La vidéo sur les sites de presse : « on est toujours en phase d'expérimentation »Nicolas Chigot
Mardi 17 Novembre 2009
Le célèbre « casse toi pauvre con », Brice Hortefeux et sa plaisanterie de mauvais goût ou encore le doigt d’honneur d’Eric Besson, la vidéo devient incontournable sur les sites de presse. Question de visibilité. Et pari sur l’avenir alors qu’on est encore en quête d’un modèle économique pour la presse.
Alors que certains sites de journaux faisaient encore office de seule vitrine il y a quelques années, la tendance est à l’apprivoisement de l’outil Internet. Plusieurs journaux ont choisi de développer un service vidéo pour diversifier le contenu en plus de l’écrit et des photos.
« La vidéo sur les sites des journaux cela allait de soi, c’était logique » explique Jean-Paul Fritz, chef du département nouveaux médias au Dauphiné Libéré. Et d’ajouter « A partir du moment où l’on crée un site, on s’attend à y trouver du texte, des images et de la vidéo. Ainsi que la possibilité de commenter et noter. C’est le web 2.0 ».
Alors la vidéo, passage obligé pour les sites de presse, soit. Mais quel type de vidéo ? Des reportages comme au journal télévisé ? L’illustration en image d’un article ? Des petites vidéos de mauvaise qualité, sans commentaires, filmées avec un téléphone portable, comme on en trouve des milliers sur youtube ou dailymotion ?
Phase d'expérimentation
Des questions toujours pas résolues. Alors on tâtonne, on teste. « Pour le moment on est dans une phase d’expérimentation » insiste Jean Paul Fritz. Un avis partagé par Benjamin Turquier responsable du service vidéo de l’Express. « Internet est encore un média jeune avec de nombreuses possibilités. C’est une occasion de réinventer autre chose que de faire des vidéos au format JT. On a une grande liberté. La profession a tout à y gagner. On est dans une période de transition et d’essai. On sert actuellement de laboratoire ».
« On n'a pas besoin d'un gros matériel pour faire des vidéos au format web »
A l’Express, un service vidéo a été spécialement créé il y a un an pour enrichir le contenu du site Internet. Il est géré par trois personnes, issues de filières variées : photographie et multimédias, audiovisuel, centre de formation des journalistes. La politique, pour les trois responsables est de tourner des vidéos simples, des micros-trottoirs, des interviews type « 3 questions à », des petits sujets d’environ une minute. Ils accompagnent également les journalistes de la rédaction sur le terrain pour des tournages plus compliqués comme les interviews politiques. Ils tournent généralement avec des petites caméras au format professionnel (des V1 ou des PD150). « Nous nous équipons de plus en plus avec des caméscopes haut de gamme comme ceux du grand public. On n’a pas besoin d’un gros matériel pour faire des vidéos au format web » explique Benjamin Turquier. Les responsables du service vidéo ont en plus un rôle de formateurs au long cours dans la rédaction. Le résultat sur le site, c’est une pléiade de vidéos réparties par catégories (politique, société, culture etc.). Beaucoup d’interviews politiques. Mais aussi les éditos ou revues de photos de Christophe Barbier. Le directeur de la rédaction joue lui aussi à fond la carte du multimédias et de la vidéo.
Le Dauphiné Libéré teste un compromis
Au Dauphiné Libéré, on expérimente un compromis entre vidéos réalisées par des JRI professionnels et celles prises par les journalistes sur le terrain. Les premiers, employés d’une boîte de production (Altius Prod) partenaire du journal, sont envoyés en priorité sur les gros sujets. Leurs vidéos peuvent d’ailleurs être revendues aux chaînes d’info en continu (BFM, Itélé) voire à TF1. Le Dauphiné a une politique ambitieuse dans ce secteur. A terme, les responsables du quotidien voudraient profiter de la position quasi hégémonique du journal dans sa région de diffusion pour couvrir un maximum d’actualités en vidéo et pouvoir revendre les images. Les journalistes, eux, peuvent filmer avec un appareil photo numérique haut de gamme capable de réaliser des vidéos de bonne qualité. « On ne peut pas tout demander à un journaliste. Il ne peut pas tenir une caméra et un stylo en même temps. C’est pour ça que l’appareil photo est un bon compromis ». Sur le site, il est dommage que les vidéos n’aient pas beaucoup de visibilité sur la page d’accueil. Au niveau du contenu, le Dauphiné mise beaucoup sur les faits divers spectaculaires : des incendies, les infanticides de Bourgoin, le crash d’un ULM. Ce sont les vidéos qui font le plus d’audience en ce moment avec les élections de miss.
Dans les deux rédactions, sur la base du volontariat, les journalistes sont donc incités à faire eux mêmes des vidéos. Pas question de forcer la conversion en mojos, ces journalistes polyvalents qui manient aussi bien une caméra et un ordinateur qu’un stylo. Les journalistes intéressés et motivés ont une bonne marge de manœuvre. Aucune consigne ne leur est imposée. Leur seul jugement doit leur permettre de déterminer si un sujet vaut le coup d’être tourné en vidéo.
La polyvalence sera-t-elle exigée pour demain ? Nul ne saurait le dire mais le fait de savoir tourner des vidéos doit être désormais un plus dans la rédaction d’un journal papier présent sur le web.
« Le principal atout de la vidéo, c’est la diversification du contenu du site. Après il y a un problème de visibilité. Il n’est pas évident d’être connu comme faisant de la vidéo quand on s’appelle l’Express. Mais quand on a une exclu ou une actu qui fait du buzz on augmente notre notoriété » conclut Benjamin Turquier.
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