« Les Inrocks ne sont pas la première source d’information. Ça va changer ! »


Martin Bodrero
Lundi 24 Janvier 2011

Le web-journalisme ? Il connaît. Ancien de Libération, co-fondateur de Rue 89, Arnaud Aubron n’en est pas à son coup d’essai. Arrivé en janvier 2010 aux Inrockuptibles, il va fêter sa première année à la tête du site Internet. L’occasion de revenir sur son parcours, mais aussi sur les inrocks.com. Ce qui est fait et ce qui reste à faire.


Arnaud Aubron, rédacteur en chef du site les inrocks.com. Crédit : Martin Bodrero
Arnaud Aubron, rédacteur en chef du site les inrocks.com. Crédit : Martin Bodrero
La nouvelle formule du magazine papier a-t-elle coïncidé avec une nouvelle orientation du site ?

La première chose à savoir c'est que le site est ancien, il date de 1996 mais pendant très longtemps, il a juste servi à proposer des critiques de CD musicaux. Ça a mis longtemps à évoluer. Pour les inrocks.fr, le changement de maquette a été difficile. On a élaboré très rapidement la refonte du design, je suis arrivé en janvier et on l'a démarré en juin. On a eu plusieurs problèmes techniques d’accès au site ou d’inscription des utilisateurs, ce qui ne nous a pas aidé. En ce qui concerne l'orientation rédactionnelle, elle est moins marquée que la nouvelle ligne du papier. Le magazine a décidé de se replacer sur une info plus générale, plus politique alors que nous sommes tournés principalement vers le coté culture et high-tech. On propose de la politique mais moins que le magazine.

Quelle est la fréquentation du site ?
Le site accueille environ 700 000 visiteurs uniques par mois soit 2 fois plus qu’il y a un an. Étrangement on n'a pas profité de l'augmentation des ventes de la version papier qui a accompagné l’arrivée de la nouvelle formule. Je pense que c’est en parti dû au recentrage généraliste du site. On reste pour les gens un site culturel. En matière d’informations générales, on ne peut pas espérer rivaliser avec des sites comme Le Monde ou Le Figaro. Plus de 100 personnes y travaillent. Moi j’ai seulement 3 journalistes à plein temps. En plus dans la tête des lecteurs, les inrocks ne sont pas forcément la première source en matière d’information à consulter. Ça va changer mais pas tout de suite.

Une partie de la rédaction est elle dédiée à Internet ?
On a des gens qui bossent à plein temps sur le site, mais surtout, les journalistes sont publiés sur les deux supports, le magazine et le site Internet. Au final, même si le journaliste écrit pour le papier, vu qu'on retransmet une partie des articles parus dans le magazine, il travaille aussi pour le net.

Justement, pourquoi avoir choisi de proposer les articles de la version papier gratuitement sur le net ? Vous ne craignez pas de diminuer les ventes du magazine ?
Non, on n'a pas le même public que le magazine. La nouvelle formule est très bien partie niveau vente donc on ne peut pas dire qu’on la gène. L’idée c’est plus de développer la marque "inrocks" sur un nouveau support. On diffuse la marque, on aide à la populariser et à toucher de nouvelles personnes en proposant un aperçu de la version papier. De plus, on maintient généralement un temps entre la publication papier et celle sur le net. C’est rare que l’article passe d’abord sur le net et ensuite sur le papier, on fait plutôt l’inverse. On ne fait que retransmettre partiellement la version papier. Pour le reste c’est une production différente.

Question interactivité où en est-on ?
L’interactivité c’est un de nos gros échecs. On a eu de gros problèmes techniques au début du nouveau site et ça a découragé les habitués. Les gens ne pouvaient plus s’inscrire, plus commenter. Ça a épuisé notre source habituelle de commentaires. J'attends prochainement une fonctionnalité : un service proposant aux internautes d’avoir une page avec un mur où il pourront parler musique, commenter le site et échanger entre eux.

Qu’est-ce qui finance le site ?
Le site gagne de l’argent sur la publicité, pas des millions mais on est bénéficiaire. On a aussi des site auxiliaires comme CQFD (NDLR: un site dédié aux nouveaux talents musicaux) qui sont financés par des partenaires privés. On profite du fait qu’on retransmet des articles de la version papier et que l’on possède un taux de visite plutôt stable. Ça nous permet d’avoir assez de publicités et de partenaires. 


Avez-vous des projets futurs de développement du site ?
Bien sûr ! On a deux axes d'évolution. Tout d'abord, la vidéo. Je crois que la production de contenu vidéo est vouée à se développer sur le net; les gens vont en réclamer de plus en plus. La partie du site nommée « Inrocks Tv » a été crée pour cela, elle est destinée à prendre de l’ampleur dans l’avenir, notamment avec du contenu dédié aux concerts. Le deuxième axe c’est l’Ipad et les Smartphones. On veut faire une vraie application pour l’Ipad. Un truc plus élaboré que le simple fait de proposer le magazine en PDF. Pour les mobiles, pareil. On veut être présent sur Iphone mais aussi sur Android.

Dernière question,  pouvez-vous nous dire quel avenir vous envisagez pour le web-journalisme ?

Le journalisme va rapidement voir les problématiques se fondre les une dans les autres. Les limites technologiques s’effacent; on va pouvoir regarder de la vidéo dans un magazine et lire un article en regardant la télé. Ce n’est pas forcément la « mort » du papier à moyen terme mais la définition du « papier »  va changer. La division entre image, son et écrit va disparaître et le contenu se devra d'être multimédia. Le papier ça coûte des millions en coûts de fabrication. On importe des arbres du Canada pour les transformer en papier, imprimer le journal et même renvoyer certains exemplaires la-bas. Ce n’est pas rationnel comme schéma économique. L’avenir me semble aller vers une convergence des médias et une concentration du marché. Aujourd’hui, les grand groupes comme Bolloré (NDLR: qui possède Direct 8, Direct Matin, Direct Star...) l'ont bien compris. Ils s'efforcent de réunir télévision, radio et papier.


De Libération aux Inrockuptibles, en passant par Rue 89.


Comment êtes-vous arrivés à la rédaction en chef d’un site Internet comme les inrocks.fr ? 
J’ai d’abord fait Science-po Paris puis le Centre Universitaire d'Enseignement du Journalisme (CUEJ) à Strasbourg. J’ai ensuite intégré Libération en sortant d’école. J’y suis resté pendant 10 ans et suis devenu chef de rédaction. Lors du changement de propriétaire en 2005 (NDLR: la famille Rothschild est alors rentré dans la capitale de Libération) J’ai quitte « Libé » via le plan social comme une cinquantaine de mes collègues. On était alors quatre à avoir une idée. On voulait fonder un site internet. 
  


C’est comme ça qu’est né Rue 89. D’où vous est venue votre envie de vous lancer dans cette aventure ? 
Avec les autres fondateurs, Pierre Haski, Laurent Mauriac et Michel Lévy-Provençal. On avait chacun notre blog et on avait un peu constaté le fossé qui s’était creusé entre journaliste et lecteur. Il y a 4 ans ce n’était pas si évident, on n’avait pas autant de retour que maintenant sur notre travail. On a senti un intérêt pour « un pure player », un médias situé seulement sur le net. Le point de départ de Rue 89 c’était cette volonté, entre autre, de renouer avec le lecteur, d'être participatif. On a expérimenté plein de choses : les conférences de rédaction interactives, les témoignages… Il a fallu entre 2 et 3 ans pour mettre en place le coté participatif mais ça a commencé à payer, paradoxalement, quand je suis parti. Maintenant Rue 89 commence à sortir des trucs utiles faits par ses lecteurs. Des témoignages, des tribunes, etc.


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1.Posté par Nat59 le 25/01/2011 10:53
Si je peux me permettre, cette itv serait mieux sans les fautes d'orthographe.

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