Comment s’est passée la mutation du bi-média dans la PQR ?
Le bi-média n'a pas du tout été une évidence pour les journaux régionaux. La question commence à se poser depuis environ 5 ans, où l'on procède à quelques formations. Il a fallu attendre 2012 pour que les journaux se lancent sérieusement dans le bi-média et y investissent des montants proches de ceux consacrés au papier. Ces dernières années, la plupart des journaux régionaux, ont été soit dans un rejet soit dans une méfiance très importante envers le bi-média. Ils ne voyaient pas le numérique comme quelque chose pouvant être monétisé et rapportant de l’argent. Ils le considéraient comme la cause de la chute des ventes des journaux régionaux, alors qu’elle était bien antérieure.
Le bi-média n'a pas du tout été une évidence pour les journaux régionaux. La question commence à se poser depuis environ 5 ans, où l'on procède à quelques formations. Il a fallu attendre 2012 pour que les journaux se lancent sérieusement dans le bi-média et y investissent des montants proches de ceux consacrés au papier. Ces dernières années, la plupart des journaux régionaux, ont été soit dans un rejet soit dans une méfiance très importante envers le bi-média. Ils ne voyaient pas le numérique comme quelque chose pouvant être monétisé et rapportant de l’argent. Ils le considéraient comme la cause de la chute des ventes des journaux régionaux, alors qu’elle était bien antérieure.
Pourquoi la PQR a eu plus de difficultés à passer au bi-média que la presse nationale ?
Les difficultés du passage au bi-média ont été plus importantes dans la PQR, parce qu’elle va moins mal que la presse nationale. La PQR s'est persuadée pendant ces dernières années que le numérique était quelque chose de réservé aux geeks, aux jeunes cadres dynamiques des grandes villes, ce qui n’était pas leur cœur de cible. Ils ont ensuite été convaincus par des chiffres d'usages massifs du numérique par toutes les couches et les tranches d’âge de la population.
Avec leur spécificité propre, leur ancrage géographique, les journaux régionaux se pensaient à l'abri de la crise de la presse écrite que connaissaient les parutions nationales. Avec la chute complète de l'empire Hersant, la quasi mise en liquidation de plusieurs quotidiens régionaux, la fermeture de la Comareg avec la suppression de plus de 1200 emplois, il y a eu une prise de conscience. Des électrochocs importants, comme la quasi disparition du marché des petites annonces dans la PQR, auront été nécessaires pour diminuer la méfiance à l’égard du numérique.
Les difficultés du passage au bi-média ont été plus importantes dans la PQR, parce qu’elle va moins mal que la presse nationale. La PQR s'est persuadée pendant ces dernières années que le numérique était quelque chose de réservé aux geeks, aux jeunes cadres dynamiques des grandes villes, ce qui n’était pas leur cœur de cible. Ils ont ensuite été convaincus par des chiffres d'usages massifs du numérique par toutes les couches et les tranches d’âge de la population.
Avec leur spécificité propre, leur ancrage géographique, les journaux régionaux se pensaient à l'abri de la crise de la presse écrite que connaissaient les parutions nationales. Avec la chute complète de l'empire Hersant, la quasi mise en liquidation de plusieurs quotidiens régionaux, la fermeture de la Comareg avec la suppression de plus de 1200 emplois, il y a eu une prise de conscience. Des électrochocs importants, comme la quasi disparition du marché des petites annonces dans la PQR, auront été nécessaires pour diminuer la méfiance à l’égard du numérique.
Pensez-vous que les moyens sont suffisants pour développer les sites des journaux régionaux ?
Les effectifs des équipes qui travaillent sur le web en PQR sont ridicules par rapport à la taille de ces entreprises et les investissements qu'elles font sur le papier. On fait majoritairement le minimum, même si aujourd’hui la volonté est là. Comme les journaux ne sont pas en bonne santé économique, on n’a plus les moyens qu’on aurait eu il y a 4 ou 5 ans pour investir. La PQR a vraiment raté une occasion. Elle est à un moment dans son histoire où chaque investissement est vraiment crucial, mais comme elle n’a rien expérimenté avant, elle est encore en phase de découverte. On n’est pas du tout sûr aujourd’hui que les points dans lesquels les rédactions investissent vont marcher, parce qu’elles ne se sont pas laissé le temps d’essayer des choses et de rater. Maintenant chaque essai doit être concluant, ce qui est très compliqué.
Les effectifs des équipes qui travaillent sur le web en PQR sont ridicules par rapport à la taille de ces entreprises et les investissements qu'elles font sur le papier. On fait majoritairement le minimum, même si aujourd’hui la volonté est là. Comme les journaux ne sont pas en bonne santé économique, on n’a plus les moyens qu’on aurait eu il y a 4 ou 5 ans pour investir. La PQR a vraiment raté une occasion. Elle est à un moment dans son histoire où chaque investissement est vraiment crucial, mais comme elle n’a rien expérimenté avant, elle est encore en phase de découverte. On n’est pas du tout sûr aujourd’hui que les points dans lesquels les rédactions investissent vont marcher, parce qu’elles ne se sont pas laissé le temps d’essayer des choses et de rater. Maintenant chaque essai doit être concluant, ce qui est très compliqué.
Les journaux régionaux arrivent-ils à trouver un modèle économique viable ?
Une quantité non-négligeable de sites sont passés au payant, mais généralement sans une stratégie éditoriale qui l'accompagne, simplement par souci économique. Un des grands ratés de ces dernières années : la PQR n'a pas investi dans la publicité numérique et ses formats. Une autre source de revenus a été siphonnée : les petites annonces. Le boncoin a pris le marché des petites annonces et a changé les habitudes ; on ne reviendra pas à des petites annonces payantes une fois qu’on est passé au gratuit.
En aucun cas l’information ne suffira à financer le numérique, ce n’est pas un modèle économique viable. Un quotidien régional a toujours été financé par l’information, le fait de vendre le journal, la publicité, les petites annonces, les partenariats… autant de choses non développées sur le numérique. Pendant leurs années de doutes sur ce terrain, de nouveaux acteurs sont arrivés et ont pris les parts de marché.
Si l’on veut faire payer son site il faut avoir une vraie stratégie éditoriale, en variant les contenus dédiés aux différents supports, comme la tablette ou le smartphone. Aujourd’hui quel est l’intérêt d’acheter la version numérique du journal, qu’est-ce qu’on gagne par rapport à la version papier ? Pas grand-chose. Comment on peut pousser les gens à payer si on ne leur apporte pas des choses en plus ? Il y a un énorme retard des régies publicitaires et des services commerciaux de la PQR. Si elle ne comble pas ce retard, ce sera très compliqué de survivre pour elle.
Une quantité non-négligeable de sites sont passés au payant, mais généralement sans une stratégie éditoriale qui l'accompagne, simplement par souci économique. Un des grands ratés de ces dernières années : la PQR n'a pas investi dans la publicité numérique et ses formats. Une autre source de revenus a été siphonnée : les petites annonces. Le boncoin a pris le marché des petites annonces et a changé les habitudes ; on ne reviendra pas à des petites annonces payantes une fois qu’on est passé au gratuit.
En aucun cas l’information ne suffira à financer le numérique, ce n’est pas un modèle économique viable. Un quotidien régional a toujours été financé par l’information, le fait de vendre le journal, la publicité, les petites annonces, les partenariats… autant de choses non développées sur le numérique. Pendant leurs années de doutes sur ce terrain, de nouveaux acteurs sont arrivés et ont pris les parts de marché.
Si l’on veut faire payer son site il faut avoir une vraie stratégie éditoriale, en variant les contenus dédiés aux différents supports, comme la tablette ou le smartphone. Aujourd’hui quel est l’intérêt d’acheter la version numérique du journal, qu’est-ce qu’on gagne par rapport à la version papier ? Pas grand-chose. Comment on peut pousser les gens à payer si on ne leur apporte pas des choses en plus ? Il y a un énorme retard des régies publicitaires et des services commerciaux de la PQR. Si elle ne comble pas ce retard, ce sera très compliqué de survivre pour elle.
"Les journaux régionaux doivent changer leur organisation pour publier d'abord sur le web"
Les outils que sont les réseaux sociaux et tout ce qui est lié à la gestion de communauté sont-ils assez utilisés ?
Sur ce sujet la prise de conscience a été beaucoup plus rapide et efficace. Ce n’est pas encore généralisé, mais on commence à voir le poids de la PQR dans les réseaux sociaux. La compréhension a été plus évidente pour animer une communauté de gens qui s’intéressent aux mêmes sujets ou qui sont dans une même région. La PQR n’y a pas vu de concurrence pour elle, mais le moyen de diffuser le fait qu’elle avait des contenus intéressants et de dire aux gens d’acheter le journal. Il y a encore de gros progrès à faire pour avoir une véritable intégration des réseaux sociaux dans l’utilisation du site Internet et ne pas seulement avoir une page Facebook et un compte Twitter. Seuls les journaux du groupe Sud-Ouest l’ont fait pour l’instant.
Je suis étonné de la très faible utilisation du Facebook connect qui permet de se connecter via son profil Facebook et partager très facilement les informations avec sa communauté. Pour l’instant, dans la majorité de la PQR, les réseaux sociaux sont considérés comme des affiches publicitaires qui ne coûtent pas cher. On n'a pas encore énormément d’exemples de journaux qui ont franchi un pallier supplémentaire en faisant vraiment participer la communauté à la fabrication de l’info, en la faisant devenir active, en lui faisant envoyer des photos, des vidéos d’événements…
Sur ce sujet la prise de conscience a été beaucoup plus rapide et efficace. Ce n’est pas encore généralisé, mais on commence à voir le poids de la PQR dans les réseaux sociaux. La compréhension a été plus évidente pour animer une communauté de gens qui s’intéressent aux mêmes sujets ou qui sont dans une même région. La PQR n’y a pas vu de concurrence pour elle, mais le moyen de diffuser le fait qu’elle avait des contenus intéressants et de dire aux gens d’acheter le journal. Il y a encore de gros progrès à faire pour avoir une véritable intégration des réseaux sociaux dans l’utilisation du site Internet et ne pas seulement avoir une page Facebook et un compte Twitter. Seuls les journaux du groupe Sud-Ouest l’ont fait pour l’instant.
Je suis étonné de la très faible utilisation du Facebook connect qui permet de se connecter via son profil Facebook et partager très facilement les informations avec sa communauté. Pour l’instant, dans la majorité de la PQR, les réseaux sociaux sont considérés comme des affiches publicitaires qui ne coûtent pas cher. On n'a pas encore énormément d’exemples de journaux qui ont franchi un pallier supplémentaire en faisant vraiment participer la communauté à la fabrication de l’info, en la faisant devenir active, en lui faisant envoyer des photos, des vidéos d’événements…
L’apparition de pure players régionaux est-il un signe que les sites des journaux régionaux ne sont pas à la hauteur ?
Les journaux régionaux auraient dû être les créateurs de ces pure players et en faire leurs laboratoires d’innovation. Il n’est pas encore trop tard pour réagir, car aucun pure player régional n’est venu grignoter fortement la position d’un quotidien régional classique. Les tout premiers pure players régionaux ont été créés par des personnes qui ne pouvaient pas y consacrer tout leur temps, puis ils ont évolué avec des équipes plus structurées et efficaces, comme Rue89 Lyon. Je pense qu’il n’est pas trop tard pour la PQR d’envisager des rapprochements avec certains pure players, pour leur demander d’être leur laboratoire.
Les journaux régionaux auraient dû être les créateurs de ces pure players et en faire leurs laboratoires d’innovation. Il n’est pas encore trop tard pour réagir, car aucun pure player régional n’est venu grignoter fortement la position d’un quotidien régional classique. Les tout premiers pure players régionaux ont été créés par des personnes qui ne pouvaient pas y consacrer tout leur temps, puis ils ont évolué avec des équipes plus structurées et efficaces, comme Rue89 Lyon. Je pense qu’il n’est pas trop tard pour la PQR d’envisager des rapprochements avec certains pure players, pour leur demander d’être leur laboratoire.
Comment pensez-vous que la situation va évoluer pour les sites des journaux régionaux ?
Il faut qu'ils inversent leur façon de travailler s’ils veulent que leur média garde toute sa valeur et ne se retrouve pas rapidement en difficulté. Aujourd’hui, 98% de la force de travail dans un journal de PQR est tournée vers la production d’un journal qui sortira seulement le lendemain. Ce n’est plus du tout dans les usages de consommation, où l’on consulte l’information dans les minutes qui suivent. Les journaux régionaux doivent changer leur organisation pour travailler en webfirst: : d’abord publier sur le web, puis être capable d’apporter une valeur ajoutée dans le journal du lendemain.
Pour mieux connaître les avancées de la PQR dans ces domaines, Erwann Gaucher vient de lancer une enquête en ligne sur ses desks numériques, sur son blog. Les résultats devraient être disponibles dans les semaines à venir.
Il faut qu'ils inversent leur façon de travailler s’ils veulent que leur média garde toute sa valeur et ne se retrouve pas rapidement en difficulté. Aujourd’hui, 98% de la force de travail dans un journal de PQR est tournée vers la production d’un journal qui sortira seulement le lendemain. Ce n’est plus du tout dans les usages de consommation, où l’on consulte l’information dans les minutes qui suivent. Les journaux régionaux doivent changer leur organisation pour travailler en webfirst: : d’abord publier sur le web, puis être capable d’apporter une valeur ajoutée dans le journal du lendemain.
Pour mieux connaître les avancées de la PQR dans ces domaines, Erwann Gaucher vient de lancer une enquête en ligne sur ses desks numériques, sur son blog. Les résultats devraient être disponibles dans les semaines à venir.


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Sur les sites de PQR, "les vidéos qui marchent ne sont pas toujours celles qu’on croit"







