L'aventure de Paulette : le magazine "fait maison" du web au papier


Lucie Bacon
Jeudi 15 Mars 2012

Irène Olczak et Lisa Delille ont créé « Paulette » en 2009. La première est présidente de la maison Paulette et la seconde directrice de la rédaction du magazine et du site. Elles nous expliquent la naissance et les premiers pas de leur projet très original, puisque le concept est né sur le web, avant la publication papier.


Le site de Paulette
Le site de Paulette
Comment vous est venue l’idée de créer Paulette ?
Lisa Delille : Au départ c’est une idée d’Irène. On en parle depuis le début des années 2000, depuis que nous sommes chacune en prépa. En fait, ce concept est en quelque sorte un rêve de jeunes filles. Et ça a été possible notamment parce qu’Irène et moi avons des profils très différents mais complémentaires, elle plus dans le domaine de la création artistique, moi dans le domaine littéraire. Irène est donc présente sur tous les shootings, moi je m’occupe de la ligne éditoriale et du ton donné aux articles.  

Irène Olczak : L’idée, je l’avais déjà à l’école d’arts appliqués, où j’étudiais notamment la publicité visuelle. Je suis une grande fan de magazines féminins, qu’ils soient français ou étrangers. Je trouvais qu’il manquait quelque chose qui ressemble plus aux jeunes femmes d’aujourd’hui, plus fidèle à la réalité des Françaises. Cette idée, c’était une sorte de « ras-le-bol ».  

Comment s’est passée la naissance de Paulette ?  
OI : En janvier 2009, je me suis vraiment consacré au projet. J’ai fait une étude de marché, j’ai examiné le secteur, pour voir si, au delà de l’idée, il y avait vraiment une place sur le marché pour lancer ce concept. Comme j’ai vu qu’il y avait des choses à faire, je me suis lancée. J’étais toute seule au départ à travailler sur la partie entrepreneuriale et commerciale. En parallèle, j’ai crée le Facebook de Paulette en juin 2009. En février 2010, on a lancé le blog, et puis le site huit mois plus tard. Le papier existe lui depuis octobre 2011. On a sorti 3 numéros.  

LD : A l’origine, on voulait créer un nouveau média participatif, présent sur différents supports : blog, site web, papier, application digitale. Dès le départ, la version papier était au cœur du projet. On voulait vraiment proposer un objet original, se démarquer de ce qui avait déjà été fait dans le domaine de la presse féminine. On voulait une esthétique très épurée, proposer un shopping accessible, des rubriques décalées…  

Portrait d'Irène Olczak , présidente de la Maison Paulette, par Magda Antoniuk.
Portrait d'Irène Olczak , présidente de la Maison Paulette, par Magda Antoniuk.
Pourquoi avoir appelé le projet Paulette ?  
IO : J’avais envie d’un prénom qui évoque une personnalité rétro, avec un côté « fait maison », artisanal. Je voulais un vieux prénom aux connotations chaleureuses et sympathiques.  

Combien étiez-vous au départ dans ce
projet ? Combien êtes vous aujourd’hui ?
 
IO : A l’origine, j’ai crée le concept toute seule, puis des gens en cours de route m’ont rejointe.

LD : Il y avait 3 personnes en plus d’Irène et moi au lancement du concept. Aujourd’hui, nous sommes 13, on a recruté pour la gestion du web, des réseaux sociaux et des abonnements … Et ce n’est que du travail bénévole.

IO : Mais comme c’est un concept communautaire, on a environ 200 collaborateurs.

En quoi Paulette est-elle originale ?  
IO : Nous sommes le seul féminin papier qui existe sans mannequin qui pose. Ce ne sont que nos lectrices. Et ça c’est un grand pas dans l’histoire du magazine. Il est aussi participatif, n’importe quelle fille peut écrire dans le magazine à partir du moment où elle écrit bien et a compris la ligne éditoriale du projet. N’importe qui peut dessiner, signer une série mode, à partir du moment où il a du talent. On est un vrai tremplin pour la jeune création.  

Quel est le ton donné par Paulette ?   
LD : Paulette a un parler proche de la génération Y, celle qui va sur le web, sur les réseaux sociaux, en relation avec la blogosphère. En bref, le ton est fun et décalé. On voulait des rubriques complètement loufoques.  

Qui est la Paulette idéale ?  
LD : Elle a entre 18 et 35 ans, elle est citadine mais pas forcément parisienne. Elle aime la mode, les nouvelles tendances. Elle s’intéresse aux arts, à la musique, elle est débrouillarde, curieuse, sociable et adepte du « Do it yourself ». Et puis Paulette aime découvrir de jeunes talents.

IO : Il y a une phrase qui résume tout : « on est toutes des Paulette ».  

Comment Paulette est-elle financée ?  
IO : Aujourd’hui grâce à ses lecteurs de la version papier. Au départ je n’ai pas trouvé de financement donc on n’a pas pu sortir en kiosque.  

LD : On est parti de notre propre capital, puis actuellement on se finance uniquement grâce aux abonnements et aux encarts publicitaires sur le site web qui est gratuit.  

En quoi le site de Paulette est-il participatif ?  
LD : Il y  a une interaction avec la blogosphère. Paulette s’inspire des blogs et en inspire, pour toutes sortes de contenus : vidéos, écriture, photos… Et puis Paulette organise des soirées où tout le monde peut participer, pour entretenir les liens entre la communauté, pour solliciter des contacts.  

Combien Paulette a de visites sur son site ?  
LD : Paulette reçoit environ 120 000 visiteurs uniques chaque mois, pour environ 1 million de pages vues.  

Paulette est-elle présente sur les réseaux sociaux ? 
IO : Paulette est née sur les réseaux sociaux, mon premier réflexe a été Facebook. C’était une évidence pour moi. La communauté est née aussi comme ça. On communique en permanence via les réseaux sociaux.  

LD : C’est le seul moyen de se faire connaître. La distribution du magazine n’est permise que via le site web, on n’a pas de visibilité en kiosque, donc on mobilise nos propres contacts et réseaux. Cette présence est vraiment essentielle, si on n’a pas ça, on meurt.   

Lisa Delille, directrice de la rédaction. Crédit : Vanessa Kroupa
Lisa Delille, directrice de la rédaction. Crédit : Vanessa Kroupa
Paulette est-elle engagée politiquement ?  
IO : C’est marrant, c’est le sujet de notre quatrième numéro…

LD : Avec un ton toujours décalé, Paulette est en ce moment à la recherche de 500 parrainages, avec le slogan « Pour une mode libre ». On tourne à la dérision l’image de la présidentielle. Et le sujet d’avril, pour le magazine, est « Paulette présidente ». Ce ne sera pas un numéro partisan, il n’y aura pas de rubrique politique. On n’a pas voulu faire comme les magazines classiques, mais il y aura plutôt pas mal de débats, avec des interviews d’acteurs du monde de la musique, du théâtre, du spectacle… Les opinions de tout le monde sont très différentes, et ce sera un numéro très amusant.  

IO : Il n’y a pas d’engagement politique en tant que tel chez Paulette, mais il y a un autre engagement : celui du concept sans mannequin, sans fille retouchée. L’engagement, c’est d’être plus honnête, proposer quelque chose de plus vrai.  

Quoi de prévu pour Paulette à l’avenir ?  
LD : Passer de 15 000 abonnés à 30 000 permettrait d’être dans une position moins précaire. Et même si vendre le magazine en kiosque permettrait de gagner en visibilité, ce n’est pas un projet pour Paulette à l’heure actuelle.  

IO : Aujourd’hui, Paulette a une jolie notoriété. Mais pour qu’elle dure, il lui faut au moins 30 000 abonnés. Si les gens ne s’abonnent pas, on n’aura pas de publicité, et  l’aventure pourrait s’arrêter là.     

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