Puis de nombreux médias s'y mettent et se lancent dans l'aventure du participatif.
Le 1er décembre 2011, Europe 1 lancait le Lab, un site d'information politique qui fait participer experts, blogueurs et internautes, pilotés par cinq journalistes.
Le 23 janvier, la version française du site The Huffington Post, qui a fusionné avec le site participatif Le Post, est mis en ligne. C'est la directrice éditoriale, Anne Sinclair, qui en parle le mieux : Huffingtonpost.fr se veut être "un site de débat. (...) avec des contributeurs réguliers ou exceptionnels, à la fréquence qu'ils souhaiteront, sur la longueur qu'ils auront choisie, dans leur domaine de compétence ou dans tout autre. (...) d'inconnus comme de signatures célèbres, de jeunes comme de plus anciens, qui s'exprimeront sur les sujets de leur choix (...)".
Le 30 janvier, c'est L'Express qui change de formule et s'ouvre à la participation des internautes.
Ces sites procèdent d'un certain paradoxe. Ils revendiquent une nouvelle forme d'information, celle émanant d'individus non-formés au journalisme. Mais dans le même temps, ces médias ne peuvent pas réellement s'abstenir de l'aide de journalistes qui interviennent en tant que modérateurs.
"L'info à trois voix"
À l'origine, le concept de "journalisme citoyen" annonçait un bouleversement de la définition traditionnelle de média. Grâce à Internet, le récepteur de l'information ne reste plus passif face à l'information, il a dorénavant la possibilité d'émettre lui-aussi. Au départ donc, ces médias s'engageaient à se passer de "médiateur" et de créer eux-mêmes l'information.
Pourtant, force est de constater que dans la pratique, la plupart des médias participatifs font appel à des modérateurs pour surveiller les contenus. À cet égard, les conditions générales d'utilisation de ces sites sont transparentes, voici quelques exemples :
- Rue89 : "Sélectionnés par l’équipe de Rue89, les modérateurs sélectionnent les contributions les plus pertinentes pour les mettre en valeur et dépublient les internautes qui ne respectent pas notre charte."
- Agoravox : "Nous sommes conscients qu’une initiative comme AgoraVox accroît potentiellement les risques de propagation de rumeurs, de désinformation, de déstabilisation ou de manipulations volontaires ou involontaires. Pour cette raison, nous pensons qu’il est indispensable de disposer d’un comité de rédaction qui puisse agir en tant que "filtre"."
- Le Lab Europe 1 : "Tout Utilisateur reconnaît être informé qu’une modération a posteriori est mise en œuvre pour contrôler, supprimer ou modifier les contenus publiés par les Membres des Services Interactifs (...) Le Membre reconnaît en toute circonstance que LE LAB EUROPE 1 peut vérifier par tous moyens qu’il jugera utile le contenu des Contributions après leur mise en ligne soit directement soit en faisant appel à un modérateur."
En effet, quel est le degré d'autonomie d'un média construit sur la participation de témoins non formés au journalisme? S'il existe des espaces non-modérés, qui proposent par exemple des informations très controversées et du coup très éloignées de l'information traditionnelle, la plupart du temps les médias participatifs répondent aux mêmes exigences que les autres médias. À savoir : régulation, éthique, vérification des faits, protection des sources et valorisation du contenu pratiqués par un modérateur. Un lexique très proche du jargon journalistique est parfois utilisé au sein ces médias. Car dans les faits, un individu non formé à l'exercice journalistique sera toujours moins armé pour satisfaire un lecteur.
À titre d'exemple, voici quelques extraits des conditions générales d'utilisation du Huffigton post. Un petit cours de déontologie du journalisme en somme :
"Concernant chacun des contenus que vous nous soumettrez, vous affirmez, certifiez et/ou garantissez que vous possédez ou détenez les licences, droits, consentements et autorisations nécessaires pour utiliser et pour nous autoriser à utiliser tous les brevets, marques, secrets industriels, droits d'auteur ou autres droits de propriété sur chacun des contenus ainsi soumis (...). Vous avez le consentement écrit, la décharge et/ou la permission de chacun des individus identifiables dans les contenus ainsi soumis (...) Vous acceptez de ne pas soumettre de contenu protégé par un droit d'auteur, par un secret industriel ou quoi qu'il en soit faisant l'objet de droits de propriété appartenant à des tiers, incluant la vie privée et les droits de publicité(...) de ne pas publier de déclarations fausses ou mensongères qui pourraient nous porter dommage ou porter dommage à des tiers (...)."
Vincent Glad, journaliste à Slate.fr, indique que "quelque part, Rue89 a tué le concept en annonçant à son lancement en 2007 qu'il allait faire de "l'info à trois voix" : journalistes, spécialistes et citoyens". Le site a en effet ré-introduit officiellement le journaliste dans le genre nouveau du site interactif et reconnaît clairement la nécessité de l'apport professionnel dans l'exercice journalistique.
Un nouveau rôle pour le citoyen, un nouveau journalisme
En réalité, médias participatifs et médias traditionnels ne s'opposent pas. Ils se complètent. Si les citoyens ont besoin de modérateurs, à l'heure actuelle, les médias se nourrissent de la contribution des citoyens. L'évolution technologique, qui permet la communication interactive et les échanges multimédia a renforcé le réflexe participatif. Nicolas Filio le concède volontiers : "Actuellement, tout le monde filme dans les manifestations, c'est tout à fait tendance, les gens veulent participer à la fabrique de l'information. Ensuite ils tweetent ou bien font appel à des site comme Citizenside".
Il indique par ailleurs que dans "participatif" il faut aussi entendre le fait de pouvoir commenter l'information : "Il existe une information complémentaire dans les commentaires d'articles sur Internet. Ces opinions apportent de l'intérêt, c'est le premier degré du participatif".
L'information 3.0
En venant modérer l'information brute, celle dont tout le monde dispose, on passe de la simple interactivité à une interconnexion enrichie. Les régulateurs développent ce qui est diffusé ou publié en ligne, de façon subjective. On trouve ainsi, dans les médias d'information 3.0, des mises en lumière plus personnelles ou des réactions d'opinion tranchée.
À l'inverse, une autre tendance tend à faire évoluer l'information sur le net, celle qui permet aux lecteurs non plus seulement de rapporter de l'information mais aussi d'appuyer, de faire remonter, telle ou telle information. Le lecteur participe, il devient une aide pour le journaliste.
La réalité du média citoyen c'est avant tout une véritable envie de prendre la parole, d'échanger directement avec les journalistes dans la nouvelle relation rendue possible par les nouveaux outils du web 2.0. Erwann Gaucher, journaliste et accompagnateur de projets médias, affirme que "les médias ouverts, participatifs et transparents sont en pleine expansion. En France, les premières générations (LePost, Rue89) voient aujourd'hui arriver une seconde génération qui marque sans aucun doute une nouvelle étape dans l'évolution des médias sur Internet, en collaboration avec les citoyens, et proposent vraiment une offre originale : LePlus, Newsring, LeLab d'Europe1, etc".


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