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Les Fatals flatteurs contre la condescendance des médiasAlexandre Moncayo
Mardi 17 Février 2009
Depuis le mois d’avril 2008, un groupe de trublions provocateurs inonde les sites d’information en ligne de commentaires exagérément flatteurs à l’égard des intellectuels invités à débattre sur les « forums ». L’objectif : mettre en relief l’autosatisfaction et l’orgueil de certains journalistes et intellectuels français.
Après un article de Bernard-Henri Lévy publié sur lepoint.fr, on peut lire une trentaine de commentaires très élogieux sur l’œuvre du philosophe. Comme celui-ci : « Qui sera le mémorialiste du fascinant siècle de BHL ? Vous êtes déjà installé pour la postérité, mais je vous en supplie, continuez à écrire ! ». A la suite d’un autre article publié sur liberation.fr , on découvre un nouvel internaute franchement enthousiaste : « BHL est la parfaite synthèse de Zola, Sartre et Althusser. Il rayonne sur la philo, le théâtre, la littérature, le cinéma et la géopolitique. Il serait justice que le Prix Nobel de littérature (ou de la paix) lui soit enfin décerné ».
Fichtre, mais on dirait de vrais compliments ! Pourtant, il n’en est rien. Depuis avril 2008, la brigade des Fatals-Flatteurs (FF) sévit sur internet. Leur cible : les intellectuels français. Jean Daniel, Laurent Joffrin, Alain Duhamel, Alain Minc, et bien sûr BHL se sont déjà fait prendre au piège. Les FF sont de redoutables hypocrites pleins de finesse.
« Faites-en des kilos, faites-en des tonnes : les ânes convaincus de leur génie n’imaginent pas qu’on puisse rire à leurs dépens ». Cette citation résume l’initiative iconoclaste des Fatals Flatteurs. Le gang de rigolos terroristes du net dénonce l’idolâtrie à laquelle se livrent certains médias à l’égard des intellectuels français. Ces « savants de première importance », comme ils les surnomment ironiquement, sont omniprésents sur les plateaux de télévisions, les antennes des radios, les forums des sites Internet. Incontestés et incontestables, partout et tout le temps, ils sont convoqués dès qu’une polémique éclate. Si bien que leur opinion devient indispensable ; les journalistes paralysés par leur aura en perdent leur sens critique. « Sans la liberté de blâmer, il n’y a point d’éloge flatteur. » La devise du Figaro prend ici tout son sens. Des flatteries suspectes
La tactique des FF consiste à saturer de flagorneries les articles de ces intellectuels parus sur Internet. Si bien qu’au final, « un fan authentique d’Alain Minc ou de Denis Olivennes ne peut plus leur manifester son admiration sans être immédiatement soupçonnable de complicité avec les FF » (Marianne2 ) On a même soupçonné un temps les FF d’avoir eux-mêmes placardé les affiches de Nicolas Sarkozy grimé en Barack Obama. Faux. En réalité, un groupe de sincères admirateurs de notre président a depuis revendiqué la paternité de cette authentique campagne de lèche.
« Au fait, vous savez ce qui trahit imparablement une fatale flatterie ? » questionne Eric Mettout, le rédacteur en chef du site l’express.fr, sur son blog. « Y'a pas une faute d'orthographe... » Et souvent, elles regorgent de références pointues et de citations des plus grands auteurs. Les Fatals flatteurs ne sont visiblement pas n’importe qui. Identité secrète
Mais qui sont-ils au juste ? Impossible de le savoir. Probablement des proches du site de critique des médias Le Plan B qui publie un compte rendu des offensives de la brigade. Contactés, les FF nous ont d’ailleurs rétorqué qu’ils « réservent l’exclusivité de leurs déclarations délicieuses au journal Le Plan B ». De quoi semer le trouble.
Le mouvement a déjà des fans. Plusieurs blogs ont repris l’information. Et ce qui devait arriver arriva : les FF projètent désormais de s’étendre au-delà des frontières de l’hexagone. Ils publient un appel à candidature pour constituer la « Brigade Internationale des Fatals Flatteurs (BIFF) ». Pire ! Le commando sauvage quitte le net pour envahir les ondes, s'invitant par exemple dans les émissions de libre antenne sur France Inter.
Si cette initiative a le mérite de mettre un bon coup de pied dans la fourmilière médiatique, il n’en reste pas moins qu’elle confisque la parole des internautes. A la manière des « trolls » déjà évoquées sur journalisme.net, ces entartages numériques s’apparentent à une sorte de pollution du débat. Au final, les moqueries des FF noient le commentaire du quidam numérique dans un flot d’éloges improbables, et nuit à la liberté d’expression. Lu 2037 fois
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