Le nombre de lecteurs des quotidiens numériques ne fait qu'augmenter. Surfant sur une technologie en constante évolution, les sites d'actualité ont appris à se servir d'Internet. Les possibilités offertes par la toile ne sont toutefois pas saisies tout de suite. Au Monde.fr, Damien Leloup, journaliste au service technologies du quotidien et en charge du projet de refonte du site en 2008 explique : "La version antérieure à 2008 n'était pas adaptée. Nos productions vidéos, multimédias et infographiques prenaient de plus en plus d'importance". Ils se sont donc penchés sur un modèle qui pouvait utiliser davantage les capacités du web. Un tel changement demande du temps. Il a fallu près de quatre mois de travail pour pouvoir cliquer sur la version 2008 du Monde. Selon Damien Leloup, la maquette numérique 2012 du journal de référence a été conçue dans le "même esprit". Outre les changements profonds, comme la structure d'un site, de petites modifications interviennent plus fréquemment. L’émergence des réseaux sociaux a obligé les rédactions à réagir. Toujours dans le but d'attirer le plus de lecteurs possible et bénéficier de relais de diffusion gratuits, les icônes de partage sociaux sont de plus en plus mis en avant. Le lecteur est ainsi placé dans une position d'acteur. Via Facebook ou Twitter, il participe à la visibilité d'un article sur la toile. Il est donc très important pour les rédactions de rendre la navigation de l'internaute la plus simple possible.
L'importance de la page d'accueil
Le premier contact entre le lecteur et le média sur Internet passe par la page d'accueil du site. Alors que cette tendance commence à faiblir, ce n'est pas le cas pour Le Monde.fr. "Le plus important pourcentage de nos visites est réalisé par notre page d'accueil" précise Damien Leloup. La Une de certains sites comme le Huffington Post ou Owni est basée sur ce que l'on appelle la ligne de flottaison. L'information principale, la plupart du temps illustrée, est visible dès l'ouverture du site. Tout comme la Une d'un quotidien papier, la page d'accueil est censée donner l'envie de rentrer dans le site comme l'on ouvre un journal. Mais tout le monde ne partage pas cette idée. Pour Vincent Florent, directeur adjoint de l'édition numérique de Libération, la ligne de flottaison est un concept inexistant chez Libé.fr. "Je n'y crois pas" affirme-t-il. "Les analyses montrent que les gens savent se servir d'une souris" déclare-t-il, ironiquement, pour justifier le choix visuel de son journal. Il ajoute que la nouvelle version de Libération.fr, prévue pour mi-2013 restera calquée sur le modèle de navigation déjà existant. Ici s'opposent deux visions différentes dans la façon de proposer l'accès à l'information. La première incite le lecteur à pénétrer le site par le biais d'un événement; la seconde pousse l’internaute à se servir de sa souris pour scroller (action de faire descendre ou monter une page web) et chercher l'information. Dans le cas de Libération.fr, faire défiler l'écran peut s'avérer long. Une étude menée par le CREM (centre de recherche sur les médiations) de Metz a compté pas moins de 19 pages écran pour ce site. Un record, quand on sait que la moyenne se situe autour de 11.
Bientôt la fin du "scroll" ?
Pour d'autres, le fait de ne plus avoir à scroller semble être un nouvel enjeu. Très souvent précurseur de nouvelles tendances, les sites d'information américains proposent un nouveau mode de lecture à ses internautes. Finis, ou presque, les mouvements sur la roulette de la souris. Le déplacement des pages se fait à l'horizontal. Cette nouveauté s'explique par l' émergence du "mobinaute ". En effet, la lecture par défilement de gauche à droite, et inversement, se calque sur la manière d'utiliser une tablette. Ainsi, USAToday et le New-York Times ont mis en ligne des versions "beta" de leur site. Par un simple clic, les différentes rubriques, composées d'un certain nombre d'articles, glissent sur le côté et offrent sur une seule page, un très grand nombre d'informations. Libre ensuite à l'internaute de faire son choix. Le New-York Times va plus loin. Il évite même de changer d'onglet pour avoir des informations complémentaires concernant certains termes. Grâce à Times Companion, chaque mot ou nom propre qui mérite un éclairage, sera accompagné d'un lien. Une fois le lien activé, un encadré apparaît à l'écran, ce dernier ne trouble pas la lecture de l'article et apporte des données supplémentaires. Alors, révolution ou simple test ? Le fait d'être en présence de version "beta" répond à la question. Pas encore convaincus de la réussite de ces nouveaux formats, les américains avancent prudemment. Pour Damien Leloup, l’habitude de scroller est trop présente. "Imposer par la force un nouveau mode de lecture est trop dur" selon le journaliste.
Les possibilités offertes par le web sont quasi illimitées. De nouveaux outils voient le jour quotidiennement, apportant à la presse électronique des nouvelles perspectives. Sur la forme, la tendance de lecture horizontale n'apporte pas encore entière satisfaction. Sur le fond, l'un des futurs objectifs des sites d'information semble se tourner vers la personnalisation de l'actualité. A court terme, il sera possible d'avoir sous les yeux une page unique, personnelle. Cette dernière sera réalisée grâce à nos mouvements sur la toile. En recoupant les informations lues sur le web, les sites d'informations, aidés de "robots" semblables à ceux de Google, pourront proposer l'actualité la plus proche possible ne nos centres d'intéret.


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