C'est l'histoire d'un mec qui a décidé de l'ouvrirCécile Bourgneuf
Jeudi 4 Décembre 2008
Jamais un blogueur français n’avait eu droit à une telle publicité, si mauvaise soit-elle. Le journaliste Christophe Grébert ne s’est pas pour autant laissé intimider par la maire de sa commune, Puteaux, qui n’aurait pas supporté les critiques postées sur monputeaux.com
Menaces, espionnage, procès à répétition…Les journalistes Christophe Grébert et Denis Robert même combat ? Le deuxième est connu pour ses enquêtes sur les comptes secrets de Clearstream et ses démêlées avec la justice. Le premier a lui aussi soulevé un lièvre et pas n’importe lequel : dans son blog monputeaux.com, il dénonce la politique menée par la mairie de sa ville Puteaux, et comme Denis Robert, cela lui a couté cher…
Grébert, c’est d’abord l’histoire d’un mec de 39 ans qui a eu un déclic, le 21 avril 2002 très précisément. Le Pen au second tour, un coup dur pour ce journaliste issu d’une famille clairement de gauche. « Ça a été un choc terrible. J’ai compris que voter ne suffisait pas, qu’il fallait un engagement volontaire. Pour qu’un 21 avril ne recommence pas, il faut être un peu acteur ». Aussitôt dit, aussitôt fait. Un mois plus tard, il crée le blog monputeaux.com. Une manière pour lui d’offrir aux internautes un autre son de cloche que le site officiel de la mairie tenue par l’UMP. Il est alors loin de se douter que cette initiative citoyenne le rendra persona non grata dans sa propre ville. Parce que le maire, à l’époque Charles Ceccaldi-Raynaud aujourd’hui remplacé par sa fille, ne supporterait pas la critique, selon le blogueur. « J’ai un jour posté une photo avec un article qui racontait que pendant le conseil municipal il avait fait des remarques sexistes aux élues féminines. Il a alors pris un arrêté interdisant de prendre des photos » Selon Christophe Grébert, les pressions vont ainsi se multiplier pendant deux ans : insultes sur son homosexualité, interdiction d’entrer au conseil municipal, espionnage… « La mairie a même acheté un appartement à coté du mien où était logé un conseiller municipal ! C’était de la folie pure. J’avais l’impression d’être dans une république bananière. » «C’est le maire qui a fabriqué mon audience. Il m’a fait de la pub»
Et lui qui se dit de nature plutôt réservée ne se laisse pas intimider pour autant : « au contraire, cela me confortait dans l’idée qu’il fallait continuer. »
Il rapporte sur son blog les éléments de preuves dont il est le propre témoin et les audiences grimpent. Le site monputeaux.com affiche aujourd’hui plus de 1 500 pages vues par jour. C’est beaucoup pour une petite ville de 42 000 habitants. « C’est le maire qui a fabriqué mon audience. Il répondait à chacun de mes articles de façon très violente. Il m’a fait de la pub ». Face à la pugnacité de leur opposant, Charles Ceccaldi-Raynaud et sa fille Joëlle portent plainte en 2004 pour diffamation. Christophe Grébert remporte ce premier procès en cassation trois ans plus tard. Dernier procès remporté par le blogueur en septembre dernier : trois policiers municipaux l’accusaient d’atteinte au droit à l’image. En 2005, Christophe Grébert a lui-même porté plainte pour diffamation, procès qu’il a gagné comme tous les autres. « Ils avaient diffusé un texte qui expliquait que j’étais connu des services de police pour photographier des enfants dans les parcs. C’est la grande thématique de confondre homosexualité et pédophilie. » Puis d’autres plaintes sont déposées sans aboutir. La revanche d’un blogueur
Compte-t-il s’arrêter un jour ? « Je n’ai pas l’intention de céder à son diktat. Ce n’est pas la loi du plus fort ». Et il va même plus loin. Cette fois-ci il fait parler de lui pour une autre raison. En 2007, il quitte le parti socialiste, et lance sa candidature citoyenne sans étiquette pour les Municipales de 2008. Avec 25 % des voix, il est le premier blogueur à devenir élu. Cette victoire représente pour Christophe Grébert une revanche sur les Ceccaldi-Raynaud aujourd’hui contraints de composer avec lui.
Sous l’étiquette du Modem l’insatiable blogueur a depuis lancé un autre site pour rendre compte de ses activités et possède différents blogs, comme onledit.com, plus « détente ». Lorsqu’ on lui demande s’il ne s’est pas servi de monputeaux.com comme d’une tribune personnelle, il répond : « Jamais. J’ai utilisé l’outil Internet que je connaissais pour défendre des injustices et dénoncer le clientélisme qui règne dans cette mairie. » Journaliste à RFM depuis plusieurs années, ne trouve-il pas son métier incompatible avec son mandat d’élu ? « Quand on est journaliste on n’entre pas dans les ordres. Le reste du temps, je suis un citoyen comme les autres ». Un citoyen qui a en tout cas décidé de l’ouvrir. Lu 778 fois
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