"La force du mojo, c’est d’être capable de porter tous les chapeaux en même temps"


Valérie Criton
Vendredi 16 Janvier 2009

Frédéric Mailloux, québécois, 32 ans, est le coordinateur des mojos - maintenant appelés vidéo-reporters - de Canoë, portail web le plus important au Canada, regroupant journaux, chaînes télé et sites web. Il a été mandaté en février 2007 sur l’instance du Président de Quebecor, Pierre-Karl Péladeau, qui souhaitait la mise en place d’une unité mobile pour la couverture des élections provinciales. Deux ans après le lancement de la rédaction, les cinq journalistes sont rodés. Ils ont pris leurs marques et connaissent un réel succès.


"La force du mojo, c’est d’être capable de porter tous les chapeaux en même temps"
Quelle est la journée type d'un mojo ?
Une journée type se décompose ainsi : 9h30 : départ pour le tournage, 10h : tournage d’entrevue, de plans de coupe…11h30 retour de tournage et importation du matériel dans l’ordinateur 12h-13h lunch, 13h : montage et voix off, 16h : exportation et mise en ligne du vidéo, choix de la photo, 16h30 : pendant que le vidéo est en publication, rédaction de l’article, 17h : mise en ligne finale et préparation pour le lendemain (matériel, horaire…). Cependant, il arrive que nous travaillions sur des dossiers plus étoffés, où le temps de tournage et de montage est plus long. J’essaie de donner leurs horaires aux journalistes 4 à 5 jours d’avance. Ils sont responsables de toute la logistique entourant leurs reportages. On tente de se réunir une fois ou deux par mois, question d’être à jour au niveau des procédés, des événements à venir, de la banque de sujets.

Quel est votre équipement ?
Chaque journaliste a un portable MacBook Pro, une caméra HVX200, un micro Shure Sm58, un micro cravate sans fil, une paire d’écouteurs, une lampe d’appoint montée sur la caméra, quelques piles de rechange et un disque dur externe. Le montage est fait sur Final Cut Pro.

Qu’est-ce qui est le plus difficile dans votre fonctionnement ?
Ce qui est le plus difficile, c’est de faire une entrevue intéressante tout en filmant. Il est très compliqué de se concentrer à la fois sur l’aspect technique et sur l’entrevue. Il arrive, lors d’événements importants, que nous travaillions à deux, comme le font les médias traditionnels.
Une autre difficulté : respecter les heures de tombées et prioriser nos reportages sur le web de manière à optimiser leur impact et le nombre de visionnements. Mais tout est une question d’habitude. Cependant les mojos ne remplaceront jamais les photographes ou les cameramen de télé.

"La force du mojo, c’est d’être capable de porter tous les chapeaux en même temps"
Quel est l'avantage d'être un mojo ?
L’avantage évident est le contrôle de toutes les étapes et de toutes les facettes de la présentation de la nouvelle : recherche, tournage, entrevues, montage, texte, photos, mise en ligne. L’autre avantage est la mobilité : notre sac contient tout notre équipement. La caméra n’est pas aussi grosse que celle des télés, ce qui nous permet de nous faufiler un peu partout.

Croyez-vous que l'évolution technique et plus particulièrement l'utilisation de téléphone portable peut faciliter le travail du journaliste ?
Oui, cela permet de tourner des images qui autrement n’auraient pas pu l’être. Il y a cependant une perte au niveau de la qualité et de la technique de caméra. Prenons le cas d’un journaliste écrit qui arrive sur les lieux d’un incident. Il peut filmer (ça lui servira ensuite pour mieux se souvenir des faits) des images qui se retrouveront sur le site web du quotidien qui l’emploie, donnant une valeur ajoutée à l’information. Ça permet aussi aux internautes d’être encore plus au milieu de l’action.

Le Mojo de chez Gannet, envoie l'information directement sur son site en instantané. Pas de processus d'édition, n'est-ce pas un peu dangereux selon vous ?
Oui et non. Lors d’événements majeurs, nous procédons à une mise en ligne rapide d’images minimalement montées, pour remplacer ce reportage d’appoint une fois un topo plus étoffé prêt.
Ce qui me dérange en tant que journaliste, c’est que cette manière de procéder ouvre la porte à tous de se proclamer journaliste. Si le mojo de Gannet le fait, pourquoi je ne le pourrais pas ? Nous sommes à mi-chemin entre le journalisme citoyen (ou le journalisme de terrain) et ce qui se fait à la télé. Seulement notre rôle n’est pas seulement de rapporter les faits, mais de les mettre en contexte. En misant sur des images non-montées, nous plaçons l’internaute en position de spectateur, sans expliquer, sans faire de liens entre divers événements.

Est-ce un métier de passionnés ?
Dans notre cas, pas le choix de l’être ! On ne fait pas de hard news, donc il faut déterrer des sujets, trouver un angle intéressant, travailler le topo. Et mes journalistes sortent 4 ou 5 topos par semaine ! Nous n’avons pas d’horaire fixe non plus. On peut travailler 10 jours en ligne, prendre 5 jours de congé, dépendant des affectations. Et pour effectuer toutes les tâches, faut être un peu fêlé !

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