Le Canard Enchaîné sur le web : « Si un modèle économique devenait intéressant, pourquoi pas... »


Alexis Gotthold
Lundi 24 Mai 2010

« Le Canard ne vient pas barboter sur le net ». C’est par ces mots que l’internaute surfant sur le site officiel du Canard Enchaîné est accueilli. Possesseur de son nom de domaine, l’hebdomadaire satirique a fait le choix de ne pas développer sa stratégie Internet. Journaliste fidèle au Canard Enchaîné depuis 1979 et actuel rédacteur en chef adjoint, Louis-Marie Horeau s’exprime sur cette particularité.


Le Canard Enchaîné sur le web : « Si un modèle économique devenait intéressant, pourquoi pas... »
Pourquoi Le Canard Enchaîné n’a-t-il pas de site Internet digne de ce nom ?
Louis-Marie Horeau
: Ce n’est pas une négligence de notre part. La première raison est économique. Beaucoup de journaux s’étant investis sur Internet ont perdu énormément d’argent, car les lecteurs ont tendance à lire en ligne. Cela créer des pertes sèches. Il faut en plus financer le site lui-même avec un personnel spécifique. Pour nous, il n’est pas question de balancer les informations de l’hebdomadaire sur le site. Il faudrait être plus réactif. Or nous sommes une petite équipe d’une quarantaine de personnes en comptant les journalistes, les secrétaires de rédaction et les dessinateurs. Nous n’avons tout simplement pas les moyens de le faire. Il faudrait, à la base, inventer une fonction éditoriale avec un rédacteur en chef.

Néanmoins, vous avez acheté un nom de domaine…
C’est exact. Le but premier de la manœuvre est de ne pas être copié, que personne puisse utiliser notre nom et se faire passer pour nous. Cela permet aussi de donner quelques informations pratiques. 

La décision de ne pas se développer d'avantage sur la Toile est-elle définitive?
Cela peut paraître étonnant, mais notre journal doit gagner de l’argent pour préserver une gestion parfaitement saine. Nous ne voulons pas nous engager pour nous mettre en péril. Aussi, Le Canard Enchaîné  observe Internet avec beaucoup d’attention. Et on s’aperçoit qu’à l’heure actuelle, il n’existe pas de modèle économique viable. Certains sites sont payants, d’autres gratuits. On voit aujourd’hui apparaître un modèle économique se basant sur la publicité. D’une part, l’expérience nous montre que ce système a du mal à marcher. Mais surtout, Le Canard Enchaîné, qui existe depuis 1915, n’a jamais publié le moindre encart publicitaire. C’est la raison de notre indépendance. Malgré tout, si un modèle économique devenait intéressant pour nous, pourquoi pas ? 

Internet, « un outil formidable »

Le Canard Enchaîné sur le web : « Si un modèle économique devenait intéressant, pourquoi pas... »
Ressentez-vous une baisse du lectorat depuis l’émergence d’Internet comme média ?
Absolument pas. Nous tirons à environ un demi million d’exemplaires chaque semaine.

Quel est votre rapport à Internet ?
Je l’utilise beaucoup. J’ai un ordinateur sur mon bureau. Bien sûr, il existe un problème de sources, mais avec un peu de bon sens et de précautions, cela devient un outil formidable.

Vous indiquez sur votre site que vous avez été approché pour créer un vrai site d’information…
Oui. Beaucoup de gens nous ont proposé leur service pour héberger le site du journal. Des personnes plus ou moins bien intentionnées. Mais pour les raisons que je vous ai exposées, nous les avons pour l'heure toutes refusées.



Quelles sont les prochaines étapes pour votre interface en ligne ?
Nous allons l’enrichir, notamment au niveau de l’histoire du journal. C’est quelque chose que nous voulons faire depuis longtemps, et on va s’y attaquer prochainement. Beaucoup de personnes faisant des recherches sur Le Canard Enchaîné pourraient ainsi avoir directement recourt à notre site. Nous voulons aussi le rendre plus gai pour que les internautes retrouvent l’art du « Canard » sur le net.


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1.Posté par STPo le 28/10/2010 18:43
Constat très éclairé sur la viabilité de la presse en ligne, et sage décision à mon avis que de ne conserver qu'un site vitrine pour le moment.

En revanche, en tant que lecteur assidu du palmipède et web designer professionnel, j'avais été atterré qu'une parution aussi haut-de-gamme s'égare à sortir un site web vitrine d'aussi médiocre qualité. Ce n'est pas Désirs d'Avenir ou France.fr mais très franchement on n'en est pas très loin...

J'avais pris la liberté de proposer à la rédaction une version web aux standards d'aujourd'hui de la page d'accueil du Canard, j'ai été déçu de n'avoir aucune réaction en retour... même si j'imagine que ce n'était ni la première ni la dernière, elle était mue par les plus nobles intentions !

Bref, j'espère que la parution aura vite un site digne d'elle, elle le mérite.
http://www.stpo.fr

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