Journaliste et animateur de communauté : deux métiers en un ?


Laurie Goret
Lundi 9 Novembre 2009

Avec l’essor d’Internet, les rédactions des sites d’information sont confrontées à un problème majeur : la nécessité de fidéliser des internautes qui, en un clic, naviguent d’un site à l’autre. Certains médias ont alors recours à un personnage clé, l’animateur de communauté. Son rôle ? Fédérer les visiteurs dans une communauté qui contribue à produire de l’information.


«  Animatrice de communauté ? Ça fait un peu colonie de vacances. Je ne me vois pas non plus comme un community manager, je ne manage pas les internautes ». Alors comment désigner le poste qu’occupe Marie-Amélie Putallaz à L'Express.fr ?
La jeune femme est engagée depuis mars dernier comme journaliste et animatrice de communauté sur le site. Elle a auparavant animé des forums de jeux vidéo, un univers où la fonction de community manager est répandue. Sa mission ? Sensibiliser les rédacteurs de L’Express à l’intérêt d’interagir avec les internautes. « Ils représentent des sources d’information précieuses, ils sont nos yeux et nos oreilles ».

Fidéliser les internautes

Marie-Amélie Putallaz anime la communauté de L'Express.fr
Marie-Amélie Putallaz anime la communauté de L'Express.fr
Les journalistes modèrent les commentaires de leur rubrique : ils peuvent ainsi enrichir un article de témoignages ou le rectifier. Le but ? Construire une relation personnalisée avec le lecteur, installer une confiance réciproque et, à terme, fidéliser une communauté d’internautes. Pour y parvenir, Marie-Amélie Putallaz fait de la veille sur le net. « Je regarde ce qui se fait ailleurs dans le milieu communautaire. Ça me donne des idées pour renforcer la communauté de notre site».  
Le matin, la journaliste assiste à la conférence de presse et propose des sujets participatifs. Le sondage du jour et la revue de presse du web testent ainsi la température des internautes sur un sujet d’actualité.
« L’animateur de communauté doit être journaliste s’il travaille dans un média, affirme-t-elle. Trouver un angle, un mode de traitement de l’information émanant de la communauté : ce sont des qualités essentielles qui dépassent une simple stratégie marketing ».

Un animateur repéré sur MySpace

Au figaro.fr, Antoine Daccord assume parfaitement sa double casquette de community manager et de journaliste depuis janvier dernier. Il chapeautera à partir du mois de décembre deux journalistes animateurs de communauté.
« Nous recevons 15 000 commentaires par jour et plus de 300 mails de la part des internautes, à qui on apporte une réponse personnalisée. C’est une grosse charge de travail ». Selon lui, l’animation de communauté est une des fonctionnalités du journalisme amenée à se développer. « Il existe des journalistes reporters, éditeurs, et…animateurs de communauté maintenant ! ».
Antoine Daccord a été repéré par le site du journal Libération il y a quatre ans, grâce à son compte myspace. Le chanteur du groupe Glow a en effet réuni autour de lui une grande communauté d’internautes. Il est donc engagé pour gérer celle des journalistes blogueurs et des experts actifs sur le site. « On ne m’appelait pas encore animateur de communauté, précise t-il. Le Figaro est le premier média à utiliser le terme de community manager ».

Naissance d’une politique d’animation

Sur le figaro.fr, Antoine Daccord mène la politique éditoriale d’animation. Son équipe lance des appels à témoins sur tel ou tel sujet puis rédige des articles enrichis par le contenu communautaire. Les contributions sont multiples : elles viennent des internautes ayant un compte sur monfigaro.fr, des journalistes ou des experts blogueurs. «  Le journaliste animateur de communauté rédige l’article comme s’il avait fait un micro-trottoir, sauf que le trottoir, c’est le Figaro ».
A ses côtés, six modérateurs veillent à la conformité juridique des commentaires avec la charte d’utilisation du site. «  On parle de l’actualité aux repas de famille, alors autant qu’on puisse le faire directement à la source de l’information ».
La profession connaitrait-elle une mutation ? A terme, tous les journalistes animeront leur propre communauté sans qu’il n’y ait plus de rédaction dédiée au community management.  « Ils ne travaillent plus pour un support mais pour une marque. Mon rôle, c’est de développer cette marque dans des communautés externes, via les réseaux sociaux ». En janvier prochain, Antoine Daccord a d’ailleurs pour projet de transformer monfigaro.fr en un véritable réseau social interne au site du Figaro.fr. « Pour l’instant, il n’est qu’au stade embryonnaire ».

Facebook, Twitter. Ils y ont tous un ou plusieurs comptes. La circulation de l’information fonctionne par recommandation. L’internaute se fie davantage aux liens que lui transmettent ses « amis » qu’à l’indexation de Google. L’animation de communauté, considérée comme un métier à part entière ou une nouvelle composante du journalisme, s’avère donc primordiale pour qu’un média  perdure sur la Toile.

Quand les journalistes animent leur propre communauté
Pierre Haski, l’un des créateurs de Rue 89, n’embauche pas d’animateur de communauté.  « Chaque journaliste est animateur de sa propre communauté. Les auteurs modèrent eux-mêmes leurs articles et les commentaires restent ouverts dans un délai de quatre jours ».  L’internaute est ainsi intégré dans le processus de production de l’information. « Il vaut mieux écrire un papier de moins par semaine et prendre le temps de prendre en compte cette nouvelle donne ».

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