Internet fédère la diaspora iranienneRétrospective 2009Alexandre Moncayo
Mercredi 3 Février 2010
Entre 2 et 3 millions d'iraniens vivent hors de l'Iran, sur tous les continents. Au lendemain de la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, des manifestations ont éclaté dans le monde entier. Internet a permis à la communauté dispersée de se rassembler autour d'un cri de ralliement : « where is my vote ? »
Paris, Hambourg, Londres, La Haye, Bruxelles, Berlin et même... Moscou ! Mais également Montréal, Los Angeles, Sydney, Seoul ou San Francisco... Rapidement après la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad à la tête de l'Iran, des milliers de personnes se sont rassemblées dans les capitales des cinq continents pour apporter leur soutien au peuple iranien. Les slogans demandent la fin de la répression et la tenue d'élections libre, sur les pancartes on lit « mort aux tyrans ». En tête de cortège, des membres de la diaspora iranienne rassemblés dans l'association « Green scroll ». Le mouvement vert réussi un coup de force : organiser une gigantesque manifestation simultanée aux quatre coins de la planète. Internet n'y est pas étranger.
Sur les blogs du mouvement vert, l'appel à manifester s'adresse aux 2 à 3 millions d'iraniens (près de 4% des 70 millions d’iraniens) qui vivent en dehors des frontières de leur pays d'origine, principalement en Europe, au Moyen Orient et en Amérique du Nord. Certains ont été contraints à l'exode pendant les révolutions qui ont secoué le pays au XXe siècle, d'autres sont partis pour trouver du travail ou pour étudier. C'est le cas de Sholeh, 52 ans. Elle a atterri en Californie pour la première fois en 1973 à la faveur d'un échange universitaire : « Je suis tombée amoureuse de San Francisco et de son climat tempéré. Trouver un job était plus facile, les gens avaient l'air heureux et les opportunités étaient nombreuses ». La Californie compte à elle seule plus de 500 000 Iraniens exilés, si bien que la capitale de l'état est surnommée « Téhérangeles ».
« La diaspora iranienne est coupée du pays réel »
Même à des milliers de kilomètres, les liens sentimentaux avec le pays restent. La nouvelle génération garde contact avec l'Iran par Internet. Et c'est en anglais, non pas en farsi la langue iranienne, que les jeunes discutent sur Twitter. D'ailleurs le slogan phare est « Where is my vote ? ». Des liens certes, mais de plus en plus ténus. Sanam Vakil, professeur adjoint à la John Hopkins University, considère même que « la diaspora iranienne est coupée du pays réel ».
Si les liens culturels s'estompent, les liens intercommunautaires aussi. Sholeh n'entretient que peut de relations avec d'autres membres de la diaspora. « J'ai quelques contacts avec des amis et de la famille émigrée d'Iran. Pourtant, cela reste un sujet délicat, personne ne sais qui espionne et qui n'espionne pas... ».
Cette diaspora irano-américaine affiche une réussite insolente, malgré les tensions politiques qui opposent constamment Washington et Téhéran. Elle est l'une des plus instruites et des plus prospères. Le PDG de E-bay, Pierre Omidyar, est d'origine iranienne. Même chose pour le célèbre tennisman André Agassi, ou Jamshid Delshad, le maire du plus clinquant quartier de Los Angeles : Beverly Hills. La puissance économique de la diaspora est considérable. Chaque année, des millions de dollars sont rapatriés vers l'Iran. « Dans une ville comme Evaz (12 000 habitants), la plupart des rues ont été construites depuis une dizaine d'années et portent le nom de donataires privés, plutôt que ceux des dignitaires de la République », note Fariba Adelkhah dans Critique Internationale.
Pourtant, l'implication politique de ces « modèles de réussite » est difficile à saisir. Très peu de voix se sont faites entendre, mis à part celle de Reza Pahlavi, le fils héritier du dernier Chah d'Iran. Pourtant, c'est bien souvent de l'extérieur que sont venus les changement de régime. C'est depuis son exil que l'ayatollah Khomeiny a ébranlé le régime du Shah en 1979. Lu 1478 fois
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