Internet, une seconde chanceEmilie Perez
Lundi 7 Juin 2010
Laure Wagner est une jeune étudiante parisienne. Elle rêve de devenir journaliste mais ne veut pas attendre d'être sortie d'une école pour travailler dans un média. Avec quelques amis, elle a sorti son propre magazine : LXXV. Mais faute de financement pour l'imprimer, ils ont décidé de se servir d'Internet pour être visibles.
Pour quelles raisons n'avez-vous pas pu publier votre magazine ?
Nous avons une cible très restreinte : les jeunes étudiants parisens, avec un niveau d'études supérieures assez élevé, ceux qui fréquentent les grandes écoles ou les universités comme La Sorbonne ou Dauphine, qui suivent des doubles cursus. Notre ligne éditoriale est également assez exigeante : surtout la politique, l'international et la culture. J'ai fait quelques concessions mais au début, je refusais les rubriques musique ou cinéma, car vu que nous sortions tous les trois mois, nous n'apportions aucune plus value. Il n'y a pas de sport non plus, à part s'il y a un lien avec l'actualité. Nous avons du mal à trouver des annonceurs, peu intéressés. Nous ne voulons pas vendre le magazine mais le distribuer gratuitement dans les facs et les écoles. Concrètement, il nous faudrait 8 pages de pubs par magazine pour pouvoir être distribués. C’est l’impression qui revient le plus cher. Donc nous avons décidé de nous tourner sur Internet pour être visibles. Internet est très utile puisqu'il cible énormément nos lecteurs potentiels.
Comment se traduit cette présence sur Internet ?
Au début nous y publiions seulement notre revue. Nous utilisions des logiciels spécialisés dans la publication en ligne comme Issue. Ensuite nous avons acheté un nom de domaine, ce qui ne revient pas très cher. Nous publions notre magazine directement sur ce site. Nous avons aussi un blog où nous sommes plus réactifs. Notre magazine est un trimestriel donc c'est assez dur de suivre l'actualité. Sur le blog, nous publions beaucoup plus d'articles. Nous pensons modifier prochainement notre site, en jouant plus sur l'aspect multimédia, en publiant des vidéos par exemple. Et puis nous avons aussi un compte Facebook qui comptabilise environ 900 fans. Dès que nous publions un nouvel article sur le blog, nous le mettons sur la page Facebook. Par contre nous n'avons pas de Twitter car nous nous en servirions comme Facebook : pour publier les nouvelles mises à jour. Et puis Internet nous sert aussi pour un autre aspect de la vie de la rédaction. Comme beaucoup de nos journalistes sont étudiants en Erasmus aux quatre coins du monde, c'est difficile d'organiser des conférences de rédaction. Alors nous communiquons beaucoup par mails. Comment s'organise concrètement la vie de la rédaction ? Arrivez-vous à apporter une plus-value sachant que vous n'êtes pas journalistes professionnels ? C'est vrai que c'est parfois difficile mais nous ne nous contentons pas de recopier les dépêches AFP. Nous essayons de donner notre opinion. On se dit que les étudiants qui nous lisent préfèrent ça que de lire le site Internet du Monde ou du Figaro. Par exemple les rédacteurs qui sont en Erasmus expliquent comme se passe leur vie dans un pays étranger. Pour la politique, nous avons un journaliste qui suit l'UMP, un autre le PS. Mais nous avons du mal à décrocher des interviews. Pour le cinéma c'est difficile aussi car nous n'avons pas d'invitations pour les projections presse. Heureusement, le journaliste qui s'en occupe est par ailleurs étudiant en cinéma et il obtient parfois des invitations par le biais de son école. Il a pu suivre le festival de Cannes par exemple. Pour la musique et les livres, ce sont plus des choix personnels. Avez-vous essayé de vous rapprocher des sites Internet des grands médias, qui pourraient héberger votre blog , à l'image de ce que fait Le Monde par exemple ? J'ai essayé de reprendre contact avec les gens que j'avais rencontrés pendant mes stages. Je les ai par exemple invités à une soirée que nous avons organisée pour le lancement officiel du magazine, au palais de Tokyo. Mais une collaboration ne les intéresse pas vraiment. Par contre, nous essayons de nous rapprocher d'autres magazines étudiants, notamment de celui qui s’occupe des « Rattrapages de l'actu » pour les étudiants qui veulent tenter les concours des écoles de journalisme. Ce serait assez complémentaire, lui l'actualité et nous l'opinion. Internet vous contente-t-il ou le papier reste-t-il votre objectif principal ? A choisir, je préfèrerais le papier. Certes, Internet nous aide grandement mais cela reste très éphémère. On lit, on clique puis on passe à autre chose. Nous nous en rendons compte avec la page Facebook. Il y a pas mal de vues les premiers jours où nous publions un nouvel article puis plus rien. Il faut être sur l'ordinateur tout le temps, devenir un vrai « geek ». La version papier, c'est plus pratique, tu peux l'avoir dans ton sac et la feuilleter quand tu en as envie. Et puis je mise beaucoup sur le visuel, les photos. Pourquoi avoir choisi ce titre, difficile à lire ? C'est vrai que LXXV peut être difficile à se rappeler mais on l'a choisi car il peut se lire de plusieurs manières. Ca se lit normalement 75, ce qui rappelle notre cible et notre ligne éditoriale. Mais ce qui nous plaît aussi, c'est qu'il peut se lire de plusieurs manières et que chacun peut ainsi se l'approprier. Entre nous on dit LXXV (l-x-x-v) , comme un code.
Photo : Jean de Sartel
Qu'est ce que LXXV ?
LXXV est un magazine créé il y a plus de 2 ans par trois étudiants parisiens : Laure, Caroline et Dorian. Ils ont déposé des statuts. C’est une association loi 1901. Laure est présidente de l'association et rédactrice en chef ; Caroline, vice-présidente, s'occupe des ressources humaines tandis que Dorian est trésorier et directeur artistique. L'équipe est complétée par 25 contributeurs et une dizaine d'illustrateurs. Une équipe chargée de la communication s'occupe de la page Facebook et du blog. Tout le monde est bénévole. La ligne éditoriale est résumée sur le blog :« ce magazine créé par et pour des étudiants est né du désir de poser un regard alternatif ». Les sujets principaux sont la politique et la culture. Photos : Jean de Sartel Lu 6383 fois
Notez
Nouveau commentaire :
Dans la même rubrique :
|
Les réseaux sociaux dans la campagne présidentielle
Du fantasme d'une campagne électorale numérique Les politiques, éternels enfants de la télé Twitter influence-t-il la campagne de 2012? Le Twitter des politiques Financement des médias : ils ont fait le choix d'innover
Les nouveaux modèles économiques des médias sur Internet
Nord Littoral : le pari du (presque) tout payant Global Magazine : premier média français financé via une fondation La fondation : un modèle économique pérenne pour le journalisme américain indépendant Le journalisme du futur: nouveaux outils, nouvelles pratiques
L'information, les robots aux manettes
Nozzl : agence de presse robotisée Twitter et Facebook: outils de diffusion pour les journalistes La newletter survivra-t-elle aux réseaux sociaux ? Jounalistes, ces nouveaux geeks? Les nouveaux hobbies d'OWNI |
Villeneuve 5/5, enquête sur l'envers d'un clichéUn webdocumentaire à découvrir en amoureux
09/02/2012
Twitter influence-t-il la campagne de 2012 ?
08/02/2012
Les politiques, éternels enfants de la télé
08/02/2012
Le Twitter des politiques
08/02/2012
Inscription à la newsletter
|


Fil d'info


















Du fantasme d’une campagne électorale numérique



