A plusieurs reprises (tremblement de terre en Haïti, atterrissage de l’avion sur l’Hudson…), les réseaux sociaux, notamment Twitter, ont publié l’information plus vite que les agences. Est-ce considéré comme une « menace » par l’AFP ?
L’AFP ne se sent pas du tout menacé parce que l’AFP et Twitter, ce n’est pas du tout la même chose. Effectivement, si on résume schématiquement, on peut comparer Twitter à un fil d’actualité, donc à un fil d’agence où les choses apparaissent chronologiquement. Sauf que sur Twitter, il y a tout et n’importe quoi. Il y a en effet beaucoup d’infos pertinentes. Des infos qui arrivent avant l’AFP ou les autres agences de presse. Il y a un certain nombre d’exemples de tweets historiques, où des infos de résonnance mondiale étaient apparues avant sur Twitter.
Mais d’un autre côté, il faut savoir démêler le vrai du faux. Et on ne compte pas les médias qui se sont fait avoir, croyant avoir déniché une info, et qu’au final, le compte Twitter et l’info étaient erronés.
Les agences, elles, vont apporter une info vérifiée, sourcée et très rapidement mise en contexte. Pourquoi, où, comment, dans quelle condition ? Une info qui va être développé d’abord par une alerte, un urgent, un lead, un deuxième lead. Nous, on apporte un « coup de tampon » : cette info-là, vous l’avez peut-être déjà vue sur Twitter, mais là elle est vérifiée, elle est sûre.
Si vous prenez l’exemple de l’intervention durant laquelle Ben Laden a été tué. C’était une opération secrète, aucun média n’était au courant. Et quelqu’un l’a twitté sans le savoir, c’était un habitant du quartier. Si demain il se passe quelque chose dans une zone reculée, et qu’il y a quelqu’un qui twitte, par exemple dans le cas d’un vaste incendie ou un attentat, la personne va donner un témoignage brut, qui est important, mais l’AFP, par la suite, va dire où, quoi, comment, combien de victimes, etc. Donc oui, l’info sera avant sur Twitter, mais pas toute la contextualisation.
L’utilisation des réseaux sociaux est-elle devenue une obligation pour les journalistes, notamment quand on travaille en agence ?
Twitter est un outil qui est entré dans le quotidien des journalistes, au même titre qu’ils écoutent la radio, qu’ils regardent la télé, qu’ils lisent les journaux, et qu’il appellent leurs contacts. C’est une obligation comme c’est une obligation pour lui le matin de lire la presse. Il ne s’agit pas d’y être toute la journée, 24/24h connecté, mais je ne connais pas un journaliste qui le matin ne va pas écouter la matinale, qui ne va pas faire sa petite revue de presse en arrivant à la rédaction. Mais s’il veut un panorama complet, c’est mieux d’être sur Twitter. Si vous suivez tout ce qui est high-tech, thématique des médias, c’est une faute professionnelle de ne pas être sur Twitter. Mais attention, quand je dis sur Twitter, ce n’est pas forcément participer, mais au moins faire de la veille d’info. En revanche, si vous suivez des secteurs moins numériques, on peut imaginer, non pas que vous ne trouverez pas d’infos, mais ça ne nécessite pas d’avoir la même acuité, la même veille. Pour moi, c’est devenu un outil pratiquement indispensable. Maintenant à l’AFP, les journalistes s’en servent tous ou presque.
Comment percevez-vous Twitter ?
Pour les journalistes de l’AFP et pour les journalistes en général, Twitter s’impose comme une source d’info comme une autre. Si quelqu’un dit quelque chose sur Twitter, ça n’empêche pas qu’il faut recouper, vérifier, etc. Par contre, si un politique, si une star, un people s’exprime sur Twitter, et qu’on est certain de la validité de son compte, on peut tout à fait le citer.
On apprend surtout à nos journalistes à s’en servir, à repérer les infos pertinentes. Il y a une culture du LOL très développée sur Twitter. Les gens qui ne sont pas forcément à l’aise avec ça, il faut leur apprendre à dire : voilà ça c’est un vrai, ça c’est un faux compte, comment authentifier un compte, etc. Pour faire le LOL, il y a des gens qui se prévalent d’une identité qui n’est pas la leur. Ce sont des choses comme ça qui vont se vérifier.
L’AFP a sorti récemment pour ses journalistes un « guide de participation aux réseaux sociaux ». Pourquoi ce guide ?
Dans un premier temps, ce guide permet d’expliquer comment on s’en sert, qu’est-ce qu’on y trouve, comment on fait pour vérifier un compte, comment travailler avec ce nouvel outil.
Ensuite, il y a un deuxième point de ce guide qui consiste à expliquer ce que les journalistes de l’AFP peuvent faire ou ne pas faire, s’ils décident de twitter. Pour certains, ça peut paraître un peu liberticide. Ce n’est pas que l’AFP ne fait pas confiance à ses journalistes, mais on leur demande juste, à partir du moment où ils prévalent de leur qualité de journaliste AFP, d’agir en conséquence et de ne pas dire n’importe quoi.
On serait une rédaction de 30 personnes, ce serait inutile, mais il faut savoir qu’à l’AFP on est 1600 journalistes, de plus de 100 nationalités qui travaillent en six langues. On a un besoin d’avoir un minimum de règles communes. Par exemple, on demande aux journalistes de l’AFP de ne pas twitter les alertes, parce que c’est quelque chose pour lequel les abonnés de l’AFP paient.
A vouloir aller toujours plus vite dans la diffusion d’info, comment pallier au risque d’une information erronée ?
Pour l’AFP comme pour toutes les agences de presse, la vitesse c’est dans sa culture. Mais il ne faut pas nécessairement aller encore plus vite qu’avant. On cherchera toujours à être les premiers, c’est l’essence même de notre culture et de notre modèle économique. Les gens et les médias qui sont abonnés à l’AFP veulent avoir l’info le plus rapidement possible. Alors effectivement, l’accélération, la viralité, tout va très vite avec le numérique, ça nous pousse encore à aller plus vite, mais la fiabilité passe avant. On préfère perdre dix minutes et être sûr d’une info, plutôt que d’aller à la chasse au scoop et se planter, parce que quand l’AFP se plante, ça a des conséquences pour son image. On paie pour sa rapidité et sa fiabilité, mais surtout, avant la rapidité, pour sa fiabilité. La course à la vitesse s’accélère mais elle a toujours été dans l’essence même de l’AFP. Pour nous, ça ne change rien.
L’AFP ne se sent pas du tout menacé parce que l’AFP et Twitter, ce n’est pas du tout la même chose. Effectivement, si on résume schématiquement, on peut comparer Twitter à un fil d’actualité, donc à un fil d’agence où les choses apparaissent chronologiquement. Sauf que sur Twitter, il y a tout et n’importe quoi. Il y a en effet beaucoup d’infos pertinentes. Des infos qui arrivent avant l’AFP ou les autres agences de presse. Il y a un certain nombre d’exemples de tweets historiques, où des infos de résonnance mondiale étaient apparues avant sur Twitter.
Mais d’un autre côté, il faut savoir démêler le vrai du faux. Et on ne compte pas les médias qui se sont fait avoir, croyant avoir déniché une info, et qu’au final, le compte Twitter et l’info étaient erronés.
Les agences, elles, vont apporter une info vérifiée, sourcée et très rapidement mise en contexte. Pourquoi, où, comment, dans quelle condition ? Une info qui va être développé d’abord par une alerte, un urgent, un lead, un deuxième lead. Nous, on apporte un « coup de tampon » : cette info-là, vous l’avez peut-être déjà vue sur Twitter, mais là elle est vérifiée, elle est sûre.
Si vous prenez l’exemple de l’intervention durant laquelle Ben Laden a été tué. C’était une opération secrète, aucun média n’était au courant. Et quelqu’un l’a twitté sans le savoir, c’était un habitant du quartier. Si demain il se passe quelque chose dans une zone reculée, et qu’il y a quelqu’un qui twitte, par exemple dans le cas d’un vaste incendie ou un attentat, la personne va donner un témoignage brut, qui est important, mais l’AFP, par la suite, va dire où, quoi, comment, combien de victimes, etc. Donc oui, l’info sera avant sur Twitter, mais pas toute la contextualisation.
L’utilisation des réseaux sociaux est-elle devenue une obligation pour les journalistes, notamment quand on travaille en agence ?
Twitter est un outil qui est entré dans le quotidien des journalistes, au même titre qu’ils écoutent la radio, qu’ils regardent la télé, qu’ils lisent les journaux, et qu’il appellent leurs contacts. C’est une obligation comme c’est une obligation pour lui le matin de lire la presse. Il ne s’agit pas d’y être toute la journée, 24/24h connecté, mais je ne connais pas un journaliste qui le matin ne va pas écouter la matinale, qui ne va pas faire sa petite revue de presse en arrivant à la rédaction. Mais s’il veut un panorama complet, c’est mieux d’être sur Twitter. Si vous suivez tout ce qui est high-tech, thématique des médias, c’est une faute professionnelle de ne pas être sur Twitter. Mais attention, quand je dis sur Twitter, ce n’est pas forcément participer, mais au moins faire de la veille d’info. En revanche, si vous suivez des secteurs moins numériques, on peut imaginer, non pas que vous ne trouverez pas d’infos, mais ça ne nécessite pas d’avoir la même acuité, la même veille. Pour moi, c’est devenu un outil pratiquement indispensable. Maintenant à l’AFP, les journalistes s’en servent tous ou presque.
Comment percevez-vous Twitter ?
Pour les journalistes de l’AFP et pour les journalistes en général, Twitter s’impose comme une source d’info comme une autre. Si quelqu’un dit quelque chose sur Twitter, ça n’empêche pas qu’il faut recouper, vérifier, etc. Par contre, si un politique, si une star, un people s’exprime sur Twitter, et qu’on est certain de la validité de son compte, on peut tout à fait le citer.
On apprend surtout à nos journalistes à s’en servir, à repérer les infos pertinentes. Il y a une culture du LOL très développée sur Twitter. Les gens qui ne sont pas forcément à l’aise avec ça, il faut leur apprendre à dire : voilà ça c’est un vrai, ça c’est un faux compte, comment authentifier un compte, etc. Pour faire le LOL, il y a des gens qui se prévalent d’une identité qui n’est pas la leur. Ce sont des choses comme ça qui vont se vérifier.
L’AFP a sorti récemment pour ses journalistes un « guide de participation aux réseaux sociaux ». Pourquoi ce guide ?
Dans un premier temps, ce guide permet d’expliquer comment on s’en sert, qu’est-ce qu’on y trouve, comment on fait pour vérifier un compte, comment travailler avec ce nouvel outil.
Ensuite, il y a un deuxième point de ce guide qui consiste à expliquer ce que les journalistes de l’AFP peuvent faire ou ne pas faire, s’ils décident de twitter. Pour certains, ça peut paraître un peu liberticide. Ce n’est pas que l’AFP ne fait pas confiance à ses journalistes, mais on leur demande juste, à partir du moment où ils prévalent de leur qualité de journaliste AFP, d’agir en conséquence et de ne pas dire n’importe quoi.
On serait une rédaction de 30 personnes, ce serait inutile, mais il faut savoir qu’à l’AFP on est 1600 journalistes, de plus de 100 nationalités qui travaillent en six langues. On a un besoin d’avoir un minimum de règles communes. Par exemple, on demande aux journalistes de l’AFP de ne pas twitter les alertes, parce que c’est quelque chose pour lequel les abonnés de l’AFP paient.
A vouloir aller toujours plus vite dans la diffusion d’info, comment pallier au risque d’une information erronée ?
Pour l’AFP comme pour toutes les agences de presse, la vitesse c’est dans sa culture. Mais il ne faut pas nécessairement aller encore plus vite qu’avant. On cherchera toujours à être les premiers, c’est l’essence même de notre culture et de notre modèle économique. Les gens et les médias qui sont abonnés à l’AFP veulent avoir l’info le plus rapidement possible. Alors effectivement, l’accélération, la viralité, tout va très vite avec le numérique, ça nous pousse encore à aller plus vite, mais la fiabilité passe avant. On préfère perdre dix minutes et être sûr d’une info, plutôt que d’aller à la chasse au scoop et se planter, parce que quand l’AFP se plante, ça a des conséquences pour son image. On paie pour sa rapidité et sa fiabilité, mais surtout, avant la rapidité, pour sa fiabilité. La course à la vitesse s’accélère mais elle a toujours été dans l’essence même de l’AFP. Pour nous, ça ne change rien.


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