Les enjeux du journalisme hyperlocal sur Internet


Arthur Bayon
Dimanche 7 Mars 2010

Dans un précédent article, nous tentions de dresser un état des lieux du journalisme dit hyperlocal. Si les expériences en la matière se multiplient sur la toile depuis quelques années, c'est parce que les enjeux soulevés sont colossaux.


Collecter et diffuser de l'information à l'échelle d'une ville ou d'un quartier permet d'être en prise directe avec le quotidien et l'environnement immédiat de la population concernée. Proposer une information de proximité peut mettre en lumière des éléments habituellement boudés des médias traditionnels par manque de temps ou d'intérêt. Si l'hyperlocal relève parfois de l'anecdotique, il est censé retranscrire une réalité proche des gens et de leurs préoccupations. De plus, impliquer une communauté restreinte crée un sentiment d'appartenance à une même entité, ce qui peut déclencher une dynamique de groupe. Une connexion Internet suffit pour rendre compte d'un événement et un téléphone moderne est désormais capable de prendre des photos voire des vidéos de bonne qualité.

Journalisme ou pas journalisme ?

Où se situe la frontière entre le « vrai journalisme » et le simple témoignage ? Dans le choix des sujets et leur hiérarchie ? Dans la volonté d'expliquer et de contextualiser ? Dans la vérification des informations, base de la déontologie journalistique ? Sans doute tout ça à la fois. Dès lors, l'encadrement des journalistes dits citoyens par des journalistes professionnels semble nécessaire afin de donner du sens et une certaine légitimité à l'information, que ce soit via des agrégateurs, des blogs accolés à un grand média ou des plates-formes au contenu propre. Une collaboration amateurs/professionnels apparaît comme un compromis efficace, chacun ayant ses avantages propres : de la disponibilité et une connaissance pointue du terrain pour les amateurs, des compétences techniques et un recul critique pour les professionnels. Cela soulève cependant le problème de la responsabilité et de l'intégrité. Un journaliste amateur risque-t-il vraiment quelque chose en publiant une information erronée ? Qu'implique réellement son statut hybride ? A-t-il des comptes à rendre à qui que ce soit ? La notion même de journalisme citoyen provoque encore bien des inquiétudes...
Ugh journalistic integrity is BORING @ http://www.nataliedee.com/
Ugh journalistic integrity is BORING @ http://www.nataliedee.com/

A la recherche d'un modèle économique

Le journalisme en ligne peine à trouver un modèle économique viable et l'hyperlocal n'échappe pas à ces difficultés. Les publicitaires restent encore frileux mais ils finiront peut-être par s'intéresser aux sites hyperlocaux pour la bonne raison que leur lectorat est facilement identifiable géographiquement et que, de ce fait, il est aisé de le cibler avec une publicité adaptée. Jeff Jarvis évoque un possible « écosystème autour des blogueurs hyperlocaux » mais beaucoup critiquent l'optimisme de sa théorie. En France, les annonceurs locaux rapportent au mieux quelques centaines d'euros par mois aux sites d'information locale, sans compter qu'une trop grande dépendance vis-à-vis des publicitaires peut aussi mettre en péril l'indépendance des journalistes. Alors, doit-on rendre l'information hyperlocale payante ? Pas certain, car la réticence des usagers à payer pour du contenu en ligne reste encore prégnante. Certains envisagent le mécénat comme une alternative intéressante, mais peut-elle s'appliquer au journalisme hyperlocal qui, par définition, ne concerne qu'une population réduite ?


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