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« Le journaliste d’aujourd’hui est un couteau suisse »Florian Vautrin et Laure Gamaury
Dimanche 13 Mars 2011
C’est de sa maison d’Akbou proche de Béjaia dans la petite Kabylie, que Hocine Harzoune, a bien voulu nous décrypter le métier de web journaliste de sport.
Il aime se décrire comme un enfant de la Méditerranée, né en Algérie mais très vite adopté par la France. Alors qu’il suit des études de français dans une université algérienne, la mort de son père l’oblige à se lancer dans la vie active pour prendre en charge sa famille. Après des petits boulots et notamment celui de professeur de français, il est embauché en tant que journaliste sportif sur le site goal.com.
Comment vous êtes vous retrouvé journaliste Internet pour un site de football ?
Je suis passionné de foot et je tenais un site de football sur mon club favori le Real Madrid. J’y faisais pas mal de choses, des interviews, des brèves, articles de fond, des liens vidéos et radio en podcast. En me baladant sur le net, j’ai vu une annonce d’un site de football qui recherchait un stagiaire. Après un échange d’emails et une entrevue par vidéo conférence, j’ai été pris en tant que stagiaire, il y a trois ans maintenant. Je me souviens encore que mon test s’est fait le soir même. Je devais réaliser un article sur Fabio Capello, tout nouveau sélectionneur anglais. Quel était votre rôle durant ce mois de test ? C'était un mois non rémunéré. Je devais faire des petites brèves, des résumés et quelques articles de fond. Ce mois fut ma première réelle expérience journalistique; c’est un milieu que je ne connaissais pas vraiment. Je suis un pur produit du webjournalisme. Pourquoi avoir choisi le web comme première expérience journalistique, d’abord avec votre site personnel puis avec goal.com ? Le web parce qu’il permet d’atteindre beaucoup de gens à moindre frais. Voila en quelque mot ce qu’est le web. Il offre une zone d’écoute quasi mondiale. A l’époque d’ailleurs mon site était plus un hobby, un plaisir qu’un véritable travail. A tel point qu’aujourd’hui encore il continue de fonctionner, je l’alimente avec des amis. Ce fut une première expérience très riche. Pour la simple et bonne raison, qu’à ce jour le monde du journalisme demande des personnes très compétentes dans de nombreux domaines. Le journaliste qui sort d’une école ne doit pas seulement être un bon auteur, il doit aussi maitriser le traitement de l’image pour le site, l’enregistrement audio, le film vidéo. Le journaliste d’aujourd’hui est en fait un couteau suisse. Et tout ca, c’est mon vécu qui m’a permis de les acquérir. Quelles sont les qualités nécessaires pour un web journaliste de sport ? Après mon mois d’essai, j’apprends avec bonheur que l’on me propose un CDI. A partir de là, j’apprends toutes les techniques du web journalisme ou plutôt les finesses du métier. Et surtout dans la mise en ligne du site. Ce n’est pas un catalogue que l’on fait, il faut vraiment savoir valoriser le travail du journaliste. On peut écrire le meilleur article du monde, si on ne le valorise pas c’est comme si l’on ne l’avait pas écrit. Lorsqu’il arrive dans notre rédaction, le journaliste a ses propres qualités d’écriture ou autre. Mais il faut très vite qu’il acquiert la rapidité et la réactivité. C’est le maître mot du métier. Encore plus dans le milieu du football. Nos lecteurs sont choyés pour la simple et bonne raison que le nombre de sites de football est incalculable et de ce fait pour garder l’internaute, le fidéliser et/ou en conquérir de nouveaux, nous devons être réactifs face à l’actualité. La polyvalence reste le second maître mot. Le web journaliste sportif doit être capable de commenter un match en direct, puis de réaliser une bande son tout en ayant un talent d’auteur pour écrire son résumé ou son papier de fond. Quel est votre rôle dans une semaine de travail ? On a des points chauds dans la semaine, au milieu la Coupe d’Europe, en fin de semaine les championnats européens. On sait à quoi s’attendre. En général, les stagiaires s’occupent des brèves. Elles sont indispensables puisqu’elles permettent de garder l’intérêt des internautes éveillé. A côté de ça, les journalistes confirmés écrivent les papiers, articles de fond, sans oublier le web live (les commentaires de matchs en direct sur Internet). Justement quelle est la particularité du web live pour un match de foot ? C’est quelque chose d’intense et ca change le travail quotidien. C’est très apprécié des journalistes Internet, ca brise la monotonie de la semaine. Il faut être très précis tout en étant rapide. Il ne faut pas oublier que nous sommes les yeux de l’internaute. Mais le travail ne se résumé pas qu'aux 90 minutes de match. Un live ca se prépare à l’avance. Il faut aller glaner les dernières infos sur les équipes, les statistiques. C’est très important car c’est exactement ce que vient rechercher l’internaute, des infos que la télé ou la radio ne lui donneront pas. Comment gérer le fait de commenter de chez soi, sans être dans le stade, pour faire ressentir l’ambiance à l’internaute ? Dans un premier temps, il faut préciser que je ne ressens pas de manque parce que je suis chez moi et pas dans le stade. C’est un peu paradoxal, mais le fait d’être chez moi m’aide plus que d’être sur l’évènement. Pour la simple raison que je maitrise tous les facteurs qui m’entourent. C’est une sécurité que les stades ne peuvent pas nous garantir, ce qui pourrait nuire à la qualité de l’information donnée au public. Ensuite, pour faire vivre le match au public, c’est la précision de nos commentaires qui doit faire croire au public qu’il y est. La télé reste le média le plus simple pour suivre un match de football (son et image), comment faites vous pour concurrencer la radio qui n’a pas l’image non plus mais qui a le son. D’autant plus que vous demandez un effort supplémentaire à l’internaute celui de lire ? On lui demande un effort supplémentaire certes, mais on le rétribue avec des informations supplémentaires. Si l’on prend un match télé, les images parlent d’elles mêmes; pas besoin de donner des milliers d’infos. Nous on enrichit l’expérience du lecteur par des statistiques. Et donner ces informations à l’antenne paraitrait rébarbatif et sans intérêt pour le téléspectateur. Les commentateurs télé ou radio possèdent leur marque de fabrique, pensez vous que cela soit le cas sur Internet, pourra-t-on avoir un jour un Thierry Roland du net ? Sur le net je ne sais pas s’il est détectable qu’untel commente ou non. Cela vient du fait que le journalisme sportif vit une crise identitaire et éditoriale. A partir du moment où tout le monde parle et commente pareil. C’est vraiment un danger pour nous que d’utiliser les mêmes expressions pour décrire telle ou telle action. C’est la défaite du journalisme sportif que de voir par exemple htmlspecialchars_decode('«') victoire au forceps htmlspecialchars_decode('«'). Les mêmes expressions, les mêmes jeux de mot, tout est galvaudé jusqu'à l’usure, l’érosion. Du coup sur Internet, on commente tous de la même façon et il est difficile de se faire remarquer par notre propre style. Le journaliste sportif est connu pour sa proximité avec l’athlète. Comment jugez-vous le fait d’être derrière un ordinateur pour faire le même travail ? Je pense que cette question est symptomatique du secteur sportif et du milieu du foot qui ont changés. C’est une nouvelle époque dans laquelle s’inscrit une nouvelle façon de glaner des informations. On a de moins en moins besoin d’être proches des événements, mais de plus en plus besoin d’être rapide dans le traitement de l’information. Sur Goal.com par exemple, nous avons plus de 20 rédactions à travers le monde. Et s’il se passe quelque chose en Italie, on reçoit un simple mail pour être mis au courant. Pas besoin de détacher un envoyé spécial. Ce sont les joies du net. Quel sera le futur du web journalisme de sport ? A ce jour, son avenir se représente en pointillé. En pointillé parce qu’il est en constante évolution. C’est d’abord un secteur ultra-concurrentiel et qui fait appel à de multiples compétences. Le web journaliste de sport est une sorte de branche qui au fur et à mesure du temps possède de plus en plus de feuilles. Du coup il est difficile de savoir quel sera son avenir. Lu 4070 fois
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