Fin de partie pour Soitu : la Toile en deuilMarie-Lilas Vidal
Mardi 19 Janvier 2010
La chute du premier site Internet en langue espagnole a provoqué bien des remous dans le monde du journalisme. Télévision espagnole, presse latino-américaine, web française : des centaines de journalistes ont dit « adios » à Soitu. Un drame pour la profession en Espagne, très durement touchée par la crise. Drame aussi pour les lecteurs car Soitu a su séduire de son ton incisif, insolent, affranchi.
Deux ans à peine après sa création, l’annonce de la fermeture de Soitu a eu l’effet d’un coup de théâtre. Rue89, Reportr.net, Le Post, Wordpress, Mediawatch mais aussi Twitter, Facebook : le 27 octobre 2009, les messages de soutien à Soitu ont envahi la Toile. Un record d’audience du site battu ce jour-là, selon l’OJD (Association pour le contrôle de la diffusion des médias).
« La nouvelle fut désastreuse pour le monde informatif : blogs, réseaux sociaux, tout a explosé », raconte Raul, journaliste à Télévision régionale aragonaise. « Lorsque la TVE (télévision nationale espagnole) a annoncé la mort de Soitu, moi-même j’ai presque pleuré. La première chose que je faisais le matin, c’était lire Soitu », confesse Raul. Le pure player espagnol a en effet su capter la reconnaissance du lectorat, avec plus d’un million et demi d’utilisateurs uniques par mois et quelque 42.000 lecteurs quotidiens. Désormais tous des « orphelins » selon Cristina, doctorante à l’Université de Saragosse. « Quand j’ai appris la fermeture du site, je me suis dit: c’est pas possible. Puis je n’ai pas lâché l’ordinateur pendant deux heures », raconte la doctorante. « Je regardais les autres journaux pour en savoir plus : tout le monde commentait l’événement. Les gens n’y croyaient pas. On s’est tous soudain demandé: qu’est ce que je vais lire demain » ? Soitu, « je suis toi »
Célébré comme l’une des grandes réussites de pure player, Soitu a su combiner infos, services et communautés, indépendance et rigueur. Un « journalisme traditionnel absorbant la culture Internet » selon son créateur Borja Echevarria. Comment ? Le tryptique multimédia texte-son-vidéo banni, on mise sur des créations personnelles et sur la place accordée à l’utilisateur. « Les lecteurs participaient activement au site, ils corrigeaient des infos, en apportaient d’autres. Ils faisaient partie intégrale du site », témoigne Alejandro Areteche, journaliste musical à Soitu. « C’était une information vivante, un espace mouvant où nous apprenions les uns des autres. Il y avait place à la controverse, ce qui était souvent anthologique ».
Soitu, une immense communauté
« Opinion, blogs, post : chacun pouvait mettre la main à la pâte », raconte Raul. « Tous les cinq articles que j’écrivais, je gagnais cent euros. Nous étions alors légitimes, nous étions aussi Soitu ». L’esprit Soitu : un vent de liberté. « Fais ce que tu veux » écrit Utoi, plateforme de tchat de Soitu, inscrite dans la veine du microblogging. « Choisis ce que tu veux » annonce le Selector, onglet où l’on sélectionne et classifie sa propre information. Bref, de nouveaux widgets sur lesquels se branchaient plus de 2 millions de personnes. « Cela explique sans doute la réaction des gens à la fermeture de Soitu », révèle Alejandro Areteche. « Ils nous proposaient de donner de l’argent pour financer Soitu, payer pour avoir du contenu ». Les rédacteurs, eux, « se sont tellement consacrés à Soitu, qu’ils ont réagi avec un grand professionalisme et une grande générosité », affirme la sous-directrice de Soitu, Pilar Portero. « La quasi totalité a proposé de travailler en touchant moins d’argent ou même sans toucher d’argent ».
Le pari du « no mass media »En 2006, le rédacteur en chef du site d'El Mundo, Gumersindo Lafuente, se lance dans l’aventure. Il rassemble autour de lui des journalistes d’autres horizons et trouve un financement auprès d’un seul actionnaire : la banque espagnole BBVA. Elle détient alors 49% du capital, le reste appartenant aux journalistes. « Si l’équipe de Soitu a été innovante en termes de web, l’a-t-elle vraiment été en terme de business modèle ? Elle s’est accrochée à ce qu’il y a de moins solide : les banques » remarque Francis Pisani, journaliste et auteur du blog Transnet. Et Francis Pisani d’ajouter : « Il n’empêche que Gumersindo Lafuente fait partie des quatre ou cinq qui ont compris le web. La plupart des sites sont des reproductions de ce que l’on voit sur le papier. Dans sa maquette, Soitu a ouvert des portes et a cassé les habitudes ». Avec pour slogan « No mass media », Soitu s’est attaché à proposer une information critique. « Notre sex appeal est d’avoir fait un clin d’œil aux lecteurs et nous mettre tous au même niveau, celui de l’intelligenc » conclut Pilar Portero.
Lu 425 fois
Nouveau commentaire :
Dans la même rubrique :
|
Fil d'infoPresse en ligne : à la recherche d'un modèle économiqueUn blogueur et journaliste russe retrouvé mort"Les ennemis d'internet" montrés du doigt par RSFComment le papier doit se réinventer sur le Web?Les recettes publicitaires des médias français ont chuté d'1,5 milliard d'euros en 2009Les Français ne sont pas prêts à payer pour de l'info en ligneAprès une attaque informatique, StrasTV.com fait peau neuveBe : un nouvel hebdo féminin en kiosqueTwitter veut vendre son contenu aux grands groupes de presseRSF et les blogs birmans |
Les enquêtes journalistiques sur le webQu’est ce qu’une enquête journalistique ? Qui fait de l’enquête sur le web ? Naissance de StreetPress.com: l'enquête web se refait une jeunesse
Be : un nouvel hebdo féminin en kiosque
17/03/2010
RSF et les blogs birmans
17/03/2010
actualité
afrique
bakchich
blog
blogs
blogueur
censure
chine
crise
culture
enquête
etats-unis
facebook
google
gratuit
information
internet
journalisme
journalisme citoyen
journalisme participatif
journaliste
justice
liberté d'expression
libération
magazine
mediapart
municipales
new york times
participatif
politique
pqr
presse
prison
prix
publicité
pure player
radio
reportage
rsf
rue89
site
tf1
twitter
télévision
témoignage
vidéos
web
web tv
youtube
élections
Jeunes journalistes : faut-il se faire une marque ?
|
|
© journalismes.info - Ecole de journalisme de Grenoble (EJDG)
UFR des sciences de la communication - Université Stendhal Grenoble 3 |
||


Rétro 2009


















