"Le web peut devenir un vrai complément des télévisions locales"


Tristan Scohy
Samedi 28 Mai 2011

Thibault Leduc, rédacteur en chef de TéléGrenoble, explique la difficulté pour sa télévision locale d'établir une réelle stratégie web.


TéléGrenoble a-t-elle un site Internet ? A quoi sert-il ?
Oui, évidemment, www.telegrenoble.net. C'est un site qui sert essentiellement à stocker nos vidéos. Toutes les émissions que la chaîne peut produire y sont systématiquement mises en ligne. Elles y restent pendant un temps conséquent, le site nous servant à 90% à renvoyer les gens qui n'ont pas pu voir nos émissions en direct. On a construit l'ergonomie du site par rapport à cette fonctionnalité. Il possède très peu d'infos, si ce n'est quelques brèves sur les programmes, le moyen de nous contacter, ou encore le moyen de prendre connaissance de l'ensemble de la grille de programmes de la chaîne.

Quelles sont les limites de ce site ? Pour quelles raisons ?
Très clairement, ses limites concernent son contenu. Au-delà de la mise en ligne des émissions, il y a très peu d'autres contenus, parce que nous n’avons pas les moyens humains de gérer un fil info, ou d'être complémentaires sur le contenu du site par rapport à des émissions ou des thématiques qu'on aurait pu aborder à l'antenne. Cela demande du personnel et du temps, or nous ne possédons ni l'un ni l'autre. Il s'agit réellement de la raison principale expliquant que le site n'est pas plus développé. Il se limite, pour simplifier les choses, à une vitrine de nos émissions.
"Le web peut devenir un vrai complément des télévisions locales"

Oublions TéléGrenoble. Est-ce qu'un site Internet peut aider / compléter une télé locale ? En quoi ?
Oui ! Ce qu'on fait, à savoir la mise en ligne des émissions, c'est assez fondamental parce qu'il n'y a pas une émission où nous ne sommes pas sollicités (pour la revoir) soit par un invité, soit par des gens qui en ont entendu parlé. Et c'est vrai que si nous n’avions pas cette solution à offrir aux gens qui nous sollicitent, parce qu'ils ne sont pas dans la zone de diffusion, ou parce qu'ils n'ont pas pu la voir à l'heure où elle était diffusée, ou encore parce qu'ils veulent revoir un mois après un extrait, nous les mécontenterions en leur disant "non ce n'est pas possible". Ou alors, nous serions obligés de faire un système de copie qui nous "boufferait" également du temps. Par conséquent, c'est vrai qu'un site Internet est aujourd'hui un complément indispensable. On ne peut pas imaginer une télévision locale (ou un média quel qu’il soit) sans un site web.

Les émissions sont-elle rapidement mises en ligne sur le site ?
Oui, en théorie le contenu est mis sur le site le soir-même.
Je pense qu'il y a beaucoup de télévisions locales qui n'ont pas les moyens de gérer le complément en terme de contenu. Il est vrai que nous avons un site qui est peu réactif. S'il se passe quelque chose dans la journée, personne n'a le réflexe de le publier. Et de toute façon, il n'y a pas l'espace nécessaire pour passer l'information sur le site avant qu'on la traite nous, à l'image. Le site nous sert cependant, en terme d'interactivité, à recueillir les avis des téléspectateurs, puisqu'ils peuvent contacter la rédaction par ce biais. Tous les jours, nous avons des messages de téléspectateurs. Pour nous, c'est important.

Que pensez-vous des web-télévisions locales, qui utilisent par définition l'outil Internet à 100% ?
Les avantages concernent essentiellement le coût de ce type de diffusion. Très clairement, cela coûte beaucoup moins cher que de faire de la télé locale hertzienne. A la fois on ne paye pas de coût de diffusion, et on a en général besoin d'une qualité et d'un concept d'émissions moins importants et moins développés que sur une "vraie" télé. Enfin, les gens qui regardent la télévision sur Internet sont beaucoup moins exigeants sur la qualité, sur la réalisation, sur le nombre de caméras, etc. C'est plus facile et les contraintes sont moindres.
On peut ainsi faire de la web-télé locale avec très peu de moyens : une caméra ou deux, un tout petit studio, peu d'éclairage... Ce n'est aucunement envisageable sur de la télé locale hertzienne. C'est, de mon point de vue, l'avantage principal d'une web-télévision locale. En revanche, j'estime que l'inconvénient c'est que la web-télé n'est pas intégrée dans les moeurs de la population. Ou peut-être d'une petite partie de la population, mais j'ai surtout la sensation que les gens se servent d'Internet pour aller revoir des choses, une séquence dont ils ont entendu parler et qu'ils ont raté, ou revoir quelque chose de vraiment précis, mais aucunement que quelqu'un se met devant son ordinateur et sa web-télé en se disant : "Tiens, qu'est-ce que je pourrais regarder ?" !
Ainsi, il faut vraiment une volonté de la personne d'aller voir quelque chose de précis, et cela, sur le web, ça n'a pas lieu. Je ne sais pas si ce sera le cas un jour, mais il n’y a, clairement, pas le même confort. Alors que nous avons des gens, comme pour toutes les télés, qui rentrent et allument leur poste dans le but de regarder TéléGrenoble. L'inconvénient principal du web, c'est ça : il y a une fenêtre d'audience qui est très réduite, et une façon de consommer la télévision qui n'est pas encore très développée sur Internet. Aujourd'hui des web-télés qui ont un impact, qui rayonnent, et arrivent à trouver une économie stable et à vendre de la pub... Je ne suis pas certain qu'il y en ait énormément.

Pensez-vous que les télévisions locales françaises auraient intérêt, dans la mesure du possible, à faire évoluer leur stratégie web ?
Si, un jour, les gens consomment la télé sur Internet comme ils la consomment aujourd'hui sur leur poste de télévision classique, il est évident que les télés locales n'auront plus besoin de payer des centaines de milliers d'euros de diffusion, si par le biais d'une aide elles touchent la même cible. Mais cela, à mon avis, est un postulat loin d'être mûr... Et si on regarde sur une ville comme Grenoble, on constate qu'il n'y a pas de web-télévisions locales. En France, il en existe un certain nombre, mais ça reste des formats associatifs, dans lesquels des gens se font plaisir et sont le plus souvent bénévoles.  Tu n'as pas besoin de structures vraiment professionnelles, avec beaucoup d'employés, sur un format de télé locale sur le web. Que le web devienne un  vrai complément : oui... Nous, quand on a envisagé la fermeture de la chaîne, c'était une des solutions qui avaient été imaginées. Mais autant c'est difficile de trouver un modèle économique sur la télévision hertzienne locale, autant la télévision locale sur le web, à mon avis, c'est encore moins évident à trouver. Car même si on réduit les coûts, les ressources sont inéluctablement moins nombreuses...

Lu 97 fois
Notez



           

Nouveau commentaire :
Twitter


La campagne présidentielle vue par les étudiants de l'EJDG en partenariat avec le Dauphiné Libéré

Twitter
Rss
Podcast



Inscription à la newsletter