Le journalisme web forme-t-il la jeunesse ?
Annabel Walker est une jeune journaliste de 29 ans, formée à l'école de journalisme de Strasbourg, le CUEJ. Employée depuis un an et demi comme journaliste radio à la locale de NRJ au Puy-en-Velay, elle se charge aussi d'alimenter le webzine d'information régionale Zoom43.fr. Annabel témoigne des difficultés que peut rencontrer un jeune journaliste web, mais aussi des avantages liés à la pratique de cette forme de journalisme.
Zoom43.fr est un portail d'actualité locale basé en Haute-Loire (43). Comme tout organe de presse quotidienne régionale, il traite de l'actualité politique, sportive, sociétale, culturelle. Sans oublier, bien évidemment, les faits-divers. Le site propose, pour agrémenter les articles, des sons, vidéos et galeries photos. Des chiffres !
- Deux journalistes travaillent en CDI et à temps plein pour Zoom43 : Annabel Walker, responsable du site, 29 ans, encartée ; Maxime Pitavy, journaliste spécialisé dans la vidéo, 25 ans, sans carte de presse
- Deux rédacteurs alimentent le site les week-ends : ils ont 25 et 28 ans.
- Créé en 2002, Zoom43 compte aujourd'hui entre 15 000 et 19 000 visites par jour, soit environ 450 000 visites par mois.
Annabel Walker, 100% jeune, 200% motivée
Est-ce que vous imaginiez travailler pour le web dès votre sortie de l'école ? Non, j'ai eu une formation radio au CUEJ et je voulais faire de la radio. C'est ce que je fais avec la locale de NRJ, mais c'est assez limité. Les flashs sont de 2 minutes 30 et 3 minutes, maximum 4 minutes, donc ça ne permet pas de faire du journalisme en profondeur, alors que sur le web, je fais des reportages plus fouillés, avec plein d'interviews, des dossiers; ça me permet d'aller plus dans le vif du sujet. Et puis l'avantage d'Internet, c'est le multimédia. J'ai la chance de pouvoir faire des sons ou même des vidéos, qui sont ensuite mis en ligne. Mais c'est vrai que je ne rêvais pas de web à la base. Le web, ça m'intéresse, c'est une bonne expérience, mais je crois surtout que ça ouvre des portes. J'espère arriver à trouver un emploi en radio, c'est vraiment mon média préféré. Je ne ferai pas du web toute ma vie. Internet est Le grand média de masse. Pensez-vous qu'il remplacera un jour la presse écrite ? Je ne pense pas qu'il remplacera les autres médias mais c'est vrai que le public veut avoir accès à l'information quand il en a le temps, et Internet est le média privilégié pour ça : on se connecte quand on veut, on lit l'information que l'on veut. C'est sûr que c'est un média d'avenir mais je ne pense pas qu'il effacera les autres. Et puis il faut que les sites web d'information soient alimentés par des journalistes professionnels, par des personnes qui ont de l'expérience en journalisme, qui soient formées aux trois médias d'origine : presse écrite, télé, radio. Même sur le net, le journalisme ne s'improvise pas. Ce n'est pas parce que les formats appliqués sur Internet sont moins stricts (pas d'exigences au niveau de la longueur des articles comme en presse écrite, ou de la durée des sons comme en radio) qu'il faut être moins exigeant.
Un concept dynamique Partie de rien, l'expérience « Zoom » se développe et crée des emplois au niveau régional. Zoom43 a donné naissance en 2006 à Zoom42, qui propose le même type de services sur le département de la Loire (42). Le site est alimenté par un journaliste professionnel, qui travaille également pour la radio Chérie FM. Une déclinaison pourrait également voir le jour dans le département de l'Ardèche (07). La charte graphique et le nom de Zoom devraient être refondus à l'automne 2010, afin que le site soit plus accessible et interactif. Zoom 42 et 43 deviendraient alors « Zoom Régions », pour plus de visibilité auprès des lecteurs.
Vous faites les matinales d'NRJ, vous alimentez Zoom 43 et vous êtes responsable du site : n'est-ce pas trop lourd pour un premier poste ? C'est vrai que c'est lourd à vivre; je dors très peu et je ne m'arrête jamais. Avec Internet, on a accès au back office du site n'importe où. Alors même de chez moi, quand j'entends une bonne information, je vais vite la mettre sur le site. Par exemple, le jeudi de l'Ascension, je me suis connectée pour arranger un article. Je ne suis jamais vraiment en repos. L'inconvénient, bien sûr, c'est que la vie privée en prend un coup. Mais c'est la beauté d'Internet aussi. Et puis je m'attendais à ça et c'est enrichissant. Je pense que ça va être un avantage quand je poserai des candidatures ailleurs parce que dès mon premier poste, j'aurai eu des responsabilités. J'espère que je serais prise au sérieux dans mes candidatures futures, mais je pense que c'est une bonne carte de visite.
Les articles d'actualité locale sont enrichis par des sons (en haut) ou des vidéos (en bas)
Zoom43 concurrence les journaux régionaux de presse écrite (L'Eveil, Le Progrès...). Comment les journalistes de ces quotidiens considèrent-ils le journalisme web ? Êtes-vous confrontée à certains préjugés liés à votre âge ? Les autres journalistes pensent que je n'ai pas la carte de presse; ils me regardent un peu d'en haut, parce que je travaille pour un média qui n'en a pas le statut. Nous sommes des trouble-fêtes parce que nous leur piquons des lecteurs; et le site est alimenté par des journalistes très jeunes. On est moins expérimentés, alors on nous considère forcément comme des débutants non formés. On ne m'a jamais clairement tiré dans les pattes, mais j'ai eu une fois une réflexion d'un journaliste d'un certain âge qui a laissé sous-entendre que je n'avais évidemment pas la carte de presse. Heureusement, d'autres journalistes sont hyper sympathiques, ils nous donnent des tuyaux... Et le public ? Ca dépend des gens. Certains lecteurs ne jurent que par la presse écrite et notamment le média dominant, L'Eveil. D'autres considèrent sans problème que nous faisons du travail sérieux. On a même des fans. Et puis ils se sentent proches de nous étant donné que nous sommes un média participatif. Les lecteurs peuvent nous faire part d'informations, écrire des commentaires... Ils s'approprient le média. L'avantage du net, c'est aussi qu'on peut mettre beaucoup de photos via les galeries, donc les gens viennent se regarder sur Zoom. Sur un journal papier, on voit généralement 3-4 photos, pas plus. Nous, on peut en mettre 40 en ligne.
Les trois départements qui pourraient être concernés par « Zoom région ». En orange foncé, la Haute-Loire, petit département où l'offre journalistique est généreuse : - 3 quotidiens de presse régionale : L'Eveil de la Haute-Loire, Le Progrès, La Montagne
- 1 hebdomadaire : Le Renouveau
- Plusieurs sites Internet d'actualité : Zoom43, 43 Chrono, Clic Velay (spécialisé dans la vidéo), Haute-Loire Infos...
Quelle est la stratégie pour rendre le site concurrentiel face à l'offre journalistique de la région ? Est-ce un plus d'avoir une équipe jeune et dynamique ? La grande force du net, c'est qu'on n'a pas un bouclage une fois par jour; on est constamment en bouclage, donc il faut être le plus réactif possible. Dès qu'une info sort, nous devons être les premiers à en faire part. Nous sommes motivés, dynamiques, et surtout prêts à partir dès qu'il y a une actualité, donc c'est sûr qu'une équipe jeune est un plus. D'ailleurs on a un nouveau concurrent qui nous fait un peu peur, 43Chrono.fr : ils sont jeunes, ils en veulent, ils ont un jeune rédacteur en chef, ils sont très sympas et très réactifs ! Donc on a un peu la pression... Pensez-vous que le média Internet est celui qui laisse le plus leur chance aux jeunes journalistes ? C'est un média parmi d'autres. Dans mon ancienne promo, j'ai effectivement quelques amis qui ont trouvé un emploi sur le net, mais j'en connais aussi beaucoup qui travaillent en PQR [presse quotidienne régionale, ndlr], qui embauche énormément. Il ne faut pas oublier que le web n'est pas encore trop développé. Le public a plus l'habitude d'aller sur les sites des médias traditionnels comme TF1.fr ou lemonde.fr. Des journaux qui n'existent que sur le net et qui en vivent, il n'y en a pas tant que ça. Donc les embauches sur Internet, ce n'est pas aussi fréquent que ça.
Un statut officiel encore mal défini Avec environ 15 000 visites par jour dans un département largement rural, le site est rapidement devenu un concurrent de poids pour la presse régionale ( L'Eveil, La Montagne, Le Progrès, Le Renouveau ). Même si ces journaux ont une déclinaison sur le net, leur portée est plus limitée. Zoom43 propose un regard plus jeune et plus neuf sur les problématiques locales, son interface est également plus accessible. Si Zoom43 a su faire son trou dans la presse régionale, il n'est pas encore officiellement reconnu comme organe de presse en ligne. Il est aujourd'hui catégorisé en tant que site de petites annonces. Un problème pour les journalistes qui y sont employés, comme Maxime Pitavy. Pour obtenir la carte de presse, le jeune homme doit démontrer qu'il exerce bien en tant que journaliste. Des démarches supplémentaires dues au fait qu'il ne travaille pas pour un média presse reconnu comme tel.
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