Le cas Hu Jia... vu par une Chinoise


Sophie Arutunian
Dimanche 1 Février 2009

Hu Jia défend les Droits de l'homme, lutte contre le sida et critique la politique du gouvernement chinois. Il est cyberdissident et emprisonné. RSF se bat pour sa libération. Pourtant, en Chine, il est loin de faire l'unanimité. Témoignage.


Le cas Hu Jia... vu par une Chinoise
« En Chine, ceux qui sont pour Hu Jia pensent que dans une société démocratique, on ne peut pas être condamné pour ce que l'on dit. Ceux qui sont contre lui rétorquent que dans tous les pays, il n'y a pas de liberté absolue. Hu jia a été arrêté parce qu'il a violé la loi».

Amélie Ren est chinoise, elle étudie en France.  Elle a constaté qu'en Chine, le cas Hu Jia n'est pas une cause à défendre, mais un sujet de débat. Sur les forums, il suscite beaucoup de discussions, dont l'idée sous-jacente est toujours la même: « Le nœud du problème, c'est le Tibet. Hu jia est hors la loi car il soutient son indépendance. C'est un comportement qui saborde la souveraineté du pays».
Pour ne rien arranger, Hu Jia a été fait citoyen d'honneur de la ville de Paris en même temps que le Dalai-Lama: « Ça a détruit le lien de solidarité avec la Chine. »

Alors, Hu Jia, cyberdissident injustement emprisonné ou dangereuse menace mise hors d'état de nuire? Les points de vue -occidental et chinois- semblent pas pouvoir se rejoindre pour la simple raison qu'ils n'ont pas les mêmes façons de penser:
Amélie Ren a une vision du débat qui peut surprendre un français dont la principale source d'information reste RSF : « Bien sûr, je suis pour la démocratie. Je déteste aussi certaines choses du gouvernement. Mais en Chine, on pense à quoi manger avant de penser à la démocratie ! Si vous interrogez un paysan chinois, il va vous dire, la démocratie, ça m'est égal. Maintenir le développement de la Chine est plus important. »

Médias étrangers, médias chinois: tous pareils

La jeune chinoise est convaincue que son pays doit avant tout régler ses problèmes internes avant de «collaborer avec l'étranger ».  Selon elle, Hu Jia est contre le gouvernement chinois, et les pays occidentaux aussi, donc « il fait tout pour satisfaire les souhaits des pays étrangers » . Elle ajoute: « Si vous voulez que le Tibet soit indépendant, je n'ai rien à dire, mais je suis frappée par ce que vous dites à la télévision ».

Ren est frappée que l'on dessine le Tibet en rouge sur une carte de la Chine « pour dire qu'il y a du sang » ou que l'on parle de massacre au Tibet alors que des moines tibétains, devant une caméra française, disent être enfermés. « Pourquoi parlez vous de massacre? Les moines vous ont-ils dit qu'ils étaient tués? ou maltraités? ».
Un autre exemple soulevé par Ren : dans un programme américain, une tibétaine est interrogée dans la rue. Elle parle en chinois. « Vous ne pouvez pas imaginer à quel point ce qu'elle a dit n' avait rien à voir avec la traduction en sous-titre. C'est du mensonge ».

Désillusion pour cette étudiante d'une vingtaine d'années qui croyait en la parole des médias occidentaux. « Je croyais que vous aviez plus de crédibilité, de conscience professionnelle mais j' ai découvert que médias étrangers, médias chinois, c'est pareil. »

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