009 14:58
Quelques petites erreurs factuelles dans votre article: Florence Devouard n'était pas "directrice" de Wikimedia Foundation, mais présidente du conseil d'administration. Wikimedia Foundation n'est pas une "société" au sens français du terme, mais une fondation à but non lucratif.

Comme c'est classique dans les organisations à but non lucratif, on distingue les membres du conseil d'administration, bénévoles, et le directeur (en l'espèce chez Wikimedia, la directrice générale, Mme Sue Gardner), qui est un employé et gère l'organisation au quotidien.

C'est sans doute en raison de ce genre d'erreurs répétées dans les articles de presse portant sur Wikipedia (par exemple, la fausse information reprise partout que Wikipédia développerait un moteur de recherche) que Wikipédia invite ses rédacteurs à la méfiance envers les informations venant de la presse:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Usage_raisonn%C3%A9_des_sources_de_presse

Enfin, vous semblez d'une grande naïveté concernant Wikiscanner: cet outil est très aisément contournable, une entreprise qui voudrait manipuler Wikipédia sans être détectée par Wikiscanner peut le faire très facilement... à condition d'être un minimum intelligente et disciplinée dans ses actions.

2.Posté par Pierre Laurent le 21/04/2009 13:54
Merci pour vos précisions concernant Florence Devouard. Ma formulation n'était pas la bonne, elle prêtait à confusion. Ensuite, s'il est vrai que la presse peut être imprécise à l'égard de Wikipédia, il est assez troublant que Wikipédia, qui manque régulièrement de sources sûres, reste très méfiant à l'égard de la presse, qui elle, dans l'idéal se doit d'assurer la véracité de ses contenus. En théorie bien sûr, car elle n'est pas la dernière à commettre des erreurs...
Concernant le moteur de recherche de Wikipédia, parliez-vous de Wikia search ? Il ne fonctionne désormais plus mais est toujours accessible : http://search.wikia.com/
Qu'en pensez-vous ?

3.Posté par nojhan le 15/06/2009 17:33
Wiki search n'est en aucune mesure lié à Wikipédia, de toute façon, donc ça n'est pas le propos de toute façon.

Sur le fond, je trouver que les gens que vo citez font preuve d'une grande naiveté. Citer le Quid comme modèle de sourcage, alors qu'aucune information de (feu) ce dictionnaire de chiffre n'est sourcée, c'est tout de même un peu audacieux. De même, quelle est cette fameuse encyclopédie dont les sources sont béton ? On ne saura pas... faute de source.

Le voeux pieu qui voudrait que les journalistes sources tous correctement leurs informations est de même démenti par la pratique. Ainsi, même sur Wikipédia, après quelques année, la commnauté a fini par déconseiller l'emploi des médias généralistes comme source, cause des catastrophiques approximations qu'ils colportaient, et des effets néfastes de la course au scoop sur un contenu encyclopédique. Et loin d'être un préjugé subjectif (comme ceux des intervenants dans votre article, semble-t-il) , c'est le fruit d'une expérience de rédaction sur le long terme...

Par exemple, je vois souvent des wikipédiens pester contre ces journalistes qui reprennent les résultats d'une étude sans même en citer les auteurs ou la source publiée, combien de fois voit-on des « selon une étude de Harvard » sans plus de précision ? Trop.

Enfin, il faut rappeler que les journalistes ne sortent pas tous d'une école où ils auront été bien formé : pour avoir une carte de presse, il suffit de tirer ses revenus d'activités de publications. Quel contraste entre le pigiste de la presse « people » avec le fantasme du grand reporter !

Non, pour être sérieux, il faudrait prendre du recul à la fois sur les journalistes et les wikpédiens. Wikipédia n'est certes pas exempt de défaut, mais c'est le cas de tous méd. Croire que la seule invocation du concept de « journaliste » compétent par rapport « non-journaliste » ignare suffit à justifier un rejet subjectif et a priori d'un nouveau média, c'est à la limite de l'incompétence.

Ce n'est pas en énoncant une liste de lieus communs emprunts de parti-pris mal informés qu'on critique correctement, mais bien en s'appuyant sur des faits objectifs pris avec recul. Or, je ne vois aucun fait dans cet article, aucune source qui en relaterait, non plus qu'aucun recul...

Pour finir, la conclusion de G. Marcout est indigne d'un journaliste, insinuer que Wikipédia pourrait être un instrument de propagande nazi c'est méconnaitre l'histoire des médias, l'histoire de Wikipédia (qui a de nombreuse fois montré sa capacité de résistance aux groupes de pressions), l'histoire tout court et les plus élémentaire des principes d'argumentation.

4.Posté par Pierre Laurent le 26/11/2009 05:14
Il est vrai que le Quid a perdu en qualité. Sans doute. Par contre, j'ai une précision à faire. Je ne vois pas, mais alors absolument pas, le passage dans cet article, où je place le journaliste pro sur un piédestal au détriment du citoyen.
Pouvez-vous m'expliquer ce qui vous déplaît, précisément ? Je le demande dans un souci de clarté. Enfin, consultant régulièrement Wikipedia, je ne vois pas pourquoi je chercherais à rejeter en bloc Wikipedia, d'autant qu'un certain nombre des gens que je cite le consultant mais avec des "pincettes". Les mêmes pincettes qui manquent parfois à certains journalistes (pro ou citoyens d'ailleurs), trop préoccupés par le buzz facile et la phrase qui fait mouche.

5.Posté par nojhan le 13/12/2009 22:04
Je ne dirais pas que le Quid a perdu en qualité, il a coulé, c'est un fait, mais ce n'est pas le problème. De toute façon, du fait du support, il n'a jamais cité aucune source, et c'est là que le bât blesse.

Le problème dans votre argumentaire, c'est que vous ne citez que des journalistes (ou ex-), comme s'ils étaient les mieux placés pour juger. Or, le terme lui-même ne recouvre pas uniquement que les journalistes correctement formés et conscient du problème de sourcage, mais également les autres... Même en considérant que ceux que vous citez sont compétents (c'est vraisemblablement le cas), ce ne sont sans doute pas eux qui sont les meilleurs connaisseurs des limites de Wikipédia.

De plus, même chez les journalistes compétents, les erreurs sont légions, on peut citer ce célèbre journaliste qui a annoncé la mort de Pascal Sevran en avant première, erreur que l'on évoque souvent comme propre à Wikipédia. L'expérience Wikipédienne montre (comme je le disais dans mon commentaire précédent) que le problème des erreurs et du sourcage est de toute façon vraisemblablement décorrélée du support (Wikipédia ou un média généraliste pro).

Les journalistes (et ceux que vous citez) on bien raison de prendre wikipédia avec des pincettes, car c'est nécessaire. Cependant, si l'on veut critiquer Wikipédia, un point de vue purement subjectif fondé sur des a-priori et des expériences ponctuelles n'est pas une bonne approche. Il existe une multitude d'études scientifiques sur le fonctionnement et la qualité de Wikipédia, qui proposent une vision bien plus objective et fondée, ce sont ces études qu'il faut citer.

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