Ben Laden descendant de la montagne, Al Zawahiri tenant conférence dans une grotte, un candidat au suicide faisant ses adieux... On oublierait presque que ces scènes vues à la télévision font partie d'une « stratégie médias », comme disent les compagnies multinationales.
Le plan com' d'Al-Qaida est mis en oeuvre par des sociétés spécialisées comme As-Sahab, basée au Pakistan. Plus proche de la France, la société Al-Fajr couvre le Maghreb pour Al-Qaida.
Selon Mathieu Guidère, ancien directeur de recherche à l'école militaire de Saint-Cyr et auteur d'Al-Qaida à la conquête du Maghreb, ces sociétés sont de véritables boîtes de production.
Selon Mathieu Guidère, ancien directeur de recherche à l'école militaire de Saint-Cyr et auteur d'Al-Qaida à la conquête du Maghreb, ces sociétés sont de véritables boîtes de production.
As-Sahab et Al-Fajr sont des sociétés reconnues
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Ainsi As-Sahab a-t-elle sa chaîne francophone sur Dailymotion, chaîne qui fête sa première année.
Par ailleurs, des « comités médias » se chargent de diffuser la parole des dirigeants et de défendre leur cause sur des forums Internet, comme le ferait une organisation non gouvernementale légale.
Par ailleurs, des « comités médias » se chargent de diffuser la parole des dirigeants et de défendre leur cause sur des forums Internet, comme le ferait une organisation non gouvernementale légale.
Les gouvernements ont fait la leçon aux médias
Pendant les années qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001, Al-Qaida a procédé comme de nombreuses organisations clandestines pour communiquer. Elle adressait par courrier des cassettes audio ou vidéo aux médias. Ceux-ci décidaient ensuite des extraits à diffuser. Ce procédé de la part d'Al-Qaida a rapidement créé un malaise dans les chancelleries.
Des instituts spécialisés ont donc été créés pour rechercher, recouper et authentifier les informations sur Al-Qaida. Les plus importants sont le SITE Intelligence et le Middle East Media Research Institute (MEMRI)*. A en croire leurs pages de présentation, ces deux instituts sont composés de chercheurs spécialisés dans le renseignement ou le Moyen Orient. Ceux-ci vont sur les forums, discutent avec des militants islamistes et traquent les vidéos d'As-Sahab. Quand ils ont une information vérifiée, ils la publient sur leur site Internet.
Les instituts de veille sont les principales sources des médias
Les informations qui apparaissent sur la page d'accueil de SITE Intelligence et du MEMRI sont généralement des accroches. Pour accéder à une vidéo ou à un article complet, il faut être adhérent, c'est à dire un média reconnu. Par exemple : l'Agence France Presse (AFP), qui utilise les instituts de veille anti-terroriste comme principales sources d'information sur Al-Qaida. Or l'AFP est elle-même une source importante pour de nombreux médias nationaux ainsi que pour la presse quotidienne régionale. Les alertes reçues par l'agence déterminent donc le traitement par les grands médias de la présence d'Al-Qaida sur Internet.
Selon Selim Saheb Ettaba, journaliste arabisant au service « étranger » de l'AFP, il pourrait difficilement en être autrement :
Selon Selim Saheb Ettaba, journaliste arabisant au service « étranger » de l'AFP, il pourrait difficilement en être autrement :
L'AFP n'emploie pas les alertes des instituts de veille comme un fil de dépêches qu'elle relaierait sans vérifier. Les journalistes du bureau en charge du Moyen Orient, basé à Nicosie (Chypre), ou bien les journalistes travaillant au bureau central de Paris visionnent la vidéo ou lisent le message à l'origine de l'alerte. Cela leur permet de choisir les informations qu'ils vont transmettre.
Selon Selim Saheb Ettaba, l'AFP vérifie ensuite elle-même ces informations. C'est une question de déontologie mais aussi une nécessité pour produire une traduction fiable.
Les vérifications étant faites, le document ou sa synthèse sont envoyés aux médias abonnés aux fils de l'AFP, tels que LCI, i>télé, France Info, etc.
* Dans Le Monde Diplomatique de septembre 2005, Mohammed El Oifi, maître de conférence à Sciences Po Paris, qualifie les activités du MEMRI de "désinformation à l'israélienne". Dans le doute, Mathieu Guidère conseille la consultation d'un autre site: IntelCenter.
* Dans Le Monde Diplomatique de septembre 2005, Mohammed El Oifi, maître de conférence à Sciences Po Paris, qualifie les activités du MEMRI de "désinformation à l'israélienne". Dans le doute, Mathieu Guidère conseille la consultation d'un autre site: IntelCenter.


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