La dernière étude du baromètre TNS Sofres – La Croix, publiée le 19 janvier 2012, révèle ainsi que si "seulement" 49% des sondés ne font pas confiance à la presse écrite, le chiffre s’élève à 52% pour la télévision et à 63% pour la presse en ligne, considérée comme la plus neutre mais la moins fiable. Des chiffres qui restent proches de ceux publiés en 2011, avec une légère amélioration. A titre de comparaison, aux États-Unis, un sondage Gallup de 2010 révèle aussi que 57% des personnes interrogées affirment ne pas avoir confiance dans les mass media (presse écrite, télévision, radio) en général.
Un effritement de la confiance allant de pair avec le constat, ou du moins la perception, que le sérieux du travail journalistique est en déclin. Le chercheur américain Scott R. Maier, de l’Université de l’Oregon School of Journalism Research, montre par exemple, grâce à une étude basée sur 4 800 articles publiés dans 22 journaux américains, que des erreurs ont été détectées dans 59% des textes. Il constate également, en se fondant sur 10 quotidiens, que 97% des erreurs constatées ne sont jamais corrigées.
Toujours d’après le baromètre TNS Sofres – La Croix, les journalistes sont aussi perçus comme inféodés au pouvoir politique pour 59% des personnes sondées et au pouvoir financier pour 56% d’entre elles. Une perception qui trouve un écho dans le classement de la liberté de la presse réalisée par RSF : en 2011 la France n’apparaît qu’au 38e rang (44e en 2010) alors qu’elle occupait encore la 11e place en 2002.
Paradoxalement, le web, dont la place est croissante dans les pratiques médiatiques du public (27% des Français et 41% des Américains le plébiscitent en 2010), reste à la fois considéré comme le plus neutre mais aussi le moins fiable des médias. C’est en tout cas le support qui tend à être le plus critique et distant vis-à-vis des mass media traditionnels. En réaction à la méfiance grandissante de l’opinion, de nombreux sites sont ainsi apparus afin de donner la possibilité au public d’avoir une vision plus distanciée d’un discours médiatique considéré comme biaisé et dominant.
Le site américain NewsTrust, lancé fin 2006, constate par exemple une dégradation de l’information sur Internet, attribuée à la prolifération du journalisme amateur, à la concentration des médias traditionnels et à la diminution globale des moyens. Le site qui se présente comme un guide propose une sélection d’articles, basée non pas sur leur popularité mais sur leur qualité, en s’appuyant sur l’évaluation de ses 20 000 contributeurs mais aussi sur des journalistes et des universitaires.
Autres sites américains, Mediabugs offre aux internautes la possibilité de signaler et corriger les erreurs constatées dans les médias, tandis que Report an Error propose d’ajouter aux boutons traditionnels (« partager », « envoyer par mail », « imprimer ») une icône pour rapporter une ou des erreurs éventuelle(s) contenues dans un article en ligne. La création d’un site comme News Transparency répond aussi à cette tendance globale à vouloir mettre les journalistes face à leurs erreurs ou à leurs insuffisances, voire à dénoncer d’éventuels conflits d’intérêts et à contester leur leadership sur l’information.
Les médias traditionnels et/ou institutionnels doivent aussi faire face à une concurrence toujours plus forte de la part des médias citoyens et participatifs mais aussi des médias communautaires, alternatifs et indépendants. Une réalité que le web a largement permise. Ces médias très diversifiés entendent aujourd’hui concurrencer et contourner le discours médiatique « officiel » ou du moins professionnel, et faire entendre des voix discordantes. Souvent en partant du constat que leur quotidien, leurs représentations voire leur cause ne sont pas prises en compte par les médias « institutionnels » trop généralistes et coupés de leur public.


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