Iran : « le problème de la censure est infernal »Interview de Alireza AmirhajebiLéa Aubrit, Garlonn Gaud (traduction)
Vendredi 5 Mars 2010
Alireza Amirhajebi est journaliste et artiste iranien. A l’heure de la censure orchestrée par les autorités de son pays il continue de faire son métier, en grande partie sur la toile. « Iran Watcher », comme il se définit lui-même, il participe notamment au site des Observateurs de France 24.
Quelles sont vos activités de journaliste ?
Je travaille pour plusieurs journaux et sites Internet liés aux réformistes. Je travaille aussi pour quelques agences de presse en freelance.Enfin j'essaie d'être un artiste. J’ai commencé à travailler sur le web il y a environ dix ans. Il y a encore six mois de cela je travaillais pour le journal Etemad melli. Ce journal a été fondé par Mehdi Karoubi, l’un des plus grands leaders réformistes. Il y a cinq ans lors de l’élection présidentielle qu’Ahmadinejad a gagnée pour la première fois, Karoubi était l’un des candidats. Il a fondé un parti indépendant et un journal pour mener des actions légales pour la prochaine élection. Il a réuni les meilleurs journalistes dans différents domaines et on s’est mis au travail. Au bout de quatre ans, pendant les événements et manifestations d’après l’élection, le gouvernement ne pouvait plus tolérer notre journal. Ils l’ont fait fermer. Karoubi avait révélé des actes honteux : de la torture et des viols de garçons et de filles qui voulaient se réunir pour manifester dans la rue. Après ces révélations, les gens ont accueilli et protégé Karoubi pour son courage. Il avait franchi les lignes rouges et les limites posées par les autorités. Certains de nos journalistes ont été arrêtés et le parti Etemad Melli fermé. Avec les difficultés que rencontre votre pays comment voyez-vous votre rôle de journaliste ? Le rôle premier du journaliste est l’investigation pour trouver et montrer des sujets que les gouvernements et les autorités veulent cacher ou ignorent. Les journalistes doivent avoir un regard et un point de vue critique. C’est valable dans le monde entier mais dans mon pays, on est confronté à des gens qui veulent nous contrôler et même nous arrêter. Les lois qui concernent les journalistes en Iran sont très floues. Le manque de transparence fait que certains peuvent en abuser ou les utiliser. « Surveiller » et « rapporter » sont des choses très difficiles à définir car nous avons beaucoup d’informations et de renseignements qui compliquent les choses. Les journalistes en tant qu’observateurs doivent réduire la distance entre les deux et essayer d’éviter de mélanger leurs idées et leurs émotions à leurs articles, surtout quand ils ont une portée internationale. L’information est faite de plusieurs couches, je fais très attention à ce que je dis pour que les articles soient le plus proche possible de la réalité et que personne ne puisse me contredire. C’est un principe international : ne pas sauter aux conclusions, ne pas se jeter sur des faits non vérifiés.
Comment travaillez-vous sur les web ? A quelles sources avez-vous accès ?
Mes sources préférées et les plus utiles sont l’AFP, Reuters, l’AP, France 24, CNN et des flux RSS. J’utilise des sites à la fois mondiaux et locaux, cela me permet de me faire ma propre opinion sur les événements. L’utilisation d’Internet n’est qu’une partie de mon job, l’autre partie est de rencontrer les gens et de faire face aux problèmes qui me sont proches en Iran. Vous contribuez à de nombreux sites comme les Observateurs de France 24, pourquoi ne pas avoir votre propre blog ? Je suis tellement occupé que je n’ai pas le temps de mettre un blog à jour régulièrement. Comment vivez-vous la censure à laquelle vous devez faire face ? En Iran l’ingérence du gouvernement dans l’espace Internet est un très gros problème que nous n’arrivons pas à résoudre. Surtout depuis les récentes élections, le gouvernement a peur de laisser filtrer certaines vidéos, photos et informations. Selon les dernières informations, plus de 2500 sites sont filtrés par les autorités. Le contrôle principal est fait par le garde de la Révolution (Sepah), qui censure des sites comme Twitter et Facebook dont les accès sont limités. Des blogueurs sont aussi arrêtés. Le gouvernement a même été capable d’ouvrir des boites mail Yahoo grâce à une nouvelle technique. Le Sepah a aussi créé une nouvelle section appelée le « Commandement de cyberdéfense des gardes de la Révolution ». Je crois que ce problème infernal est devenu évident aux yeux du reste du monde. C’est maintenant la chose la plus connue de l’Iran. Beaucoup de sites comme RSF, la CPJ, etc. parlent de cette situation. Quand des événements graves se passent comme lorsque Roxanna Saberi a été arrêtée ou quand il y a des exécutions, j’écris beaucoup de commentaires sur France24/Observers. Comment voyez-vous l’évolution à venir pour l’information en Iran ? Les iraniens apprennent à outrepasser les limites grâce à d’autres façons de faire passer les informations par internet. Je crois que la réussite des jeunes à informer le reste du monde sur ce qui se passe est évidente. C’est un vrai problème pour les autorités. Lu 1069 fois
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