L’information est une vocation. Très certainement. Le web est un domaine plein de possibilités. Personne ne dira le contraire. Pourtant, lancer son site d’actualité est loin d’être une mince affaire. En ces temps de recherche de modèle économique pour les grands groupes de presse, Frédéric Legrand et Stéphanie Harounyan nous montre que cette voie est loin d’être facile à suivre.
"On revendique le droit de nous planter"
"Internet, c’est le moins cher", explique Stéphanie Harounyan, co-fondatrice de Chez Albert, "c’est aussi un outil qui permet de faire du son, de la vidéo et de la photo". Autrement dit, c’est la base parfaite pour leur idée. Cette dernière est portée par un collectif de journalistes, autour d’un projet commun avec les "mêmes exigences que dans nos médias d’origine". Les sujets sont réfléchis, et toujours en phase de modelage, avec la volonté de tenter des choses : "on revendique le droit de nous planter ". C’est dans cette optique qu’Albert n’hésite pas à mettre en ligne de longs récits, du dessin ou encore d’être au "je", tout en gardant comme but " d’amener de l’information avec les codes journalistiques".Au final, Chez Albert, c’est une dizaine de pigistes réguliers et une quinzaine d’anciens collègues ou connaissances qui participent s’ils sont sollicités. Pour la plupart, ils sont basés sur Paris ou Marseille. Avec le site, ils testent ce qu’ils ne peuvent pas faire dans leurs médias traditionnels que ce soit en PQR ou presse nationale. Si leur zone d’activité est surtout la cité phocéenne, c’est pour eux une sorte de "labo de ce qui se passe ailleurs". Toucher à des thématiques qui peuvent en intéresser d’autres, c’est une discussion permanente et vraiment, ce qui n’est plus possible dans les rédactions.
Chez Albert: le mélange des genres sur le web
"Il y a une notion de plaisir journalistique dans ce projet", ajoute la jeune femme, et c’est là qu’intervient le mélange des genres. Un exemple typique de l’information "made in Albert", c’est la session spéciale présidentielle avec Claude Martin. C’est un candidat unique, avec des points d’oppositions et communs des candidats de notre vraie présidentielle 2012 à travers des discours fictifs. Un parcours atypique (oui, ce président devient fou) pour poser d’autres questions : peut-on destituer un président ? Le site fonctionne par saison, qui se base sur quatre feuilletons de huit épisodes, donc un par mois. En somme, produire moins mais plus selon leur idée du journalisme. Cette année, Chez Albert a une émission mensuelle sur Radio Grenouille (hebdomadaire la saison dernière). "J’avais très envie de faire de la radio", explique Stéphanie. L’occasion de lancer des problématiques sur le site puis d’en débattre avec des invités à la radio. La diversification des supports et des moments de visibilité font partie de l’ADN "Albert". Une soirée d’anniversaire pour la Saint Albert, un projet d’exposition photo sur Paris à partir du feuilleton "La route 66" (la nationale française), what else ? "On veut monter des projets avec les autres", note la co-fondatrice.
"Albert ne vit que grâce à ses généreux donateurs"
Reste que pour en arriver là, il faut de l’argent. "Albert ne vit que grâce à ses généreux donateurs". C’est un moyen de payer les reportages, mais pour arriver à se verser un salaire, Frédéric et Stéphanie ont créé leur boîte de communication. La SARL "Albert & Albert" est tournée vers la formation, l’un donnant des cours à IMédia et l’autre à l’EJCM. Une entreprise viable à partir du moment où elle revient à 0€. Ce statut leur ajoute forcément des charges, élément à prendre en compte et qui ne permet pas forcément de pouvoir prendre des pigistes. Du moins, pas un grand nombre par choix de payer correctement ces derniers. Une question de principe selon Stéphanie Harounyan, "on a une éthique quand même, mais je ne sais pas combien de temps on va continuer". Des problèmes autres qui s’ajoutent comme celle de la carte de presse. En effet, les 50% provenant de la pratique journalistique sont difficiles à obtenir à partir du moment où nos deux indépendants doivent assurer des cours à côté pour avoir un salaire décent.
Un petit mot pour ce premier anniversaire ? "Je suis super fière qu’[Albert] existe" nous dit Stéphanie, "c’était vraiment très difficile d’en arriver là. Ceci dit, je ne regrette pas le confort que nos situations [antérieures] donnaient". Un joli message d’indépendance et d’innovation dans le web-journalisme conclu par une déclaration, que toutes les personnes du métier devraient garder en tête : "On a pas le droit de s’ennuyer dans ce métier".


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