France : Big Brother pointe-il le bout de son nez ?


Cléa Favre
Dimanche 3 Février 2008

Le net, un espace de liberté qui fait peur. En France, l'année 2008 a été marquée par une plus grande vigilance gouvernementale.


France : Big Brother pointe-il le bout de son nez ?
« Internet fait flipper. Les barons de la grande presse sérieuse, responsable, objective et d’opinion le détestent car la liberté d’expression qui y règne les a dépossédés du monopole de la parole publique. » écrit le journaliste Renaud Chenu sur Bakchich.info.

Le papier au service des marchands de canons et des intérêts locaux

Internet reste incontestablement l’espace public où la liberté d’expression demeure la plus large. Notamment en raison de son faible coût, tout le monde peut se lancer. Pour Renaud Chenu, rédacteur pour le site Bakchich, « la contrainte économique y est beaucoup moins forte. Les journaux papier appartiennent soit à des marchands de canons, soit à des intérêts locaux très peu progressistes (l’Est Républicain…). Avec très peu de moyens, par exemple 15 000 euros, et un peu de débrouillardise, on peut monter un site d’informations de qualité. »

Cependant, certains signes interdisent d’envisager l’avenir avec optimisme. Françoise Papa, maître de conférence en sciences de l'information et de la communication souligne que la règlementation concernant la toile semble être en train de se durcir : « On retrouve les mêmes règles juridiques que pour la presse traditionnelle. Sauf que pour Internet, les délais de poursuites ont été allongés. On peut également demander des droits de réponse sur une durée plus étendue. [En réalité, il ne s'agit que d'une proposition de loi, ndlr] ».

Le pouvoir politique paraît vouloir garder à l'oeil un espace qui jusqu’ici lui échappait en grande partie. Un appel d’offre, lancé par le SIG (Service d’information du gouvernement), cherche preneur pour une mission très spéciale... en tout cas en démocratie. Il s'agit de fournir une surveillance du traitement de la politique du gouvernement un peu partout sur le net. Dans les domaines de l'éducation, l'enseignement supérieur et la recherche. Evidemment, les médias n'y échappent pas. Objectif ? « Permettre un suivi précis de l’évolution de l’opinion internaute et des arguments émergents relayés et commentés ».

Le nouvel oeil privé du gouvernement : omniprésent sur la toile

Le document énumère aussi les "sources surveillées". La liste est longue : "sites "commentateurs" de l'actualité, revendicatifs, informatifs, participatifs, politiques etc." Donc concrètement concernant la presse : les sites d'information en ligne et les blogs, sans oublier "les sources d’informations formelles que sont la presse écrite, les dépêches d’agences de presse, la presse professionnelle spécialisée, (...) les baromètres, études et sondages."

Pratiquement tous les sites seront donc passés au crible. « Gouverner, c'est prévoir. C'est un principe. Tout Etat se dote de moyens pour mener à bien son projet. Ce qui est inquiétant, c'est qu'apparemment les RG ne suffisent plus » s'alarme Françoise Papa.
Renaud Chenu voit, lui aussi, dans cette surveillance la « manifestation d’un Etat inquiet, qui se sent minoritaire, avec la crise sociale qui s’annonce (plans sociaux…) ». Françoise Papa poursuit : "Le but du gouvernement est très clair. Il s'agit d'identifier les leaders d'opinion pour désamorcer l'opposition. Ce sera une base pour mettre en place une contre-argumentation, dans une logique propagandiste. » Le grand point d'interrogation concerne l'utilisation des informations récoltées. Réponse en janvier 2009.

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