La révolte est en ligne...Rétrospective 2009Sylvain Clément
Mercredi 3 Février 2010
Les nouveaux médias, et notamment Internet, se distinguent des médias traditionnels par certaines caractéristiques dont l'interactivité et la mise en réseau. Internet peut de ce fait donner aux conflits locaux ou nationaux une dimension internationale l’espace... d’un clic.
Eté 2008. La Russie vient de lancer une opération militaire contre la Géorgie. Une offensive précédée de quelques jours par de vastes cyber-attaques destinées à perturber et mettre à genou les infrastructures critiques gouvernementales et civiles de la Géorgie. Le 20 juillet, la fondation Shadowserver publie un article sur l’attaque dont fut victime le site web du président géorgien : « Depuis plus de 24 heures, le site web de M. Mikhail Saakashvili est indisponible suite à un important déni de service. Le site a été attaqué samedi matin. Le serveur C&C (Command and Control) a ordonné à ses bots d’attaquer le site web en l’inondant de requêtes TCP, ICMP et HTTP ».
Internet est alors utilisé comme instrument dans le conflit et se présente comme une arme dont les potentialités dépassent celles des « cyber-guerres» par virus interposés. L'article souligne qu'Internet inaugure une nouvelle ère dans la présentation et la conduite des conflits.
Un manifestant moldave piétine la photo du président communiste / Denis Graur
Pareille pratique est devenue, depuis l’incident géorgien, monnaie courante sur la Toile et ce aux quatre coins du globe :
Avril 2009. Moldavie. Les communistes remportent les élections législatives. La jeunesse s’insurge sur ce qu’elle pense être une victoire tronquée. Internet devient alors le principal canal d’information des protestataires qui l’utilisent pour coordonner leurs actions et relayer les évènements se déroulant en direct aux quatre coins du pays. Ainsi, Mihai, un blogueur moldave, affirme en temps réel que les leaders de la contestation sont en train de se réunir et qu’ils appellent à des actions non-violentes, alors même que 193 personnes dont 8 mineurs, auraient été arrêtées la nuit précédant son post. Juillet 2009 à présent. A l’aide de caméras vidéo et de téléphones mobiles, les jeunes Honduriens opposés à la destitution de Manuel Zelaya viennent de créer sur Internet une nouvelle chaîne de télévision. Baptisée « Télé coup d’Etat » son objectif consiste à diffuser les images des manifestations en faveur du président exilé, « oubliées » par la télévision officielle sur ordre des nouvelles autorités au pouvoir. Vingt-six vidéos ont ainsi germées du jour au lendemain sur le Net. La plus visitée s’appelle « Au Honduras il ne se passe rien ». On y voit des mouvements de chars devant la présidence, des scènes de heurts où les policiers frappent un civil, des partisans du président sortant couchés sur la chaussée afin d’éviter le passage des blindés… Pour rappel après l’expulsion de M. Zelaya le 28 juin 2009, les militaires avaient immédiatement fermé l’antenne de plusieurs radios, interrompu les programmes pour diffuser des messages de propagande et même retiré du « bouquet câblé », la chaîne Telesur qui transmettait depuis le Venezuela voisin.
Même scénario enfin, toujours en juillet 2009. Suite à la mort de 140 personnes dans des affrontements entre la police chinoise et des manifestants ouïghours (ethnie musulmane de la région du Xinjiang), deux versions des évènements s’affrontent : celle des télévisions officielles ne montrant que des victimes Hans (clan manipulé par leur régime, le parti communiste chinois), tandis que celle d’Internet nous proposent les images d’une répression sanglante contre les Ouïghours.
Suite à ces incidents et à la propagation des informations sur la Toile, les autorités chinoises sont rapidement passées à l’action. Les sites Facebook et Twitter n’étaient plus accessibles en Chine continentale depuis mardi 7 juillet dans l’après-midi. De même pour Flickr, le site de partages de photos du portail Yahoo ou encore la plateforme de partage de vidéos YouTube bloqués eux en permanence. Un habitant raconte : « Je suis actuellement à Pékin et il m’est impossible de me connecter à Facebook ou Twitter. Mes amis de Shanghai semblent avoir le même problème ce qui me fait penser qu’il s’agit d’une action du gouvernement chinois pour bloquer les informations qui circulent à propos de ce qui se passe actuellement entre les Ouïghours et les Hans ». Selon le site Aujourd’hui La Chine, le nettoyage du web à ce sujet s’effectue en profondeur : « Les références à la violente répression de l’armée chinoise subie par les Ouïghours, dans la province nord-ouest de la Chine ont également été retirées des moteurs de recherche chinois ».
Plus récemment, une enquête menée par Reporters sans frontières et publiée en octobre 2009 sur la situation de l’accès aux sites Internet dédiés à la communauté ouïghoure arrivait à la conclusion que sur 91 sites répertoriés, plus de 85 % avaient durant ces affrontements étaient soient bloqués, censurés ou mis hors d’atteinte. On comptait parmi eux des sites très populaires tels que www.diyarim.com, www.zabnam.com ou encore www.ulnix.com. Les rares sites accessibles, à l’instar de www.uighurbiz.net, étaient tous basés à l’étranger et leurs contenus ne parlaient jamais de politique. C’est ainsi que durant l’enquête, la rubrique d’informations du site www.gazina.com était inaccessible contrairement aux rubriques de musique et de cinéma qui elles fonctionnaient à merveille.
Au final, on peut dire désormais qu'un nouveau mode de contestation est possible. La lutte armée ou les manifestations pacifiques sur le terrain ne sont plus seules pour témoigner de la colère, de la haine ou de la frustration des peuples à travers le monde. Avec Internet, on poste, on signale, on filme et on commente les évènements en temps réel. Même si force est de constater que comme (presque) toujours, le dernier mot revient au pouvoir en place. Lu 1226 fois
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