« Il faut faire le lien entre le site et le journal papier »


Arnaud Bertrand
Jeudi 17 Avril 2008

Philippe Le Coeur est journaliste au quotidien Le Monde. Après douze années passées au sein de la rédaction du support papier, il a fait le choix il y a un an de s'installer en immersion complète au siège du Monde.fr. Son rôle ? Assurer quotidiennement le lien entre le site internet et le support papier.



« Il faut faire le lien entre le site et le journal papier »
Depuis quand travaillez-vous pour la rédaction du Monde.fr ?
Je suis arrivé au journal Le Monde en novembre 1995. Et depuis début janvier 2007, je suis installé à la rédaction du Monde.fr .

Combien de journalistes travaillent avec vous ?
Nous sommes 35 environ à travailler sur le site.

Quel est votre rôle au sein de la rédaction web ?
Comme je le dis souvent en rigolant : "réducteur de conneries". Plus sérieusement, l'objectif de ma nomination était, dans un premier temps, de faire que la rédaction "papier" dispose de quelqu'un capable de comprendre le site et participer à son fonctionnement. Il s'agissait aussi de faire en sorte que les deux rédactions se connaissent mieux, se parlent et commencent à travailler ensemble. Ce sont en effet deux rédactions distinctes. Au niveau des équipes. Au niveau géographique aussi : elles ne sont pas installées dans les mêmes locaux.

Quelles relations entretiennent les deux rédactions, papier et web ?
Pendant longtemps, les deux rédactions ont eu des relations "compliquées", allant de l'ignorance à l'opposition. Lorsque je suis arrivé on était plutôt dans un rapport "jeunes cons-vieux cons", suivant l'endroit d'où l'on regardait l'autre.
Ce n'est pas totalement révolu, mais la situation s'est quand même améliorée. J'ai d'abord passé du temps à comprendre comment fonctionne le site, pourquoi il fonctionne de telle façon et pas de telle autre, comment se font les choix éditoriaux...J'ai fait aussi beaucoup d'exercices pratiques. En somme, j'ai joué au stagiaire.

Et aujourd'hui ?
Progressivement je me suis installé dans le rôle qui avait été défini lorsqu'il avait été décidé que je m'installais sur le site : de la co-animation. Cela suppose de faire le lien entre le site et le journal. Pour chaque sujet d'actualité il s'agit de voir ce que le journal peut apporter, que ce soit par écrit, à travers du son ou encore de l'image.
Il faut aussi solliciter les journalistes du format papier, leur faire faire des contenus plus multimédia. Sachant que très vite j'ai aussi tout fait pour que les journalistes du site n'hésitent pas à appeler eux-mêmes leurs collègues du journal sans passer par moi systématiquement. C'est beaucoup de pédagogie en fait. Et dans deux directions : en direction de l'équipe du site et en direction de l'équipe du journal. En un peu plus d'un an, on a réussi à créer quelques liens entre les gens des deux côtés. On a mené à bien aussi quelques beaux projets avec des gens du journal. Cela reste encore limité, mais ça progresse.

Hier à la rédaction papier, aujourd'hui journaliste à la rédaction web, quelles sont les motivations de ce changement ?
Fin 2006, cela faisait quelque temps que je me préoccupais du peu de relations entre le journal et le site. Je m'en étais ouvert à la direction du journal à plusieurs reprises. Il y a eu des changements à la tête du quotidien fin 2006 et c'est là que la situation s'est débloquée si l'on peut dire les choses comme ça. En tout cas pour moi. Sur le site ce qui m'amuse c'est le côté très réactif à l'actu. C'est aussi la possibilité de "raconter" les choses d'une façon différente, en pouvant utiliser de l'écrit, du son, de l'image. Il y a un côté expérimentation aussi qui est intéressant.

Quels sont les avantages et les inconvénients, selon vous, de la presse en ligne ?
Je pourrais citer la réactivité comme un avantage. Et dire qu'elle peut aussi être un inconvénient. La sur-réaction à un sujet et le manque de temps pour creuser véritablement sont des contraintes. Dans les avantages, on trouve aussi la possibilité d'utiliser l'écrit, le son ou l'image. Ou encore la possibilité de toucher un public beaucoup plus large (mais c'est une évidence).

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