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Et le blog recréa la banlieueBanlieues, blogs et journalistes (2/3)Nicolas Beunaiche
Mardi 10 Juin 2008
Sur la toile, blogs et sites ont inventé un autre discours sur la banlieue. La méthode reste souvent journalistique. Les contraintes du système médiatique en moins, l’expérience du terrain en plus.
« Un média différent porté par des gens qui habitent les quartiers ». Ces mots sont de Nordine Nabili et définissent le Bondy blog , dont il est rédacteur en chef. Mais ils pourraient tout aussi bien convenir aux blogs et sites consacrés aux banlieues qui ont vu le jour depuis l'automne 2005. Car tous, de Vu des quartiers à Jours tranquilles à Clichy-sous-Bois, sont nés de la même idée : donner la parole à la banlieue, tout en rapprochant le point de vue de ses habitants et celui des journalistes.
Quand les journalistes ont droit de cité
Certains sites proposent aux internautes de réaliser, avec des professionnels, des reportages sur le terrain. C'est le cas de vudesquartiers.com , sur lequel 70 journalistes sont déjà inscrits, mais aussi du bondyblog.fr, dont les reporters amateurs travaillent parfois en binôme avec des journalistes du gratuit 20 minutes.
Jean-Baptiste François, un journaliste de Phosphore qui a lancé prisedirecte.fr en 2006 à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), a préféré instaurer un contrôle a priori et a posteriori des productions de ses jeunes blogueurs, plutôt que de constituer des équipes mixtes de reportage. Les professionnels y ont deux fonctions : enseigner à ces jeunes les rudiments de leur métier, et les aider à finaliser le travail qu'ils ont réalisé seuls sur le terrain. En marge de ces trois sites, Jours tranquilles à Clichy-Sous-Bois fait figure d'ovni. Ni média pro-am ni outil de formation, Jours tranquilles est un « libéblog » de témoignage et d'opinion. Contrairement aux autres sites alternatifs, il n'a donc pas de valeur journalistique. Marie-Dominique Arrighi, coordinatrice des blogs pour liberation.fr, n'y exerce pas en tant que journaliste. Sa fonction est plus prosaïque : corriger les fautes de français des blogueurs et modérer le ton de leurs articles (voir les jours tranquilles de libé en banlieue). Des enquêtes de plus d’un mois
Tout en associant des journalistes à leurs projets, blogs et sites ont aussi cherché à prendre le contrepied de la logique médiatique.
En sortant de la logique industrielle des médias pros, ils sont aussi sortis de la logique concurrentielle. Sans concertation, précise Jérôme Bouvier, directeur de vudesquartiers.com, une communauté d'objectifs s'est constituée : « Tous les sites sur la banlieue tirent dans le même sens. Sur le nôtre, nous avons même une liste de liens hypertextes qui renvoient les internautes vers les autres. » Sans la pression du temps, sans la contrainte du « bouclage », les journalistes amateurs peuvent également prendre le temps. Au contraire des professionnels, à qui ils reprochent bien souvent des visites éclairs et des idées courtes. Les reportages mis en ligne sur vudesquartiers.com prennent en moyenne de 3 à 6 jours, et certaines enquêtes peuvent parfois durer plus d'un mois. Pour parler des banlieues au quotidien
Autre avantage de ces sites alternatifs : les contacts. Ceux qui permettent d'interroger un ami, un voisin, un camarade de classe qui a choisi de participer aux émeutes, ou d'avoir le point de vue des habitants des quartiers sur l'état des immeubles, le nombre de commerces ou la qualité des transports. Ces contacts sont primordiaux, parce que ce sont eux qui rendent possibles les reportages sur le quotidien des banlieues. Ce sujet même que les journalistes ignorent trop souvent, d'après les blogueurs.
Pour Nordine Nabili, rédacteur en chef du Bondy blog, c'est d'ailleurs l'une des grandes réussites de ce type de média : « Le Bondy blog, comme d'autres sur internet, a fait parler des gens qui n'avaient jusque-là pas accès aux médias. Et grâce à cela, nous avons dévoilé des choses qui n'étaient pas traitées habituellement et qui sont alors entrées dans l'espace public ».
Médias ou citoyens, faut-il choisir ?
Plus que de simples médias, les Bondy blog et autres Prise directe sont des médias citoyens. Avec le lot de critiques que cette appellation peut susciter. Sur le blog Jours tranquilles à Clichy-sous-Bois par exemple, le débat fait rage. Quand certains internautes reprochent aux blogueurs un « manque de recul » et une « vision partielle » et « pleine de clichés », d'autres défendent sa libre parole et sa « subjectivité ». Les premiers critiquant précisément ce que les seconds sont venus chercher sur la toile.
En effet, reprocher à tous ces médias citoyens de manquer de recul ou de n'être qu'un éclairage partiel de la réalité ne relève-t-il pas de la tautologie ? En février dernier, David da Silva, blogueur de Jours tranquilles, accueillait à Clichy des jeunes de Göteborg (Suède) et une journaliste suédoise en correspondance à Paris, pour une visite de son quartier. A l'évidence, jamais un journaliste n'aurait été sollicité pour ce genre de projet. Les blogs, eux, appartiennent à la cité. Par leur statut de passerelles entre la banlieue et le centre-ville, ils sont et porte-parole et observateurs de la réalité des quartiers. A la fois médias et projets citoyens, ils doivent parler des banlieues tout en agissant pour elles. Deux métiers à exercer, deux responsabilités à assumer. A lire aussi : Le grand malentendu Banlieues 2.0 : à la croisée des regards Lu 2394 fois
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