Global Magazine : premier média français financé via une fondationElodie Souslikoff
Mercredi 11 Janvier 2012
Déjà expérimenté outre-Atlantique, le financement des médias via une fondation s’exporte pour la première fois en France, avec le lancement le 1er novembre dernier d’un pure player aux positions bien trempées : Global Magazine. Gilles Luneau, grand reporter et rédacteur en chef du site est à l'origine de la création du webmagazine. Il nous explique comment et pourquoi il a choisi ce mode de financement.
(DR) Pour Gilles Luneau, il faut « soustraire l'information à l'argent »
En quoi Global Magazine se différencie-t-il d’un autre site d'informations?
Global Magazine est avant tout un média citoyen. Nous ne sommes pas militants d’une cause, nous sommes militants de l’information. Tout a commencé en 1999 alors que je couvrais une manifestation à Seattle pour le Nouvel Observateur. L'événement m’a marqué, et bien que j’aie écrit quelques chroniques sur le sujet, il m’a été impossible d’avoir un suivi sur le long terme. J'étais vraiment frustré! J'ai donc eu l'idée de créer un magazine papier. J’ai alors réuni une équipe de journalistes, eux aussi épuisés par la difficulté à faire leur métier. Puis, j’ai démarché des grands groupes de presse pour financer le magazine, mais le tour de table n'a pas marché. C’est alors qu’on a repensé complètement le journal et on a eu l’idée de créer un site. Aujourd'hui, l'équipe compte un noyau dur de 25 personnes, et nous sommes tous bénévoles. Pourquoi avez-vous décidé de vous financer par une fondation? J’ai commencé à travailler en 1971 et je peux dire que le poids de l’argent sur l’information n’a jamais été aussi fort. Nous souhaitons scinder le lien économique de la production de l’information. L’idée de la fondation, j’ai été la chercher aux Etats-Unis. Je me suis inspiré de ProPublica, que l'on a par ailleurs contacté pour comprendre comment ils fonctionnent.
Le site de Global Magazine, gratuit jusque début février 2012, est avant tout un « journal du questionnement »
Concrètement, en quoi consiste ce mode de financement? Le site est en libre accès pendant 100 jours [à compter du 1er novembre] afin de permettre aux internautes de le découvrir. Puis, il deviendra payant [bien que le dernier article publié sera toujours accessible gratuitement] et des abonnements sur trois mois seront possibles. Mais l’originalité de notre démarche réside dans la mise en place de l’abonnement définitif : un don de 80 euros permettra d’avoir accès au site « à vie ». L’objectif, c’est de réunir 120.000 dons afin d’avoir un capital que l’on placera à la banque. Nous nous financerons alors sur les rentes de ce capital. Pour nous, c’est un système pérenne car on n’a pas besoin de faire du ré-abonnement chaque année. On ne dépendra ainsi plus des ventes au numéro! On se donne 5 ans pour y parvenir. Aux Etats-Unis, il existe déjà quatre fondations de ce type, mais les dons privés font partie de la culture anglo-saxonne. C’est donc un vrai pari car nous sommes les premiers à faire ça en France! Comment pensez-vous atteindre l'objectif des 120.000 dons? Nous essayons de nous faire connaître principalement par le bouche-à-oreille et le réseautage. J'ai été agréablement surpris par le relai des journalistes, comme par exemple Hervé Kempf [journaliste au Monde]. Notre cible, ce sont les curieux, les citoyens. Je pense d'ailleurs qu'il y a aujourd'hui beaucoup de citoyens-lecteurs frustrés! De par l'abonnement à vie, nous instaurons une relation particulière avec celui-ci en créant une communauté qui pourra participer à notre réflexion sur le monde. Il y a ainsi une cohérence entre la philosophie du magazine et son mode de financement.
Lu 1089 fois
Notez
Nouveau commentaire :
Dans la même rubrique :
|
Les réseaux sociaux dans la campagne présidentielle
Du fantasme d'une campagne électorale numérique Les politiques, éternels enfants de la télé Twitter influence-t-il la campagne de 2012? Le Twitter des politiques Financement des médias : ils ont fait le choix d'innover
Les nouveaux modèles économiques des médias sur Internet
Nord Littoral : le pari du (presque) tout payant Global Magazine : premier média français financé via une fondation La fondation : un modèle économique pérenne pour le journalisme américain indépendant Le journalisme du futur: nouveaux outils, nouvelles pratiques
L'information, les robots aux manettes
Nozzl : agence de presse robotisée Twitter et Facebook: outils de diffusion pour les journalistes La newletter survivra-t-elle aux réseaux sociaux ? Jounalistes, ces nouveaux geeks? Les nouveaux hobbies d'OWNI |
Villeneuve 5/5, enquête sur l'envers d'un clichéLa fin du journalisme citoyen ?
21/02/2012
OWNI : plein phare sur la campagne en ligne
21/02/2012
Lancement du Huffington Post Québec
18/02/2012
Formule pour un tweet populaire
17/02/2012
Inscription à la newsletter
|


Fil d'info


















La fin du journalisme citoyen ?



