La pige sur Internet, un bon plan ?


Vincent Bissonnet
Vendredi 13 Mars 2009

Quatre pigistes, Stéphanie, Taina (spécialisée dans la société et la culture), Anne (société) et Sarah (social, emploi) témoignent de leur expérience sur la Toile.


Caricature sur la précarité des pigistes (pigistepaspigeon)
Caricature sur la précarité des pigistes (pigistepaspigeon)
En quoi l'information sur les sites Internet se démarque-t-elle ?
En fait, écrire pour un site Internet ne présente rien de bien révolutionnaire pour un pigiste. La veille continue d’Internet induit simplement une réactivité supérieure comme l’explique Taina, pigiste finlandaise : « Je fais de la veille d'infos sur des thématiques très particulières. Il s'agit surtout de brèves, de l'actu à chaud – il faut donc être très rapide et ça pose parfois problème car on n’a pas forcément le temps de creuser et d'aller plus loin - c'est un peu à qui sera le premier à publier telle ou telle info... »
Plus qu’un véritable changement de l’info, Internet peut se révéler complémentaire à des productions papier : « Le net et le papier se complètent : il m'arrive d'écrire pour le mag papier des articles plus poussés, des analyses sur des actus sur lesquelles j'ai écrit à chaud pour le net. »

Qu'est-ce qui peut attirer un pigiste à migrer sur le net ?
Un élément principal ressort des témoignages recueillis : une plus grande indépendance. « C’est la liberté to-ta-le. Sur le ton, les sujets, le traitement, se réjouit Anne. La ligne éditoriale des sites est moins cadrée qu'en presse écrite. Il faut aller plus vite, fournir davantage en volume - le pigiste a de fait une marge de manœuvre bien plus importante. »

Sur Internet, tout va plus vite. L’autonomie aussi. « Une fois que l'on connaît bien la rédaction, un rapport de confiance s'installe. De fait, c'est le pigiste lui-même qui fait sa mise en ligne. » Le deuxième aspect positif et contre lequel le papier ne peut pas lutter, « c'est la rapidité à laquelle on est édité et lu. Ayant longtemps bossé pour la presse, il pouvait s'écouler trois à six mois entre le rendu de texte et la date de parution. Pas génial pour "coller à l'actu". Là, c'est quasi immédiat. Et franchement assez jouissif.»

Même si Taina regrette de ne pas avoir « plus de liberté dans le ton », en revanche, elle se réjouit de bénéficier de « plus de liberté sur la longueur ». Enfin, Stéphanie apprécie le fait « d’être généralement payé de suite à la fin du mois. Il est aussi plus facile d'avoir un volant très régulier de piges. »

Ecrire pour un site Internet fragilise encore plus le statut des pigistes (SNJ)
Ecrire pour un site Internet fragilise encore plus le statut des pigistes (SNJ)
Qu'est-ce qui peut repousser à écrire pour un site Internet ?
Au-delà des questions financières, le journalisme sur Internet propose une conception de l’information déstabilisante pour Taina : « J’ai le sentiment parfois de zapper, de devoir faire trop vite, de produire pour produire et non pas parce qu'on a des choses à dire ». De plus, « un papier n'est jamais terminé, explique Anna. Il faut parfois s'attacher les mains pour ne pas revenir 36 fois dessus corriger ceci, apporter une info

Ensuite, le contact direct et en direct avec le lecteur peut se révéler autant constructif que désagréable : « ». L'interactivité est parfois géniale, avec des commentaires apportant du fond, ouvrant le débat... Mais c'est tout de même une minorité. La plupart en profitent pour régler leurs comptes avec les journalistes, donner des leçons de morale. » La convergence des médias sur le support oblige Stéphanie à travailler plus… pour ne pas gagner plus : « Certains sites veulent que tu bricoles pour le même prix un petit montage vidéo ou son d'assez bonne qualité (je refuse ou je négocie un tarif). »

La fragilité économique des sites internet ne précarise t-elle pas encore plus le statut de pigiste ?
« Certains sites sont très éphémères, il faut bien choisir ses collaborations », prévient Stéphanie. Anne préfère relativiser, connaissant bien les difficultés rencontrées par les sites : « Je n'arrive pas à en vouloir au site. C'est de l'exploitation consentante, mais de l'exploitation tout de même. Je sais que, même s'ils font partie des sites "en vue", que le nombre de visiteurs uniques par mois est loin d'être négligeables (800 000), ils se demandent à chaque instant comment ils vont faire pour payer leurs collaborateurs. Il est régulièrement question que le site s'arrête. Les journalistes en interne ont, pour certains, divisés par quatre leurs revenus depuis qu'ils sont passés de la presse écrite à Internet. »

Quels sont les tarifs appliqués sur le net ?
Les estimations et indications varient selon les interlocuteurs. Mais d’une manière générale, la tendance ne dégage pas de grandes différences avec les supports traditionnels. Pour Taina, « les papiers sont payés au même tarif. En revanche, quand le texte est repris tel quel ou légèrement retravaillé dans le mag papier, je ne suis pas payé double. Les tarifs ne sont pas terribles mais me conviennent : 50-100 euros la brève. » « J'applique les mêmes tarifs pour le web que pour la presse papier (entre 70 et 115 euros le feuillet) », explique Stéphanie.

De son côté, Anne estime que les rétributions peuvent même être supérieures... contre un petit supplément de prestation : « 100 euros le papier de 2 à 3 feuillets. Pour ma part, je rédige un blog pour le même site. Gratuit évidemment. Le site me paye un forfait de 400 euros par mois. A priori, 4 papiers mensuels. Mais parce que je veux soutenir le site à ma façon et profiter de celui-ci pour écrire sur des sujets que je n'aurais jamais pu aborder en presse écrite, je leur en fournis plus. Je dois y passer au final l'équivalent d'un bon mi-temps. 400 euros le mi-temps ! »

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Tags : pigiste


           

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