L'accréditation de blogueurs : pratique en devenir ?Fabrice Pouliquen
Lundi 2 Février 2009
Dix blogueurs ont bénéficié de la même accréditation que les journalistes pour suivre le congrès de Reims du Parti Socialiste. Pratique courante aux Etats-Unis, elle peine encore à se développer ailleurs et notamment en France.
Plus de doute possible en ce mercredi 26 novembre. Martine Aubry a été confirmée, tard la veille, au poste de Première secrétaire du PS et vient de recevoir, dans son bureau, Ségolène Royal. Histoire de trouver un terrain d’entente, d’évoquer l’avenir. Marc Vasseur respire. « Ouf… on sort de cette bulle en apesanteur permanente mais d’une opacité bien lourde », écrit-il sur son blog. Informaticien dans le civil, il était, à Reims, l’un des membres de l'équipe des leftblogs, un collectif de blogueurs de gauche.
Ils étaient dix blogueurs, tous encartés au Parti Socialiste, et accrédités pour suivre le congrès. « Exactement les mêmes accréditations que les journalistes », précise Marc Vasseur. On avait accès aux conférences, à la salle de presse, au réseau Wifi… ». De quoi se sentir pousser des ailes : « Les Leftblogs à Reims, ça va dépoter », promettaient-ils sur leur plateforme à quelques jours de l’ouverture du congrès. Blogueurs accrédités = journalistes discrédités ?
De quoi surtout faire des jaloux au sein de la blogosphère. Car les accréditations de blogueurs par des partis politiques sont rares et surtout sujets à polémique. Dernier exemple en date : le congrès du Parti Conservateur canadien à Winnipeg, mi-novembre. Le parti de Stephen Harper, actuel premier ministre, a choisi d’accréditer une vingtaine de blogueurs au même titre que les journalistes. « Il s’agit là d’une inquiétante confusion », s’alarme Marie-Andrée Chouinard, journaliste au quotidien Le Devoir, dans un édito intitulé « Le poids du blogue ». « A ce cirque de l’information déjà joyeusement compliqué, viendrons-nous ajouter l’emberlificoteur blogueur ? ». Le ton est donné. La blogosphère ne se priera pas pour rétorquer.
Un débat en fait récurrent qui existe en France depuis septembre 2006, date à laquelle l’UMP a accrédité une vingtaine de blogueurs, dont Loïc Le Meur, à son université d’été à Marseille. A chaque fois, les mêmes arguments reviennent de part et d’autres. D’un coté des blogueurs qui veulent s’impliquer de plus en plus dans le traitement de l’actualité, notamment politique. De l’autre des journalistes, qui acceptent difficilement que monsieur « Toutlemonde » s’improvise journaliste et qu’une crédibilité lui soit accordée.
« Je ne me considère pourtant pas comme journaliste ni ne me prétend être en concurrence avec eux, souligne Marc Vasseur. Nos objectifs sont différents. Le journaliste vise à informer objectivement tandis que le blogueur donne sa propre opinion ». Reste à savoir quels intérêts sert cette opinion. « Il y a le blogueur qui fait de la chronique, puis celui qui s’adonne à l’impressionnisme partisan en affichant son inclinaison, observe Marie-Andrée Chouinard. Mais il y a l’autre plus pernicieux, qui se livre en répondant à des intérêts qu’il ne confie pas ! ». De cette confusion naissent des raccourcis rapides sur des possibles instrumentalisations des blogueurs accrédités par les partis politiques.
Des blogueurs manipulés par les partis politiques ?
Pourquoi en effet se priver de ce porte-voix partisan, de ce moyen de recadrer l’information voire de décrédibiliser les écrits des journalistes ? « On ne pouvait tout de même pas nous reprocher d’avoir été monolithique à Reims », se défend Marc Vasseur. « On trouvait des supporters des différentes motions au sein de l’équipe ! ».
Ce n’est pas non plus le PS qui a été chercher les leftblogs mais bien eux qui en ont fait la demande. « On a déposé notre dossier en juin dernier pour n’avoir de réponse positive que quinze jours avant le début du congrès », précise Marc Vasseur. « C’est qu’on a déjà fort à faire avec les journalistes, explique-t-on au service presse du PS. Ils étaient plus de 800 à être accrédités pour le congrès de Reims et on a dû refuser une vingtaine de demande ».
Les partis politiques croulent sous les demandes d’accréditations, ce qui les incite à affiner leurs critères de sélections. « On ne ferme pas pour autant la porte aux blogueurs. Mais il est vrai qu’on attend qu’ils nous sollicitent », explique Sebastien Gonfroy, responsable du service presse de l’UMP. Surtout que la blogosphère n’est pas toujours demandeuse de participer à nos manifestations politiques. Elle s’active surtout lors des événements phares ». Et lorsqu’ils sont sollicités, tant le PS que l’UMP entendent vouloir baser leur sélection non pas en fonction de l’opinion politique des blogueurs mais en fonction de la visibilité dont ils bénéficient sur la toile.
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