En matière de journalisme et de numérique, les Etats-Unis ont souvent une longueur d’avance sur la France. Ainsi, le fact-checking, ou vérification (rapide) des faits, était encore un terme assez peu usité sur le web français avant son entrée dans le vif du sujet, celui de la campagne pour l’élection présidentielle de 2012.
Bien sûr, on peut citer le blog Désintox de Libération, ouvert en 2008, ou les Décodeurs du Monde, apparus en 2009, qui ont fait figure de pionniers dans l’Hexagone. Mais plusieurs nouveaux outils ont fait une apparition remarquée lors de cette campagne propice aux chiffres, avec la dette et la crise en ligne de mire : on pense évidemment au Véritomère d’Owni/I-télé qui a apporté au fact-checking une certaine visibilité, mais surtout aux réseaux sociaux, Twitter en tête, qui ont permis aux internautes d'échanger, vérifier et réagir en temps réel aux déclarations des candidats, notamment lors des émissions télévisées à forte audience.
Pour autant, le bilan dressé par les experts et les journalistes eux-mêmes, à l’issue de la campagne, est quelque peu mitigé, relativisant la portée de ces pratiques ainsi que leur nouveauté supposée.
“Aucun des débats économiques ne devrait être un débat de chiffres, et pourtant tous se sont résumés pendant des semaines à des équations absurdes", écrit ainsi Stéphane Soumier. L’économie n’est jamais statique, elle est dynamique, et la dynamique ne se «fact-check» pas, elle dépend de la volonté des hommes". Selon le journaliste de BFM Business, “les responsables politiques se sont laissés effrayer par les armées de «fact-checkeurs» mobilisés pour en découdre", ce qui aurait poussé à une dépolitisation générale du débat au profit d’une bataille de chiffres opaque, qui n’aurait finalement pas décrypté grand chose.
D’autres, à l’image du journaliste et blogueur Manuel Atreide, contributeur au site Newsring, ont eux tendance à relativiser la portée de cette pratique journalistique finalement pas si nouvelle que ça : “Vérifier une info, évaluer sa crédibilité, remettre dans le contexte ... n'est ce pas la base même de notre travail, qu'on fasse de l'investigation ou de l'analyse ?”
Si le sociologue des médias Jean-Marie Charon reconnaît de son côté que le fact-checking peut certes contribuer à "dépoussiérer l’image d’une télévision surannée, d’un vieux média asphyxié par les dispositifs de communication", il tempère lui aussi en affirmant craindre "que la dimension de temps réel finisse par un peu appauvrir le fact-checking. Dans un contexte limité, on risque finalement d’avoir des erreurs de commises par les fact-checkers". De l’illusion de l’instantanéité ?


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